Rungis offre 300 tonnes de produits invendus par an

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INTERVIEW - Le marché de Rungis qui fournit ce mercredi les produits cuisinés à l'occasion de la première journée de lutte contre le gaspillage alimentaire soutient l'initiative «Le potager de Marianne» depuis 2008. » La France veut diviser par deux le gaspillage alimentaire

Lancé en 2008 à l'initiative de l'Association nationale des épiceries solidaires (ANDES), l'atelier chantier d'insertion (ACI) «le potager de Marianne» trie et reconditionne des produits destinés au rebut par les marchands de Rungis. Ces produits sont ensuite distribués aux banques alimentaires d'Ile-de France. Stéphane Layani, président de Semmaris, la société qui gère le marché de Rungis, nous explique le fonctionnement de cette collaboration.

Lefigaro.fr: Comment le marché de Rungis s'est-il laissé convaincre de participer à cette initiative?

Stéphane Layani : Il faut savoir qu'en France, 7 millions de tonnes de produits alimentaires sont jetés. Rapporté aux 2,4 millions de tonnes de produits vendus chaque année sur le marché, c'est donc trois fois plus! Pour les grossistes de Rungis, il était naturel de participer à une initiative anti gaspillage. Ensuite, la démarche du «potager de Marianne» est intéressante car ses fondateurs ont compris qu'il fallait que les choses aient un prix pour que le système fonctionne. Les produits qu'ils fabriquent ont donc une valeur ajoutée. Ils font des jus de fruits, des surgelés... Et si une grande partie des produits intègrent le marché solidaire et les associations comme les Restos du c½ur, une autre rejoint le circuit traditionnel. L'atelier fonctionne par ailleurs grâce à l'emploi d'une cinquantaine de personnes en insertion professionnelle. 60 % d'entre elles trouvent ensuite un emploi stable, la plupart sur le marché de Rungis.

Quels types de produits sont récupérés?

Chaque année, les grossistes du marché de Rungis offrent gratuitement 300 tonnes de produits alimentaires au «potager de Marianne», et 400 autres tonnes sont vendus à très bas prix (1 euros le kilos). Au début, il s'agissait essentiellement de fruits et légumes. Aujourd'hui un peu de poisson est également fourni par les grossistes. La législation et les contrôles sanitaires rendent le don de viande invendue trop compliqué. Mais les marchands de produits laitiers devraient bientôt participer. Au-delà des produits alimentaires, nous fournissons à bas coût à l'atelier un entrepôt entièrement reconditionné pour répondre aux exigences sanitaires légales.

Comment expliquez-vous que ces produits propres à la consommation auraient dû être jetés?

Il est en effet important de préciser qu'il s'agit de bons produits. La première raison pour laquelle ils devraient partir à la déchetterie est qu'ils n'ont pas été vendus. Malgré l'importance des transactions, tous les produits ne trouvent pas acquéreurs. La seconde raison est liée à la livraison. Parfois les arrivages ne correspondent pas à la demande. Enfin, le calibrage, la présentation, les défauts d'apparence peuvent faire que des aliments ne trouvent pas preneurs. C'est culturel. Un maraîcher, qui conseille ses clients peut expliquer pourquoi tel ou tel produit a une forme différente. Les grandes surfaces, elles, cherchent des produits plus uniformes pour séduire leur clients habitués à des méthodes de commercialisation industrialisées et marketées.

Faudrait-il rendre la législation moins exigente pour réduire le gaspillage alimentaire?

Non, car l''objectif n'est pas de vendre des produits de moins bonne qualité. En revanche la suppression de la DLUO (date limite d'utilisation optimale) sur les emballages, prévue par le pacte national contre le gaspillage alimentaire de Guillaume Garot, le minitre délégué à l'Agroalimentaire est une très bonne initiative.

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  • sidelcr le mercredi 16 oct 2013 à 18:26

    300 T pour Rungis = une goutte d'eau dans la mer . Ca n'impressionne que ceux qui n'ont jamais bossé un tel tonnage