RPT- Le deuxième procès de Hosni Moubarak tourne court

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LE PROCÈS DE HOSNI MOUBARAK AJOURNÉ
LE PROCÈS DE HOSNI MOUBARAK AJOURNÉ

Actualisé avec ajournement et réactions, RPT mastic §1

LE CAIRE (Reuters) - Le procès en appel de l'ancien chef de l'Etat égyptien Hosni Moubarak a été ajourné samedi dès son ouverture, lorsque le président de la Cour s'est dessaisi de l'affaire pour la transmettre à une autre juridiction, ce qui annonce de longues procédures.

"Le peuple demande l'exécution de Moubarak !", ont scandé les proches des manifestants tués lors du soulèvement de janvier-février 2011, lorsque le juge Mustapha Hassan Abdallah a annoncé sa décision à l'ouverture de l'audience.

Devant l'école de police de la banlieue du Caire où venait de s'ouvrir le deuxième procès de l'ex-raïs, âgé de 84 ans, ses partisans étaient beaucoup plus nombreux que ses adversaires. Les forces de l'ordre ont tenu les deux groupes à bonne distance l'un de l'autre.

Vêtu d'un survêtement blanc, Hosni Moubarak avait auparavant été transféré par hélicoptère de l'hôpital militaire où il est détenu et conduit dans l'enceinte du tribunal sur une civière.

Souriant et visiblement en meilleure forme que lors de ses précédentes comparutions, il a adressé un signe aux membres de son camp installés dans la salle avant le début de l'audience.

Il s'agissait de sa première apparition publique depuis sa condamnation en juin. Ses deux fils Alaa et Gamal, rejugés pour corruption, étaient également présents.

La Cour de cassation égyptienne a jugé recevable en janvier l'appel de l'ancien président et de son ministre de l'Intérieur Habib al Adli, tous deux condamnés à la réclusion à perpétuité pour leur implication dans la répression de la "Révolution du Nil".

Hosni Moubarak, Habib al Adli et quatre de ses adjoints avaient été reconnus coupables de complicité dans la mort de plus de 800 manifestants au cours des 18 jours de l'insurrection.

Samedi, le juge Mustapha Hassan Abdallah, qui comme beaucoup d'autres magistrats en activité a été nommé sous le règne de l'ancien président, a invoqué le "malaise" que lui inspire l'affaire pour justifier son transfert à la Cour d'appel du Caire.

Il avait par le passé prononcé l'acquittement de hauts fonctionnaires du régime déchu jugés pour la spectaculaire offensive à dos de dromadaires lancée contre les opposants qui campaient place Tahrir.

RAPPORT ENTERRÉ

"Nous réclamons la peine la plus lourde possible pour Moubarak du fait des crimes odieux qu'il a commis contre les manifestants, mais nous sommes satisfaits que le juge ait décidé de se dessaisir parce que nous avions des craintes à son sujet depuis le verdict sur l'attaque à dos de dromadaires", a déclaré Mohamed Abdel Wahab, un avocat des victimes.

La condamnation d'Hosni Moubarak en première instance avait eu valeur de symbole: l'ancien président était le premier dirigeant balayé par le "printemps arabe" à être présent à son procès et à se retrouver derrière les barreaux.

La procédure avait déjà montré combien rendre la justice demeure compliqué dans un pays où les magistrats et les membres de forces de l'ordre nommés sous le règne de celui qui occupait le box des accusés sont encore en place.

Six hauts fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, dont deux comparaissaient pour des crimes moins graves, avaient été acquittés. Le parquet s'était plaint du manque de coopération du ministère qui avait rechigné à fournir des éléments de preuve à l'accusation.

Le tribunal avait jugé qu'Hosni Moubarak et Habib al Adli n'avaient pas su empêcher les exactions lors du soulèvement mais n'a pas sanctionné les deux dirigeants pour les avoir ordonnées.

Dans le cadre de son procès en appel, le ministère public devait s'appuyer sur des éléments rassemblés par une commission d'enquête mise en place l'an passé par le président Mohamed Morsi. Son refus de publier ce rapport établi en décembre lui a valu de nombreuses critiques.

Selon le quotidien britannique The Guardian, le chef de l'Etat issu des Frères musulmans a enterré depuis janvier le rapport de la commission qui recommandait l'ouverture de poursuites judiciaires contre les militaires responsables d'actes de torture, d'assassinats et de disparitions forcées pendant le soulèvement.

Pour Ahmed Tagab, avocat et membre de la commission d'enquête, la non publication du rapport constitue un échec "parce que cela retarde la reconnaissance par le gouvernement de crimes commis par les forces de sécurité contre les Egyptiens".

Selon lui, Morsi garde le rapport sous le coude parce que les forces de sécurité, qui n'ont globalement pas changé depuis l'époque Moubarak, commettent aujourd'hui "les mêmes crimes".

Paul Taylor, Pierre Sérisier et Jean-Philippe Lefief pour le service français

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