RPT-Le projet de garde-côte européenne ne fait pas l'unanimité

le , mis à jour à 11:45
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 (RPT titre) 
    * La Commission exposera son projet ce mardi 
    * Bruxelles propose une nouvelle Agence européenne de 
garde-côte et des frontières 
    * Le couple franco-allemand appuie cette proposition 
    * D'autres Etats membres y voient un nouvel abandon de 
souveraineté 
 
    par Alastair Macdonald 
    BRUXELLES, 14 décembre (Reuters) - Le projet de la 
Commission européenne d'étendre les prérogatives communautaires 
dans la protection des frontières extérieures de l'Union, qui 
sera détaillé ce mardi, suscite des résistances de la part de 
certains Etats membres. 
    L'objectif de Bruxelles est de renforcer les contrôles aux 
frontières face à la crise migratoire sans précédent depuis la 
Deuxième Guerre mondiale que l'Europe subit cette année. 
    Selon les dernières données de l'agence européenne de 
statistiques Eurostat, quelque 812.000 personnes ont demandé 
l'asile dans l'UE sur les trois premiers trimestres de l'année 
en cours. A ce rythme, le total de demandes d'asile atteindra le 
million d'ici la fin de l'année. (voir  ID:nL8N13Z3Y2 ) 
    La Commission Juncker souhaite créer une nouvelle force, une 
Agence européenne de garde-côte et des frontières qui, 
contrairement à l'actuelle agence Frontex, serait habilitée à 
intervenir aux frontières extérieures sans le consentement 
préalable de l'Etat concerné. 
    Cette force pourrait compter un millier d'agents permanents 
(contre 400 pour les effectifs de l'actuelle Frontex) et serait 
en mesure de piocher au besoin dans un "réservoir" de 1.500 
agents supplémentaires mobilisables en quelques jours. Elle 
disposerait d'un budget au moins deux fois plus important que 
celui de Frontex. 
     
    UNE "OPTION NUCLÉAIRE" 
    L'initiative vise particulièrement la Grèce, en première 
ligne sur la frontière sud-est de l'espace Schengen, où les 
pouvoirs publics peinent à gérer les arrivées massives de 
migrants et de réfugiés (au moins 700.000 depuis le début de 
l'année d'après Frontex). 
    Des fonctionnaires européens estiment que cette capacité à 
intervenir sans le feu vert du pays concerné serait largement 
théorique - ils parlent d'"option nucléaire" - et notent que 
toute atteinte à la souveraineté nationale serait équilibrée par 
la possibilité donnée à une majorité d'Etats membres de bloquer 
une intervention de la Commission. 
    "Nous pensons que la situation actuelle justifie une 
certaine ambition", a déclaré vendredi un porte-parole de la 
Commission, exprimant sa confiance sur la réaction des 
Vingt-Huit. 
    Le projet Juncker sera abordé par les chefs d'Etat et de 
gouvernement des Vingt-Huit qui se réunissent jeudi et vendredi 
en sommet à Bruxelles. 
    A défaut d'un renforcement des frontières extérieures, 
plaident de hauts fonctionnaires de l'UE, un nombre croissant 
d'Etats rétabliront les contrôles à leurs propres frontières, 
menaçant de fait l'espace de libre-circulation de Schengen, 
auquel participent 22 Etats membres de l'UE. (voir 
 ID:nL8N13F1CO ) 
    Mais l'unanimité ne semble pas de mise. 
    Dans une lettre commune adressée à Frans Timmermans, premier 
vice-président de la Commission, et Dimitris Avramopoulos, 
commissaire européen chargé des Migrations, les ministres 
français et allemand de l'Intérieur ont appuyé un renforcement 
des moyens européens de contrôle aux frontières extérieures. 
    "Dans des circonstances exceptionnelles, Frontex devrait 
pouvoir prendre l'initiative de déployer sous sa propre 
responsabilité des équipes d'intervention rapide aux 
frontières", estiment Bernard Cazeneuve et Thomas de Maizière. 
(voir  ID:nL8N13X43M ) 
    L'Italie, autre porte d'arrivées massives du fait de sa 
situation géographique, réclame aussi une "européanisation" des 
frontières extérieures et le gouvernement grec d'Alexis Tsipras  
a accueilli favorablement vendredi l'idée d'une agence 
européenne chargée de la surveillance des frontières maritimes 
de l'Union. (voir  ID:nL8N140365 )     
     
    "LA COMMISSION TESTE NOS LIMITES" 
    Pour d'autres pays européens en revanche, le projet va trop 
loin. A en croire un diplomate d'un pays européen, ils seraient 
même majoritaires. "Cette idée, prédit-il, va se heurter à 
l'opposition de la plupart des Etats membres. Une telle solution 
s'immiscerait trop dans les compétences intérieures des Etats 
membres." 
    "La Commission teste nos limites", estime un autre diplomate 
qui compare ce projet au controversé mécanisme prôné par la 
Commission Juncker de répartition obligatoire par quotas des 
migrants arrivés en Europe. 
    Le ministre polonais des Affaires étrangères, Witold 
Waszczykowski, y voit une institution communautaire qui 
déciderait arbitrairement d'intervenir sans la participation de 
l'Etat membre concerné. "C'est l'une des décisions que nous 
allons contester", a-t-il ajouté dimanche au micro de la radio 
RMF. 
    A Bruxelles, même les partisans du projet conviennent que la 
résistance risque d'être vive. "Tout le monde est pour un 
renforcement de Frontex mais dès qu'il s'agira d'une garde-côte 
commune, il faudra voir comment cela va se passer. Il y a des 
inquiétudes", a dit un diplomate. 
    Il faudra attendre mardi et la présentation du plan de la 
Commission pour que les gouvernements des Vingt-Huit se 
positionnent plus clairement. Des diplomates anticipent d'ores 
et déjà que des capitales européennes réclameront au moins des 
garanties et des protections contre une obligation d'agir sur 
ordre de l'exécutif européen. 
 
 (avec Gabriela Baczynska et Wiktor Szary; Henri-Pierre André 
pour le service français) 
 
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