SALON-L'aéronautique se réunit sous un ciel assombri à Singapour

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    par Tim Hepher et Siva Govindasamy 
    SINGAPOUR, 15 février (Reuters) - Le salon aéronautique de 
Singapour ouvre ses portes mardi dans un climat d'incertitudes 
croissantes quant à l'évolution du secteur alors que les grands 
constructeurs comme Airbus  AIR.PA  et Boeing  BA.N  prévoient 
de porter leur production à des niveaux record dans les années à 
venir. 
    Pour l'instant, le trafic aérien mondial continue de croître 
rapidement, porté notamment par la progression constante des 
revenus en Asie, et les compagnies aériennes profitent 
pleinement de la baisse des cours du pétrole. 
    Cependant, l'économie mondiale s'essouffle et les valeurs du 
secteur aérien ne sont pas épargnées par la déroute des marchés 
financiers, ce qui incite nombre d'analystes à s'interroger sur 
la poursuite d'un cycle d'expansion sans précédent, entré dans 
sa huitième année. 
    Après un salon déjà morose en novembre à Dubaï, le milieu de 
l'aéronautique se réunit comme tous les deux ans à Singapour, au 
coeur d'une Asie du Sud-Est essentielle à son développement, 
sans la douce euphorie des éditions précédentes. 
    "Toutes les théories selon lesquelles il ne s'agissait plus 
d'un secteur cyclique ont disparu. Nous sommes bons pour une 
période de baisse", prédit le consultant Jerrold Lundquist. 
    "(Mais) je ne crois qu'il y aura le moindre impact dans les 
prochains 18 à 24 mois. C'est quand on se projette au-delà des 
24 mois que l'on peut s'attendre à un tassement." 
    L'Asie est depuis plusieurs années l'un des principaux 
moteurs de la croissance du secteur aérien et les grands 
constructeurs devraient encore enregistrer de nouvelles 
commandes cette semaine, quitte à amplifier les craintes d'un 
milieu en surcapacité. 
    Philippine Airlines est ainsi sur le point d'annoncer un 
accord pour l'acquisition d'une demi-douzaine d'Airbus A350-900 
d'une valeur d'environ 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard 
d'euros) au prix catalogue, a-t-on appris de sources informées 
des transactions.   
     
    DOUTES SUR LES COMPAGNIES ASIATIQUES 
    Le décompte des commandes sera toutefois secondaire à 
Singapour, pensent les analystes. A leurs yeux, les 
investisseurs guetteront surtout d'éventuels signes 
d'affaiblissement de la demande de voyages ou de rupture dans la 
chaîne d'approvisionnement des constructeurs, qui s'efforcent 
d'honorer leurs livraisons en temps voulu malgré des carnets de 
commandes surchargés. 
    "Nous allons garder un oeil attentif sur le trafic cette 
année pour détecter l'émergence éventuelle de signes de 
faiblesse", dit le consultant Rob Morris, chez Flightglobal 
Ascend. 
    A la veille de l'ouverture du salon de Singapour, le 
vice-président de Boeing chargé des ventes en Inde et en 
Asie-Pacifique a néanmoins estimé que l'Asie du Sud-Est aurait 
besoin de 3.750 nouveaux avions au cours des 20 prochaines 
années, pour un montant global de 550 milliards de dollars. 
    Cette demande émanera essentiellement des compagnies à bas 
coûts et des marchés porteurs comme l'Indonésie, la Birmanie et 
le Vietnam, a dit Dinesh Keskar. 
    Tony Tyler, directeur général de l'Association du transport 
aérien international (Iata), a pourtant invité dimanche à 
s'interroger sur la rentabilité et les prévisions de croissance 
de ces ambitieuses compagnies asiatiques.   
    La rentabilité des compagnies aériennes reste globalement 
fragile malgré des bénéfices qui devraient atteindre le montant 
record de 36 milliards de dollars cette année, a-t-il encore 
déclaré lundi. Il a aussi rejeté les critiques selon lesquelles 
les compagnies s'enrichissent sur le dos de leurs passagers en 
ne répercutant pas la baisse du coût du carburant sur le prix 
des billets. 
    Malgré ces incertitudes, Airbus et Boeing réfléchissent sans 
cesse à de nouveaux modèles pour élargir leur gamme et occuper 
un maximum de créneaux sur le marché. 
    Ces deux géants du secteur pourraient livrer à Singapour des 
indices sur les produits susceptibles d'être lancés d'ici le 
grand salon de Farnborough près de Londres, en juillet, qui 
coïncidera avec le centenaire de Boeing. 
    Face aux doutes concernant l'aviation civile, l'aéronautique 
militaire devrait encore tirer son épingle du jeu cette semaine 
en raison des tensions géopolitiques en Asie du Sud-Est liées 
aux ambitions territoriales de la Chine, notamment en mer. 
Nombre de pays dans la région cherchent à renforcer leurs moyens 
de surveillance et de renseignement maritimes.  
 
 (Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique 
Tison) 
 

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