Sanofi toujours sans directeur général

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SANOFI TOUJOURS SANS DIRECTEUR GÉNÉRAL
SANOFI TOUJOURS SANS DIRECTEUR GÉNÉRAL

par Noëlle Mennella et Andrew Callus

PARIS (Reuters) - A moins d'une annonce de dernière minute, Sanofi devra admettre jeudi prochain en présentant ses résultats annuels que sa recherche d'un nouveau directeur général piétine.

L'intérim de Serge Weinberg à la tête du laboratoire français depuis l'éviction tonitruante de Christopher Viehbacher, le 29 octobre, devrait durer encore quelques mois, estiment de bons connaisseurs de Sanofi.

Même en interne, on estime qu'il sera très difficile de trouver un successeur au Germano-Canadien auquel a été reprochée une gestion trop solitaire, alors même que sa stratégie n'était pas contestée et que son bilan était jugé positif par les marchés financiers.

"Je crois que le remplacement de Christopher Viehbacher va prendre du temps. A terme, ce qui risque de manquer c'est une vision stratégique pour l'avenir, ce qu'on ne peut avoir sans une connaissance approfondie du secteur pharmaceutique. Or Serge Weinberg ne l'a pas", déclare une source proche de Sanofi.

Le poste n'a intéressé à ce jour ni Christophe Weber, directeur général de Takeda Pharmaceutical, ni Olivier Bohuon, patron de Smith & Nephew, ni Bernard Poussot, ex-directeur général de Wyeth, ni Pascal Soriot, directeur général d'AstraZeneca.

Des analystes jugent que l'absence temporaire de directeur général n'est pas préjudiciable au groupe à court terme, même si certains avouent qu'ils ausculteront les résultats du quatrième trimestre 2014 pour y déceler d'éventuelles conséquences chiffrées du départ de Christopher Viehbacher.

La volonté confirmée récemment par Elias Zerhouni, le patron emblématique de la R&D de Sanofi, de rester à son poste après le départ de Christopher Viehbacher qui l'avait recruté, incite à penser que la situation atypique actuelle du groupe peut perdurer sans trop de problèmes.

Néanmoins, observe un expert du secteur, l'échec du groupe à trouver un nouveau directeur général "démontre son incapacité à attirer des talents, ce qui est très gênant à plus long terme".

DES RAISONS DISSIMULÉES ?

Pourquoi est-ce si compliqué de trouver un candidat qui serait un professionnel de l'industrie pharmaceutique, un bon communiquant avec le conseil d'administration franco-français de Sanofi et qui n'oublierait pas sa culture sociale française ?

Parmi les réponses figurent les difficultés à dénouer les clauses de non-concurrence imposées aux grands patrons de l'industrie, les craintes suscitées par le débarquement brutal de Christopher Viehbacher, le sentiment que la marge de manoeuvre à la direction générale de Sanofi serait faible et les pressions fiscales en France.

Un bon connaisseur de l'industrie pharmaceutique estime que "la difficulté à trouver un successeur à Chris Viehbacher tient au fait que l'on ne connaît pas les véritables raisons de son limogeage et que beaucoup de gens s'interrogent à ce sujet".

Selon lui, "le bas niveau des indemnités perçues par Chris Viehbacher ne fait que renforcer l'idée que les raisons qui ont conduit à son éviction ne sont pas celles dont on a parlé".

Dans le cadre d'une transaction avec celui que les syndicalistes du groupe ont surnommé le "smiling killer", Sanofi versera à Christopher Viehbacher 4,44 millions d'euros d'indemnités au regard des 5,92 millions auxquels il pouvait prétendre.

En attendant son successeur, le laboratoire s'attache à démontrer qu'il y a un pilote aux commandes et que le cap de la stratégie du groupe est maintenu.

Ainsi, Sanofi a défendu sa recherche en annonçant le lancement de 18 nouveaux médicaments d'ici 2020, a engagé des négociations exclusives avec l'allemand Evotec pour lui céder son site de recherche de Toulouse et racheté une usine de santé animale de Merck aux Etats-Unis.

Déjà, la Commission européenne a accordé une autorisation de mise sur le marché au Cerdelga (maladie de Gaucher de type 1) et les autorités sanitaires américaines ont accepté d'examiner en priorité la demande de licence de produit biologique pour l'anticholestérol Praluent.

Selon le consensus ThomsonReuters, les analystes attendent pour l'exercice 2014 de Sanofi, également marqué fin octobre par un avertissement sur l'activité diabète, un bénéfice net de 6.815 millions d'euros, contre 6.687 millions en 2013, un bénéfice par action de 5,17 euros (contre 5,05 euros), et un bénéfice opérationnel de 9.104 millions (contre 9.324 millions) sur un chiffre d'affaires de 33.601 millions (contre 32.951 millions).

En Bourse, sur son alerte concernant le diabète suivie le lendemain par le limogeage de son directeur général, l'action Sanofi avait perdu 14,7% et plus de 16 milliards de capitalisation boursière les 28 et 29 octobre, qu'elle a vite récupérés grâce à l'intérêt des gestionnaires pour le secteur de la santé.

Vendredi matin, le titre Sanofi se traitait autour de 82,5 euros, ce qui en fait la plus grosse capitalisation boursière de la Bourse de Paris (près de 109,5 milliards d'euros).

(Edité par Dominique Rodriguez)

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