Sachez organiser votre patrimoine

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L'?IL DU PRO - Philippe Baillot, professeur associé à Paris-II, est directeur à Bred Banque Privée. Il explique comment se poser les bonnes questions.

Votre patrimoine constitue un élément clé de votre bien-être. Son accroissement ne saurait être laissé au hasard. Il faut d'abord mettre à jour vos objectifs de vie, des plus classiques - la préparation de la retraite, la protection des proches... - aux plus spécifiques - le financement d'une année sabbatique, la transmission d'une entreprise... Des réponses existent. En se souvenant de deux leçons de la tradition antique: le «Connais-toi toi-même» de l'oracle de Delphes, et le «Il n'est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va» de Sénèque.

À titre d'exemple, rares seront les parents qui pourront doter leurs enfants. Ils auront, en effet, garde de prendre en compte leur longévité réelle. Ainsi, à 60 ans, un homme a-t-il 25% de chances d'être encore vivant à 95 ans. Aussi faudra-t-il qu'à cet âge le capital transmis ne lui fasse pas défaut pour financer sa survie, a fortiori dans l'hypothèse, de plus en plus probable, de survenance d'un état de dépendance...

Une fois vos objectifs arrêtés, vous pourrez faire appel aux techniques patrimoniales les plus appropriées. En évitant un nouvel écueil: si les dimensions juridiques de la gestion patrimoniale (le choix d'un régime matrimonial, les charmes de la société civile...) sont stables, il en va tout autrement de notre fiscalité. La fiscalité française se distingue en effet par son «vibrionnisme», jamais exempt de dispositions rétroactives, à l'exemple du taux d'imposition des capitaux d'assurance décès, passé, de manière de facto rétroactive, en moins de trois décennies, de 0% à 31,25%, voire plus, en y agrégeant les prélèvements sociaux.

La dimension financière est essentielle

La fiscalité doit rester un facteur secondaire de tout choix patrimonial. Elle viendra simplement conforter des solutions pleinement cohérentes avec les objectifs arrêtés.

La dimension financière est essentielle. Mais notre frilosité peut être mauvaise conseillère. Sur la longue durée de la gestion d'un patrimoine, la première contrainte est de voir se valoriser le capital détenu. L'épargne française est constituée d'immobilier (66%) et de fonds en euros (près de 15%). Or la pierre ne saurait monter jusqu'au ciel et la baisse trentenaire des taux longs est parvenue à son terme.

Une conjoncture nouvelle de taux longs bas contraint l'épargnant. Il faut désormais une certaine prise de risques pour accroître le pouvoir d'achat d'un capital. Son défaut est synonyme d'une perte certaine. Ainsi le rendement des fonds en euros, minoré du jeu de l'inflation et des prélèvements fiscaux et sociaux - encore majorés pour les assujettis à l'ISF - s'avérera-t-il durablement symbolique, voire négatif.

De nouveaux réflexes sont nécessaires pour accroître la détention d'actifs réels (actions cotées, private equity, actifs tangibles...). L'acquisition d'actifs extérieurs à la zone euro permet une diversification bénéfique vers des avoirs potentiellement décorrélés de l'économie de la «vieille Europe», aux espérances de croissance et donc de création de richesse limitées. Pour autant, leur détention devra rester minoritaire. Le passif des résidents français, en termes de train de vie, est quasi exclusivement en euros. Aussi vos actifs ne sauraient-ils être principalement investis en une autre devise.

"L'homme prévoit, Dieu rit "

Vos actifs appelleront des arbitrages périodiques pour s'adapter:

? À vos évolutions personnelles (en termes d'aversion au risque, d'horizons de placement...) ;

?  À vos anticipations des marchés, ou aux évolutions de l'économie sur le long terme (avec sa succession, à l'horizon de votre espérance de vie, de phases de croissance, de stagnation, d'inflation...).

Il faut éviter toute rigidité dans l'organisation patrimoniale ou toute solution univoque. Une option pour une rente viagère est ainsi ruineuse dans l'hypothèse d'une reprise de l'inflation.

Il est primordial de soumettre sa structure patrimoniale à de véritables «tests de résistance». Que serait-il advenu si j'avais eu un accident de santé hier, une rupture professionnelle, si demain je connaissais une survie exceptionnelle, une situation de dépendance...? Autant d'interrogations très éclairantes quant à l'adéquation de la structure financière de votre patrimoine à vos «passifs personnels».

C'est une véritable gestion «actif-passif» qu'il faut mettre en place. Quels sont vos passifs? Par exemple, si vous voulez financer dans les cinq ans qui viennent les études d'un enfant dans une université américaine pour 150.000 dollars, vous ne pouvez effectuer un investissement en immobilier, actions ou euros... mais devez placer en obligations du Trésor américain pour 142.125 dollars, au regard d'un rendement de 1,1%, desdits titres. Ainsi, quelle que soit l'évolution des marchés financiers, votre passif sera parfaitement couvert et les études de votre fils ou de votre fille assurées. Chacun d'entre nous porte de tels passifs qu'il faut définir afin de mettre en œuvre les bonnes stratégies.

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