Russes et Occidentaux cherchent l'apaisement en Ukraine

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MOSCOU CHERCHE L'APAISEMENT EN UKRAINE
MOSCOU CHERCHE L'APAISEMENT EN UKRAINE

par William James et Katya Golubkova

LA HAYE/MOSCOU (Reuters) - La Russie campe sur sa position concernant l'annexion de la Crimée mais elle a légèrement changé de ton face à la menace de nouvelles sanctions brandies par les Occidentaux qui ont entériné lundi l'annulation du sommet du G8 prévu en juin à Sotchi.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a d'abord accueilli par un haussement d'épaules la décision des pays du G7 de se retrouver entre eux, sans la Russie, lors d'un sommet à Bruxelles en lieu et place du rendez-vous offert par Vladimir Poutine sur les bords de la mer Noire.

Dans un second temps, le Kremlin a ajusté mardi matin sa position et expliqué par la voix de son porte-parole, Dmitri Peskov, que Moscou restait prêt à avoir des "contacts à tous les niveaux, y compris au niveau le plus élevé".

Le Premier ministre britannique David Cameron a indiqué que les Occidentaux refusaient la mise sous tutelle de la Crimée et qu'ils étaient prêts à imposer des sanctions renforcées contre certains secteurs de l'économie russe si Vladimir Poutine tentait d'avancer à nouveau ses pions en Ukraine.

"Il y a une position qui est de considérer le statu quo comme inacceptable, et il y a une autre position très très forte selon laquelle toute nouvelle action dans l'est de l'Ukraine serait beaucoup plus grave et conduirait à des sanctions bien plus importantes", a dit David Cameron après la réunion des dirigeants du G7 à La Haye.

Le géant russe du gaz Gazprom et le pétrolier Rosneft ont pour l'instant échappé aux sanctions occidentales grâce notamment à l'influence des autorités britanniques, soucieuses de protéger un accord bilatéral dans le domaine énergétique datant de plus de dix ans.

Toutefois, le vice-ministre russe de l'Economie Andreï Klepatch a reconnu que 70 milliards de dollars avaient fui la Russie au cours du premier trimestre 2014 et cette fuite des investisseurs a ranimé le spectre d'une récession.

RISQUE DE STAGNATION EN RUSSIE

La croissance en février a été proche de zéro et l'inflation s'est accélérée, selon les statistiques du ministère de l'Economie. "Il n'y aura pas de récession mais il y a un risque de stagnation durable et profonde", a admis Andreï Klepatch.

Selon des diplomates européens, Vladimir Poutine pourrait ne pas chercher à poursuivre sa campagne de protection des russophones au-delà de la Crimée en raison des inquiétudes entourant les conséquences économiques de son initiative.

Cette attitude plus conciliante, après plusieurs semaines d'une rhétorique sans concession et d'un rejet des demandes occidentales, s'est traduite par deux initiatives.

Sergueï Lavrov a rencontré son homologue ukrainien en marge d'une réunion sur la sécurité nucléaire à La Haye alors que Moscou refuse de reconnaître le gouvernement intérimaire au pouvoir à Kiev.

Le gouvernement russe a par ailleurs autorisé une première mission d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à travailler en Ukraine après une controverse sur leur mandat, dont la Crimée est exclue.

Sergueï Lavrov a précisé que son pays n'avait pas l'intention de faire usage de la force dans les régions de l'est et du sud de l'Ukraine qui abritent une importante communauté russophone.

Le gouvernement ukrainien a ordonné, pour des raisons de sécurité, le retrait des derniers soldats encore présents dans la péninsule passée sous l'autorité de Moscou, où les troupes russes ont effectué des tirs de sommation. Cette décision a coûté son poste au ministre ukrainien de la Défense.

Pour l'instant, Kiev évite d'attiser les tensions et a renoncé à couper l'alimentation en eau et en électricité de la Crimée très largement dépendante de l'Ukraine dans ces deux domaines.

APPEL AU FMI

A l'issue de leur rencontre aux Pays-Bas, Américains et Européens ont dit qu'ils ne cherchaient pas à élargir les sanctions contre la Russie mais qu'ils seraient contraints de recourir à cette option si Vladimir Poutine cherchait à forcer son avantage dans l'est de l'Ukraine ou si des violences survenaient en Crimée.

Washington s'est également employé à rassurer les dirigeants ukrainiens mardi en leur assurant qu'il n'était pas question d'abandonner la république autonome.

"La Crimée est une partie intégrante de l'Ukraine. Les Etats-Unis continueront à aider l'Ukraine à affirmer sa souveraineté et son intégrité territoriale", précise un communiqué commun.

Pour appuyer cette position, les autorités de Kiev ont décidé de soumettre un projet de résolution au vote de l'Assemblée générale des Nations unies. Le texte, qui décrète l'invalidité du référendum sur le rattachement à la Russie organisé en Crimée, est similaire à celui auquel Moscou avait opposé son veto au Conseil de sécurité.

Les résolutions de l'AG de l'Onu ne sont pas contraignantes, mais l'Ukraine espère envoyer un signal politique en obtenant au moins 130 voix sur les 193 pays membres. Le vote devrait avoir lieu jeudi.

Le G7 a par ailleurs appelé le Fonds monétaire international (FMI) à trouver rapidement un accord sur un plan de soutien financier à l'économie ukrainienne au bord de l'asphyxie. Cela permettrait de débloquer une aide supplémentaire des Européens et des Américains.

Le ministre ukrainien des Finances a précisé mardi que Kiev négociait un prêt de 15 à 20 milliards de dollars (11 à 14,5 milliards d'euros). Oleksander Chlapak a dit s'attendre à un recul de 3% du produit intérieur but en 2014.

(Pierre Sérisier pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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  • M250378 le mardi 25 mar 2014 à 17:10

    J'espère que les Ukrainiens l'aurons dans l'os avec le prêt du FMI en échange de réformes et de concessions lourdes et désastreuses pour le pays (plans d'austérités, privatisations et autre panoplie des mondialistes), tant pis pour eux.