RPT-La réputation de "raider" de Bolloré fait peur aux Berlusconi

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 (Répétition sans changement de la dépêche transmise vendredi) 
    * Différend entre Vincent Bolloré et les Berlusconi sur 
Mediaset 
    * L'industriel français a lancé plusieurs raids boursiers 
    * Se rapprocher de Mediaset est crucial dans la stratégie de 
Vivendi 
 
    par Mathieu Rosemain 
    PARIS, 12 août (Reuters) - Quand Vincent Bolloré a changé 
son fusil d'épaule dans le rachat de la télévision payante de 
Mediaset  MS.MI  et proposé de prendre une part significative de 
la maison mère elle-même, le marché a immédiatement pensé qu'il 
préparait un nouveau raid boursier. 
    La famille de Silvio Berlusconi aussi a soupçonné le 
président du conseil de surveillance de Vivendi  VIV.PA  de 
chercher à les priver du contrôle du groupe italien de médias. 
    "Sa réputation le précède et, effectivement, il leur a fait 
peur", a confié une source proche des négociations. 
    Car le différend entre Vivendi et Mediaset rappelle à bien 
des égards la manière dont l'industriel français de 64 ans fait 
des affaires, estiment des observateurs interrogés par Reuters. 
    Depuis 35 ans, ses investissements perspicaces et ses prises 
de contrôle méthodiques l'ont fait passer de la petite papeterie 
familiale OCB à la présidence d'un conglomérat de 10,8 milliards 
d'euros de chiffre d'affaires dont les activités vont du 
transport et la logistique aux solutions de stockage 
d'électricité, aux communications et aux médias. 
    La carrière de Vincent Bolloré est semée d'exemples de 
prises de participations minoritaires par lesquelles il est 
parvenu à contrôler des entreprises. 
    Le cas de Vivendi lui-même en est une illustration. 
    En 2014, il accède à la présidence du conseil de 
surveillance de Vivendi avec seulement un peu plus de 5% du 
capital (15,3% actuellement). Depuis, il dirige le groupe comme 
s'il était à lui.  
    "Dès qu'il achète des parts d'une entreprise, il a tendance 
à penser qu'elle est mal gérée", commente un banquier français 
qui suit les investissements de Vincent Bolloré en Italie.  
     
    "TOUT CHANGER" 
    Au cours des deux années écoulées, Vincent Bolloré a 
profondément remanié le management de Vivendi et de sa filiale 
Canal+ et a pris des décisions stratégiques comme l'acquisition 
de 24,7% du capital de Telecom Italia  TLIT.IT .  
    Il a livré bataille pour nommer quatre administrateurs de 
Vivendi au conseil du premier opérateur télécoms italien et a 
obtenu en mars la démission de son administrateur délégué Marco 
Patuano. 
    "Il était absolument convaincu que Telecom Italia était un 
canard boiteux et qu'il fallait tout y changer", se souvient le 
banquier français. 
    Aussi quand Vivendi rejette les termes initiaux d'un accord 
avec Mediaset sur le rachat de 100% de la filiale de télévision 
payante Mediaset Premium et propose à la place d'en acquérir 
seulement 20% et de prendre environ 15% de sa maison mère, les 
Berlusconi s'alarment.   
    "Ils se sont inquiétés de ce que ces 15% fassent perdre à 
Fininvest (la holding des Berlusconi, NDLR) sa minorité de 
blocage dans Mediaset après une augmentation de capital", a 
raconté la source proche des négociations. 
    Vivendi s'est refusé à commenter cet article. Son président 
du directoire Arnaud de Puyfontaine a déclaré le 30 juillet au 
Corriere della Sera que le groupe n'avait pas l'intention de 
prendre le contrôle de Mediaset.     
    Vincent Bolloré ne s'est pas exprimé publiquement sur 
Mediaset, et n'a pu être joint pour un commentaire. 
    Le groupe italien, qui a rejeté à plusieurs reprises l'offre 
alternative de Vivendi, n'a pas répondu aux sollicitations de 
Reuters. Fininvest, qui détient environ 35% de Mediaset, n'a pas 
fourni de nouvelle déclaration mais avait clairement dit 
précédemment qu'il s'opposait aux nouveaux termes proposés par 
Vivendi. 
      
    UNIQUEMENT DU BUSINESS        
    Pour Vincent Bolloré, ami de longue date de Silvio 
Berlusconi, ce n'est jamais personnel, c'est uniquement du 
business. 
    Quand son groupe familial acquiert en 1997 près de 9% de 
Bouygues  BOUY.PA , il téléphone à Martin Bouygues, ancien 
camarade de classe, pour l'assurer d'une démarche amicale. Un an 
plus tard, grimpé non loin des 13% du capital, il critique la 
diversification du groupe de BTP dans les télécoms.  
    "Bolloré m'a pris pour un con", résumait Martin Bouygues en 
2013 au magazine Challenges. "Il m'a roulé, trompé, humilié. Je 
n'oublierai jamais."  
    Dans un rare retournement, Vincent Bolloré a reculé et vendu 
en 1998 toutes ses actions Bouygues à la suite de la réaction de 
partisans de Martin Bouygues au sein et hors de l'entreprise. Il 
a fait valoir qu'il n'avait d'autre choix que d'émettre des 
doutes sur une stratégie qui menaçait à ses yeux les finances du 
groupe Bouygues. 
    Vingt ans et d'autres raids plus tard, dont celui sur Havas 
 HAVA.PA , l'appétit de Vincent Bolloré semble intact. Comme en 
témoigne le rachat par Vivendi de la société de jeux vidéo 
Gameloft, en juin, et l'acquisition de 22% du capital de sa 
jumelle Ubisoft  UBIP.PA  malgré l'opposition de leurs 
fondateurs, la famille Guillemot.     
    Car l'idée fixe de Bolloré, c'est de faire de Vivendi un 
"champion des médias" de dimension internationale capable de 
rivaliser avec les puissants nouveaux venus que sont Netflix 
 NFLX.O  et Amazon  AMZN.O , en développant les contenus. 
  
    Un projet qui passe par l'Italie et le rapprochement avec 
Mediaset, dont les filiales qui produisent des contenus 
audiovisuels pourraient joindre leurs forces à celles de Canal+. 
    L'analyste Jérôme Bodin, chez Natixis, soulignait dans un 
rapport publié au printemps que cette approche de groupe de 
médias intégré avait du sens pour Vivendi et pourrait générer 
d'importantes économies de coûts via un renforcement des liens 
avec Telecom Italia et, en Espagne, avec Telefonica  TEF.MC , 
afin d'optimiser la distribution de ces contenus.   
    Les audiences pourraient encore être élargies en y incluant 
les pays francophones d'Afrique de l'Ouest, où le groupe Bolloré 
 BOLL.PA , contrôlé majoritairement par la famille, a investi 
dans les infrastructures et cultive de bonnes relations avec les 
autorités locales.    
         
 
 (Dominique Rodriguez pour le service français, édité par 
Matthieu Protard) 
 

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