Rupert Murdoch jugé inapte à diriger un grand groupe

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Rupert Murdoch jugé inapte à diriger un grand groupe
Rupert Murdoch jugé inapte à diriger un grand groupe

par Georgina Prodhan et Kate Holton

LONDRES (Reuters) - Rupert Murdoch n'est pas apte à diriger un grand groupe international et doit assumer la responsabilité d'une véritable culture d'écoutes téléphoniques illégales qui s'est développée au sein de News Corp, son empire médiatique, dénonce la commission d'enquête parlementaire britannique chargée de l'affaire.

News Corp, poursuit-elle dans un rapport sans concession rendu public mardi, a fait preuve "d'aveuglement délibéré" sur l'ampleur du scandale des écoutes pratiquées pendant des années par son tabloïd News of The World en quête de scoops.

Les parlementaires, qui se sont divisés sur les conclusions de leur enquête, estiment également que les règles de gouvernance d'entreprise en vigueur au sein de News Corp posent gravement question et s'interrogent aussi sur les compétences de James Murdoch, le fils du magnat des médias d'origine australienne.

"News International et sa maison mère News Corporation ont fermé les yeux de manière délibérée, et la responsabilité doit au bout du compte en être imputée aux dirigeants de la société, dont Rupert Murdoch et James Murdoch", écrit la commission dans son rapport de 85 pages adopté par six voix contre quatre.

"Leur instinct tout du long, jusqu'à ce qu'il soit trop tard, a été de couvrir plutôt que de chercher les mauvais comportements et de sanctionner leurs auteurs (...) Toute l'affaire démontre de vastes défaillances dans la gouvernance d'entreprise", poursuivent les parlementaires.

"Nous concluons par conséquent que Rupert Murdoch n'est pas une personne apte à exercer la direction d'un groupe international majeur", attaque le rapport de la commission, dont les membres se sont divisés, les élus du Parti conservateur du Premier ministre David Cameron votant contre.

Le scandale a débuté fin 2005 par la publication d'un article sur le prince William dont le palais de Buckingham estimait qu'il était alimenté par l'interception clandestine de messages téléphoniques. Il a rebondi début 2007 avec l'arrestation et la condamnation du chroniqueur de la cour du News of the World et a pris une nouvelle ampleur l'an dernier, touchant jusqu'aux milieux politiques et policiers.

Soupçonné par ses détracteurs d'exercer une influence néfaste sur la vie politique britannique, Rupert Murdoch, qui est âgé de 81 ans, se retrouve accusé d'avoir laissé se répandre une culture de l'illégalité au sein de News of the World, l'hebdomadaire tabloïd qu'il a brusquement fermé en juillet dernier, après 168 ans d'existence, lorsque le grand public a appris l'ampleur du scandale.

Rupert Murdoch a présenté des excuses publiques, James Murdoch a exprimé lui le regret de ne pas avoir fait toute la lumière sur l'affaire, mais les deux hommes ont affirmé ne pas avoir été informés de ces pratiques par leurs managers.

Dans un communiqué, News Corp annonce qu'il va examiner attentivement les conclusions du rapport. Le groupe ajoute "reconnaître pleinement les méfaits significatifs commis par le News of the World et présente des excuses à quiconque a vu son intimité attaquée".

IMPACT LIMITÉ

Pour l'essentiel, les fleurons hors-Grande-Bretagne de l'empire Murdoch, dont le Wall Street Journal ou la 20th Century Fox, n'ont pas été affectés par le scandale.

Il pourrait peut-être amener cependant les actionnaires de News Corp à s'interroger sur le maintien du magnat australo-américain à la tête d'un groupe qui génère 50 milliards de dollars de chiffre d'affaires.

Mais, outre le fait que les moyens d'action de la commission parlementaire sont réduits, le refus de ses membres conservateurs de voter en faveur du rapport est de nature à en minimiser l'impact.

"Nul d'entre nous ne pouvions soutenir ce rapport, et nous avons tous voté contre", a souligné la députée Louise Mensch, parlant au nom des élus tories de la commission. "On considérera donc à raison ce rapport comme un texte partisan, et nous avons perdu beaucoup de crédibilité, ce qui est une honte énorme", a-t-elle ajouté.

Reste que l'Ofcom, équivalent britannique du Conseil supérieur de l'audiovisuel, va tenir compte du rapport des parlementaires pour le maintien ou non de la licence de BSkyB, le principal bouquet de télévision satellite en Grande-Bretagne dont le groupe Murdoch détient 39% du capital.

James Murdoch a démissionné en mars de la présidence de BSkyB que News Corp a dû renoncer, au moins provisoirement, à acheter intégralement.

Le Parlement devrait pour sa part débattre des conclusions du rapport, auquel le gouvernement a 60 jours pour répondre.

Une vive passe d'armes a déjà opposé lundi David Cameron au chef de l'opposition travailliste, Ed Miliband, lors d'un débat houleux à la Chambre des communes, trois jours avant des élections municipales, notamment à Londres.

Des courriels récemment rendus publics semblent montrer une forte proximité entre des responsables de News Corp et le ministre de la Culture, Jeremy Hunt, chargé de valider ou non au niveau gouvernemental le projet d'acquisition de BSkyB.

Ed Miliband a accusé David Cameron de maintenir coûte que coûte son ministre pour ne pas se retrouver lui-même exposé en première ligne.

Le Premier ministre conservateur, qui résiste aux pressions en faveur de l'ouverture d'une enquête et a vigoureusement démenti les allégations de l'opposition, pourrait cependant rapidement être davantage fragilisé.

Ancienne patronne de News International, le pôle presse de News Corp en Grande-Bretagne, et confidente de Rupert Murdoch, Rebekah Brooks s'apprête à révéler ses échanges de SMS et de courriels avec David Cameron, du temps où ils étaient amis.

Brooks comme Cameron appartenaient au club informel de "Chipping Norton", du nom d'une petite ville cossue des environs d'Oxford particulièrement prisée des élites politiques et médiatiques.

Avec Avril Ormsby et Mohammed Abbas; Bertrand Boucey, Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français

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  • Georg47 le mardi 1 mai 2012 à 16:26

    Les gens qui jugent Murdoch sont-ils aptes à juger ? Qu'ont-ils créés eux, combien d'emplois ?