RPT-LEAD 1-France-Woerth et de Maistre nient tout trafic d'influence

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(Rpt orthographique) * Le parquet a requis la relaxe dans un premier procès * Il a la même position pour ce second procès * Woerth nie tout "passe-droit" par Claude Canellas BORDEAUX, 23 mars (Reuters) - L'ancien ministre UMP Eric Woerth a nié lundi, au premier jour de son procès pour trafic d'influence, tout lien entre son intervention dans l'attribution de la Légion d'honneur à Patrice de Maistre et l'embauche de son épouse par l'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Un mois après avoir comparu dans le dossier des abus de faiblesse dont aurait été victime l'héritière de L'Oréal, dans lequel le parquet a requis la relaxe d'Eric Woerth, les deux hommes se sont retrouvés devant le même tribunal. Patrice de Maistre, prévenu pour trafic d'influence actif, est soupçonné d'avoir embauché en 2007 Florence Woerth, épouse de l'ex-ministre du Budget alors en fonction, dans sa société Clymène chargée des avoirs de Liliane Bettencourt, en échange de son élévation au grade de Chevalier de la Légion d'honneur. Eric Woerth, prévenu de trafic d'influence passive, lui avait personnellement remis la médaille le 23 janvier 2008. Le parquet avait requis un non-lieu pour les deux hommes au terme de l'instruction, estimant que "le lien de corrélation entre les deux faits, condition nécessaire à la caractérisation du délit, n'est pas formellement démontré". Lundi, les deux prévenus ont suivi cette ligne de défense. Devant le tribunal, Eric Woerth a affirmé que son intervention en faveur de Patrice de Maistre relevait d'une "procédure extrêmement classique" et qu'il "n'y (avait) pas de passe-droit dans cette affaire". "Si la Légion d'honneur passe tous les barrages, c'est qu'il a le bon profil pour être décoré. Je n'ai pas négocié cette Légion d'honneur. La décoration de Patrice De Maistre et le recrutement de mon épouse, ce sont deux droites parallèles", a-t-il lancé. Alors député de l'Oise trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, il avait envoyé le 12 mars 2007 le dossier de Patrice de Maistre avec une lettre de recommandation au ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy. "Je ne me souviens pas de ce courrier pour tout vous dire. Mais je suis alors dans la logique du moment. J'envoie ça à Nicolas Sarkozy. Patrice de Maistre a le profil pour avoir la Légion d'honneur. Je suis dans une démarche politique", a plaidé Eric Woerth. Patrice de Maistre avait été fait Chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur dans la promotion du 14 juillet 2007, quelques semaines après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. "LUI FAIRE PLAISIR" L'ancien gestionnaire de fortune a pour sa part expliqué au tribunal que l'idée de se voir attribuer la Légion d'honneur venait d'un ami, ancien banquier qui, en 2006, lui avait proposé d'intervenir en sa faveur. Le curriculum vitae qu'il lui avait envoyé avait ensuite cheminé jusqu'à Eric Woerth, a-t-il dit. "Je n'ai jamais évoqué ce sujet avec monsieur Woerth et je n'aurais jamais demandé cela au ministre", a affirmé Patrice de Maistre. Deux mois après avoir reçu sa médaille, Patrice de Maistre avait embauché Florence Woerth. Il a dit lundi l'avoir choisie en raison de ses compétences dans la gestion d'actifs. "Madame Woerth était quelqu'un de reconnu dans son métier", a-t-il dit, ajoutant n'avoir eu "que des recommandations positives." "Pour moi il, n'y avait pas de problèmes déontologiques à embaucher la femme du ministre du Budget." L'enquête a débuté après la révélation des enregistrements effectués clandestinement au domicile de Liliane Bettencourt par son majordome Pascal Bonnefoy en 2009 et 2010. L'un concerne un entretien entre la milliardaire et Patrice de Maistre durant duquel le recrutement de Florence Woerth est évoqué. "J'avoue que quand je l'ai fait, son mari était ministre des Finances, il m'a demandé de le faire. Je l'ai fait pour lui faire plaisir", y dit le gestionnaire de fortune. Sous le feu des questions, il a précisé avoir tenu de tels propos pour se protéger vis-à-vis de la milliardaire avec laquelle il a dit avoir eu à l'époque des relations difficiles. Florence Woerth doit être entendue mardi par le tribunal. Eric Woerth et Patrice de Maistre encourent chacun une peine maximale de dix ans de prison et jusqu'à 150.000 euros d'amende. Dans le premier procès pour abus de faiblesse, le parquet a requis la relaxe d'Eric Woerth, estimant que rien ne prouvait que Patrice de Maistre lui avait remis de l'argent liquide venant de comptes en Suisse de Liliane Bettencourt pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy. Il a en revanche requis une peine de trois ans de prison dont 18 mois avec sursis et une amende de 375.000 euros à l'encontre de Patrice de Maistre, qu'il juge coupable d'avoir bénéficié de "libéralités" à hauteur de huit millions d'euros de la part de l'héritière de L'Oréal. Les dix prévenus du procès devraient être fixés le 28 mai. (Edité par Grégory Blachier)

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