Rugby: Jocelino Suta pas du tout intimidé par le XV de France

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par Cécile Grès

MARCOUSSIS, Essonne (Reuters) - Il était un des plus âgés des nouveaux et il est un des seuls à avoir survécu au passage de 34 à 23 joueurs retenus pour former le XV de France contre l'Australie, samedi. Pourtant, Jocelino Suta ne s'est pas montré impressionné, lundi, à Marcoussis.

"Le XV de France, ce n'était pas du tout un objectif. Ma vraie priorité, c'est mon club de Toulon alors ma sélection est presque un accident", soutient le deuxième ligne qui sera trentenaire le 18 novembre.

Derrière cette déclaration, il n'y a aucune condescendance, plutôt de l'humilité.

"L'équipe de France, c'est un cran au-dessus. Quand je la regardais à la télé les années passées, je me disais que c'était inaccessible pour moi et que je ne porterai jamais la tunique bleue de ma carrière", glisse-t-il.

Le rugby aussi sonne comme un accident puisque Suta ne s'y est vraiment mis qu'à 18 ans.

"J'ai commencé par jouer au volley puis pas mal à la pétanque. D'ailleurs, j'ai fait installer un boulodrome à la maison", sourit-il.

Il débute en 2000, un peu par hasard, par du rugby à VII.

"Je jouais le mercredi avec les copains, histoire de m'occuper un peu. Et puis j'ai intégré le Rugby Club Calédonien, on a fait un tournoi à Bordeaux en 2001 et c'est comme ça que je me suis fait repérer par Mont-de-Marsan", raconte-t-il.

DE MILITAIRE À SOLDAT DU RCT

Il signe au Stade Montois en août 2001, avec son cousin, Mikaële Tuugahala, aujourd'hui pilier au Racing Métro. La montée en Top 14 du club landais le propulse sur le devant de la scène.

"La finale de ProD2 en 2008, c'est le match de ma vie, le tournant de ma carrière. L'année suivante, je pars à Toulon, l'autre promu de l'époque et depuis que j'ai signé, je me dis tous les jours que j'ai fait le bon choix", dit-il.

Depuis, Jocelino Suta a changé et progressé aussi bien physiquement que psychologiquement.

"En arrivant à Toulon, je pesais 125 kilos et j'étais très gras. Depuis, je me suis affiné, je me suis repris, je crois que j'ai perdu au moins 15 kilos", précise-t-il.

"J'ai beaucoup progressé au niveau de la communication avec les autres et individuellement, je me suis calmé, je suis beaucoup plus discipliné qu'à l'époque montoise."

Suta, devenu militaire à 20 ans car son contrat espoir se terminait et qu'il n'était pas certain de passer professionnel, fait désormais partie des soldats de l'armée toulonnaise, emmené par Bernard Laporte, arrivé dans le Var en 2011 pour remplacer Philippe Saint-André.

"Quand il a été nommé pour prendre la tête du XV de France, j'étais très content pour Philippe mais je ne me suis pas du tout dit que ça allait m'aider à l'intégrer", confie-t-il.

Suta rappelle encore une fois que les Bleus ne représentaient pas un objectif.

Alors quand il a appelé ses parents, qui habitent à Wallis et Futuna, dimanche soir pour leur dire qu'il jouerait certainement samedi au Stade de France, l'échange a été fier et euphorique.

"Même avec les 11 heures de décalage, ils vont regarder", se réjouit-il.

Edité par Jean-Paul Couret et Grégory Blachier

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