Saint-André : " Ils n'ont pas l'interdiction de jouer "

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Saint-André : " Ils n'ont pas l'interdiction de jouer "
Saint-André : " Ils n'ont pas l'interdiction de jouer "

Au lendemain de la défaite des Bleus contre l'Irlande, Philippe Saint-André a tenté d'analyser le match de ses joueurs. Le sélectionneur pointe un manque de détermination et des fautes techniques que ses joueurs devront corriger contre les Blacks. Quant aux critiques sur le jeu, PSA est clair, il n'interdit pas à ses joueurs de prendre des initiatives.

Philippe Saint-André, au lendemain de la défaite contre l’Irlande, quelle analyse faites-vous de cette rencontre ?
On a été dominés sur les zones de rucks. On a été dominés sur nos points forts comme la touche, où l’alignement irlandais a été très bon et nous a privé de munitions. On a été énormément en défense et au niveau de la possession ils ont été plus présents que nous. Ça a été un gros combat. On a tenu pendant 70 minutes. Il faut féliciter les Irlandais, ils méritent leur victoire, maintenant on n’a plus le temps de penser à la déception du match d’hier. On rentre dans une autre compétition, ce sont des matchs à élimination directe. On joue la Nouvelle-Zélande et on va se préparer avec fierté, enthousiasme et avec énormément d’appétit.

Toute la semaine, vous avez manié avec ironie le discours des médias qui présentaient cette équipe d’Irlandais comme très forte. Avez-vous changé d’avis ?
Ils ont été au niveau auquel on les attendait. Pour nous il y a surtout de la déception sur le contenu de notre seconde mi-temps. Sur la conservation, sur les zones de contact, les zones de rucks, on a eu énormément de mal à conserver le ballon. On est déçu de notre performance, de la performance collective. On n’a pas pu conserver le ballon sur des actions plus longues que 1min30. Sur des matchs de cette intensité, quand tu passes 75% de ton temps en défense, c’est difficile. Les Irlandais ont été intelligents, ils nous ont privés de ballons. Il y a deux ou trois touches importantes dans leur camp où on se fait voler deux ballons.

L’aventure se complique grandement avec cette défaite...
On n’est pas éliminés. On n’est pas morts. Il faut se préparer à un grand défi, se relever. C’est un quart de finale de Coupe du monde, donc on tourne la page. On va se préparer pour un grand combat samedi soir contre la Nouvelle-Zélande.

« Quelques performances individuelles n'ont pas été au niveau »

Est-ce que ce résultat remet des choses en questions notamment au niveau de l’équipe qui débutera contre les Blacks ?
Quelques performances individuelles n’ont pas été au niveau. Mais c’est plus sur l’aspect collectif où le porteur de ballon a eu du mal à trouver des espaces, à avancer. Même si en première mi-temps on trouve des solutions. Pourtant ce sont des choses qu’on travaille depuis deux mois et demi, donc c’est vraiment la grosse frustration du match d’hier. Il y a l’aspect technique et l’aspect mental.

Y’a-t-il une déception de ne pas être arrivé à amener ce groupe à maturité après quatre ans à la tête de cette équipe ?
On va se préparer pour samedi, on fera les conclusions quand on sera éliminés. Pour l’instant, on n’est pas éliminés, on n’a pas le temps de pleurer. Il faut se mobiliser pour cet événement-là. On va continuer à avancer, à se préparer, à récupérer aussi parce que ça a été un match d’une grosse intensité.

Donnez-nous une seule raison objective d’y croire ?
Parce que la réalité d’un match est complétement différente. A un moment donné, il va falloir être actif plus que réactif et prendre le jeu à notre compte. On a été trop attentistes, on a été bien défensivement, bien disciplinés, mais on n’a pas mis le rythme qu’il fallait offensivement. On ne joue pas les All Blacks, mais la Nouvelle-Zélande ! On sait qu’on n’est pas favoris. Mais vous savez, quand vous êtes Français, ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’adversaire quand on n’est pas favoris. C’est le match d’une vie pour plusieurs joueurs.

« Les joueurs ont toute la liberté de prendre des initiatives »

Avez-vous noté un manque de caractère chez vos joueurs ? Allez-vous les laisser en autogestion cette semaine ?
Manque de caractère, je ne pense pas. Cette équipe a eu énormément de cœur pour tenir 70 minutes en ayant très peu de ballons. C’est une nouvelle génération de joueurs, sur l’équipe qui commençait il ne restait que Papé et Dusautoir par rapport à 2011. L’expérience d’hier a été très importante pour mes joueurs, il va falloir retenir les leçons pour jouer dans une autre dimension samedi sur un match de phase finale. S’émanciper du staff ? Il faut lâcher les chevaux, n’avoir aucune frustration, aucun regret. Les joueurs se préparent, travaillent énormément.

Pensez-vous que cette équipe a atteint ses limites ?
On va attendre samedi pour en parler. Ce sont des compétiteurs, il y a eu une énorme frustration hier, il y en a toujours ce matin. On va se concentrer sur samedi et essayer d’être plus précis sur les duels au sol parce qu’on a perdu énormément de ballons.

On a senti les joueurs très frustrés, peut-il y avoir une remise en question de votre conception du rugby, notamment au niveau du jeu ?
Les joueurs ont toute la liberté de prendre des initiatives, de faire des passes, de contre-attaquer. A l’image, on a un ballon de récupération à 80 mètres, Scott Spedding relance, on a une situation de trois contre un mais on fait une faute de main. Il faut que les joueurs, psychologiquement, se rendent compte qu’ils passent dans une autre dimension. On a manqué de lucidité sur des actions qui auraient pu être des actions positives. On doit tout donner samedi et se lâcher complètement. Ils n’ont pas l’interdiction de jouer, bien au contraire. La frustration, c’est qu’on n’a pas su tenir le ballon alors qu’on l’avait fait en préparation et sur les trois premiers matchs.

« Il va falloir beaucoup de colère »

Un mot sur le coup d’O’Brien sur Papé en tout début de match ?
Les joueurs ont une idée là-dessus, moi aussi. Sur les images, c’est un attentat après 23 secondes de jeu. J’espère que le TMO fera vraiment son métier la prochaine fois. On se concentre sur ce qu’on peut maîtriser, ça on ne peut pas.

Que faire pour battre cette équipe de Nouvelle-Zélande samedi prochain ?
Il faut croire en nous, se rebeller et relever la tête contre une équipe qui est la favorite de la compétition. On a 80 minutes pour renverser des montagnes. Ils sont inquiets ? Ils sont à quatre victoires... Ils vont arriver avec énormément de confiance et nous on va se préparer pour leur enlever cette confiance qu’ils ont accumulé depuis quatre ans et durant tous ces matchs de poules.

Vous parliez de « faim » ces derniers jours, sur quel ressort va-t-il falloir appuyer maintenant ? De la colère ?
Il va falloir avoir beaucoup plus de colère. Sur les zones de rucks, il y a de la technique mais aussi énormément de détermination et là, les Irlandais ont été meilleurs que nous.

Propos recueillis par notre envoyé spécial, Jean-François Paturaud

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