Sanofi devrait se refaire une santé en 2013

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SANOFI DEVRAIT SE REFAIRE UNE SANTÉ EN 2013 SELON DES EXPERTS
SANOFI DEVRAIT SE REFAIRE UNE SANTÉ EN 2013 SELON DES EXPERTS

par Noëlle Mennella

PARIS (Reuters) - Fort de son positionnement sur les pays émergents et de ses performances dans la lutte contre le diabète, le groupe Sanofi devrait bien résister en 2013 et pourrait renouer avec la croissance, pour la première fois depuis 2008, estiment des experts.

Le processus d'expiration de brevet de ses blockbusters, les médicaments à succès et leur remplacement par des copies est à présent presque achevé et 6% seulement des ventes du groupe seront exposés, cette année, aux médicaments génériques.

Le leader mondial des vaccins pourra dès lors compter sur les allègements de coûts tirés de la réorganisation de sa recherche pour conforter ses marges, jusqu'ici attaquées par la baisse des prix des médicaments, la hausse des taxes et les déremboursements.

"2013 sera une année de transition où se renforcera une dichotomie entre deux mondes : le monde des pays émergents dans lesquels Sanofi dispose d'un certain nombre d'atouts pour croître et les pays dits "matures", notamment l'Europe, où l'on peut envisager au mieux une stagnation et sans doute plutôt une décroissance des ventes en valeur", prévoit Patrick Biecheler, associé en charge de la pharmacie au cabinet Roland Berger.

Dans les pays émergents, Sanofi bénéficie d'une panoplie de produits qui devrait lui permettre d'enregistrer une croissance à deux chiffres en 2013. L'Amérique latine, le Moyen Orient, l'Afrique du nord et la Chine connaissent en effet les pathologies des pays occidentaux et ont la capacité de financer leur santé.

"Au total, le groupe devrait bien résister en 2013 avec une croissance de ses bénéfices et de ses ventes consolidés plutôt à un chiffre qu'à deux chiffres", pronostique Patrick Biecheler. Il table sur des ventes en augmentation d'environ 5% et sur une hausse à deux chiffres du bénéfice par action.

Jefferies prévoit également une amélioration du chiffre d'affaires voisine de 5% et une croissance à deux chiffres de son bénéfice par action à partir du quatrième trimestre 2013 et jusqu'en 2017, ce qui placerait le groupe au-dessus de la plupart de ses pairs.

Comme le pense JP Morgan, Sanofi afficherait ainsi en 2013 le meilleur profil de croissance parmi les cinq plus grosses capitalisation du secteur de la pharmacie mondiale.

Pour autant, la confirmation de son retour en grâce boursier de 2012 imposera au laboratoire de passer la vitesse supérieure et de multiplier la sortie de nouveaux médicaments.

BAUSCH & LOMB DANS LE COLLIMATEUR ?

Or, c'est là ou le bât blesse. La recherche, que le groupe veut réorganiser avec la suppression de plus de 900 postes d'ici 2015 - un projet médiatisé que combattent farouchement les syndicats et certains élus locaux, notamment à Toulouse - affiche en effet des résultats jugés globalement insuffisants.

"Les efforts d'innovation commenceront à payer avec le lancement d'Aubagio, Lemtrada (tous deux luttant contre la sclérose en plaques), et Lyxumia (diabète) et quelques résultats cliniques significatifs notamment sur un produit anti-cholestérol, l'anti-PCSK-9", estime Béatrice Muzard, analyste chez Natixis.

Sur ce terrain, Sanofi vient de marquer des points avec l'autorisation de la commercialisation du Lyxumia par Bruxelles. Aux Etats-Unis, les autorités sanitaires ont finalement accepté d'examiner une nouvelle demande de licence du Lemtrada, développé avec la filiale Genzyme, après en avoir retoqué une précédente en août dernier. Enfin, Zaltrap, dans le cancer colorectal, a été approuvé dans l'Union Européenne.

Des analystes, comme ceux de Berenberg, sont néanmoins réservés sur Aubagio, lancé en octobre dernier outre-Atlantique, et sur Lyxumia, dont ils jugent les performances insuffisantes pour se distinguer clairement de la concurrence déjà en place. Quant au Lemtrada, il ne devrait être commercialisé que dans les derniers mois de 2013, disent-ils.

La route est donc encore longue avant que les efforts de Sanofi ne paient réellement. En attendant, le groupe mise sur les partenariats dans la recherche et se montre attentif aux opportunités d'acquisitions.

En 2011, il n'a pas hésité à mettre 20 milliards de dollars sur la table pour acquérir l'américain Genzyme et s'ouvrir aux maladies rares.

En 2013, cette stratégie d'acquisitions ciblées pourrait fort bien l'amener à débourser la dizaine de milliards de dollars que Warburg Pincus LLC attendrait de la vente de sa filiale Bausch and Lomb.

Pour Béatrice Muzard (Natixis), Sanofi a les moyens de racheter le spécialiste américain de la santé oculaire et saura valoriser ses actifs dans les pays émergents.

L'ophtalmologie a d'ailleurs toujours été un des territoires potentiels de croissance pour le géant français. Il s'y est positionné en 2009 au prix d'une alliance avec le britannique Oxford Biomedica et du rachat de la société française Fovea, spécialisée dans les maladies de la rétine.

En juin 2010, Marc Cluzel alors vice-président en charge de la recherche, avait clairement affirmé dans une interview accordée à Reuters que Sanofi "investira sur le long terme dans le secteur," et s'était déjà dit ouvert à des acquisitions.

UN GROUPE SACHANT MANOEUVRER

Les experts s'accordent à penser que l'ophtalmologie compte des besoins médicaux non satisfaits et que le secteur est encore très fragmenté. Ils jugent dans l'ensemble la dizaine de milliards de dollars de Bausch and Lomb accessible au français.

"Je considère que Sanofi sait encore faire une acquisition à hauteur de 10 milliard de dollars surtout si cette acquisition est plutôt relutive et, à horizon de deux ou trois ans, elle pourrait l'être", assure Patrick Biecheler pour qui les cibles promettent d'être désormais "moins chères qu'elles ne l'ont été".

Si un concurrent devait finalement l'emportait - Merck, Pfizer, Johnson and Johnson, Abbot Laboratoires seraient eux aussi sur les rangs - Sanofi pourrait alors intensifier sa stratégie de partenariats notamment avec des sociétés de biotechnologie.

"Sanofi est opportuniste et saura manoeuvrer", affirme un analyste en observant au passage que près des trois quarts des produits en phase de développement clinique ou d'enregistrement du groupe sont issus de partenariats.

Fort de cette stratégie, le laboratoire pharmaceutique a reconquis les faveurs de beaucoup d'analystes au point de voir son titre en Bourse bondir de 25,8% sur l'année 2012, soit quasiment deux fois plus que l'indice sectoriel (+12,09%) et que le CAC 40 (+14,57%).

Ce succès se retrouve dans sa capitalisation boursière. Sanofi (près de 94 milliards d'euros actuellement) a ravi, en novembre dernier, la première place dans le CAC 40 que le pétrolier Total (93,9 milliards actuellement) détenait en la matière depuis douze ans.

Cette valorisation élevée, qui laisse peu de potentiel d'appréciation, freine aujourd'hui l'évolution du titre, qui reperd près de 1% depuis le début 2013.

Les résultats 2012 du groupe seront publiés le 7 février avant l'ouverture de la Bourse.

D'après le consensus ThomsonReuters, son chiffre d'affaires est attendu en hausse de 5,2% à 35.114 millions d'euros, tandis que son résultat opérationnel est prévu en recul de 10,8% à 10.835 millions d'euros, son bénéfice net en baisse de 7,8% à 8.064 millions d'euros correspondant à une diminution de 6,9% de son bénéfice par action à 6,19 euros.

Noëlle Mennella, édité par Jean-Michel Bélot

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