Rugby: Scott LaValla, l'Américain du Stade Français

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par Cécile Grès

PARIS (Reuters) - Le nom de Scott LaValla évoque souvent la couverture du calendrier des Dieux du Stade et cette fameuse photo où, nu sous une cascade, le joueur a néanmoins la pudeur de cacher ce qu'on ne saurait voir avec un ballon de rugby.

Le deuxième ligne du Stade Français est, certes, d'abord un physique: 1,97m, 117 kg, crâne rasé toujours auréolé d'un bandeau, sourire "ultra-bright" et de grandes jambes imberbes au service du club parisien depuis 2011.

Mais LaValla, c'est aussi une exception. Né il y a 24 ans à Olympia aux Etats-Unis, il est l'un des seuls joueurs américains du Top 14, avec Takudzwa Ngwenya à Biarritz.

Son originalité ne s'arrête pas à sa nationalité. Etudiant à Sciences-Po en Master de relations internationales, LaValla est extrêmement lucide sur la brièveté d'une carrière de rugbyman. Alors, il réserve à son cerveau le même sort qu'à ses muscles et tient à maîtriser parfaitement la langue française.

"J'ai fait des progrès en français mais je ne suis pas encore bilingue", souriait-il en conférence de presse début novembre.

Son accent le trahit, mais sa grammaire est impeccable. A l'époque, lors de cette conférence de presse dans les vestiaires de la Cité Universitaire, son pays vivait au rythme des élections américaines.

"Je vais voter par procuration, bien sûr, c'est très important pour moi. Pour Obama", déclarait le joueur né un 4 juillet, jour de la fête nationale américaine.

Pour le symbole, on ne pouvait pas faire mieux.

Lors de la Coupe du monde 2011, le joueur parisien a évolué avec l'équipe des Etats-Unis, qui n'a pas dépassé les phases de poule. Il compte aujourd'hui neuf sélections avec le XV américain.

"FIER DE LUI"

Loin des siens, LaValla reste en contact permanent avec eux. Lorsque l'ouragan Sandy abîmait son pays, le deuxième ligne ne masquait pas son inquiétude. Et à quelques jours de se déplacer à Toulon, il gardait un certain recul.

"Ce sera une vraie guerre mais pourquoi avoir peur? C'est juste un match de rugby", rappelait-il.

Sa distance et sa sérénité s'expliquent aussi peut-être par le fait qu'il n'a découvert le rugby qu'à 16 ans, en Irlande, alors qu'il faisait des études à Dublin.

A 19 ans, il intègre le centre de formation du Stade Français après avoir joué pour l'équipe de son université dublinoise et quelques matchs avec l'Ulster.

En 2011, il passe professionnel et intègre l'équipe A du club parisien. Seulement deux fois titulaires et dix fois remplaçant pour une première saison de Top 14, LaValla gagne en temps de jeu cette année.

Sur les 13 premiers matches de la saison, l'Américain a fait partie douze fois du groupe parisien et a été titulaire sept fois. En une moitié de saison, il a donc triplé son temps de jeu par rapport à 2011-2012.

Mais pas question de tomber dans l'euphorie pour celui qui se dit constamment "humble et concentré" et qui gère la pression comme une "chose constructrice et nécessaire".

Un état d'esprit qui n'est pas de trop quand on connaît la situation sportive du club qui cumule seulement six victoires sur les 13 premiers matches de la saison et qui n'a passé qu'une seule journée -la première- dans la zone des barragistes.

L'an dernier, le Stade Français ratait d'une place l'accès aux barrages du Top 14 et cette année, il ne connaît plus tellement les hauts de tableau alors que son budget, lui, reste troisième avec 22,81 millions d'euros.

Alors l'investissement de LaValla et sa bonne composition physique et intellectuelle ne peuvent qu'apporter de la confiance au club.

De quoi rendre fier le staff parisien qui pose sur Scott un regard bienveillant et satisfait, à l'image de Richard Pool-Jones, le directeur sportif du club: "Le club est très fier de lui."

Edité par Chrystel Boulet-Euchin et Henri-Pierre André

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