RPT-REPORTAGE-Un bar de Molenbeek au coeur de l'enquête sur les attentats

le , mis à jour à 10:09
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par Robert-Jan Bartunek, Philip Blenkinsop et Alissa de Carbonnel BRUXELLES, 17 novembre (Reuters) - L'une des pistes suivies par les enquêteurs après les attentats qui ont fait au moins 129 morts à Paris mène à un bar de l'agglomération bruxelloise, aujourd'hui fermé. Il y deux semaines, la bourgmestre de Molenbeek ordonnait la fermeture du bar Les Béguines, situé au rez-de-chaussée d'un bâtiment en briques sans grâce, typique du quartier. A l'origine de sa décision, un rapport de police dénonçant un trafic et une consommation de drogue dans l'établissement au cours de l'été. Dans la soirée de vendredi, le propriétaire du bar, Brahim Abdeslam, un ressortissant français né à Bruxelles de 31 ans, a actionné son gilet d'explosifs dans le bistrot Le Comptoir Voltaire, dans le XIe arrondissement de Paris. Son jeune frère Salah, qui était le gérant du bar Les Béguines, est aujourd'hui l'homme le plus recherché d'Europe, faisant l'objet depuis dimanche d'un appel à témoins des autorités françaises. "Dangereux" selon la police, ce dernier a fait l'objet samedi matin d'un contrôle routier à la frontière belge. Mais son nom n'était pas encore apparu dans le cadre de l'enquête et il a donc été laissé libre. Selon une source judiciaire, il est le titulaire du contrat de location de la Polo qui a transporté les assaillants de la salle de concert du Bataclan. Il est également soupçonné d'être l'artificier des commandos qui ont frappé Paris, a-t-on appris d'une source parlementaire au fait de l'enquête. "ILS ÉTAIENT NORMAUX" A Molenbeek, quartier défavorisé de plus en plus pointé du doigt comme plaque tournante du djihadisme et base arrière servant à la préparation d'attentats, on se souvient des deux frères, qui ont vendu leur bar il y a six semaines. L'image qu'ils ont laissée n'est pas celle de fanatiques prêts à semer la mort. "C'est choquant, surtout quand c'est des gens qu'on fréquentait", dit Nabil, 25 ans, en passant devant le bar, situé sur le trajet entre son travail et son appartement. "Ils étaient normaux, ils aimaient bien se marrer. Ils n'avaient rien d'extrémistes (...) Il étaient encore par ici la semaine dernière (...) Je pense qu'ils ont été endoctrinés, qu'il y a un cerveau derrière tout ça". Selon une source proche de l'enquête, ce cerveau pourrait être Abdelhamid Abaaoud. Ce Belge d'origine marocaine, âgé de 27 ans et lui aussi originaire de Molenbeek, est une figure de l'Etat islamique (EI) qui serait à l'origine de plusieurs attentats ou projets en Europe. Aujourd'hui connu sous nom de guerre, Abou Omar al Belgiki ("le Belge"). Il a fait de la prison avec Salah Abdeslam quand celui-ci a été incarcéré pour vol il y a cinq ans, rapportent des médias belges. UNE VOIX "À LA STALLONE" A Molenbeek, Hicham, 25 ans, a lui aussi connu les frères Abdeslam : "Ils fumaient, ils n'allaient pas à la mosquée. On les voyait tous les jours au bar". Brahim, qui avait "une voix à la Sylvester Stallone", était "parfois un peu cinglé", concède-t-il. "On jouait aux cartes, on parlait de foot, de tout et de rien. Rien sur le djihad, pas de l'islam." Les mêmes sentiments sont relayés par la famille Abdeslam, dont un troisième frère, Mohammed, qui a été relâché après deux jours de garde à vue. "Nous n'avons jamais eu de problème avec la loi", a dit ce dernier à des journalistes sur le pas de la porte du domicile familial, dans un immeuble de quatre étages, en face de la mairie de Molenbeek. "Mes parents sont en état de choc et n'arrivent pas à comprendre ce qui a pu se passer". Mohammed Abdeslam, qui a été relâché parce qu'il avait un alibi, selon son avocat, dit n'avoir "absolument rien" vu venir. Il assure ne pas avoir su que Brahim se rendait à Paris vendredi et ne pas savoir où se trouve Salah, qualifiant ses deux frères de "complètement normaux". (Patrick Vignal pour le service français)

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