RPT-La présence d'Abaaoud à Paris relance les doutes sur les failles

le , mis à jour à 20:02
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(Répétition mastic § 15) * Abaaoud se vantait de pouvoir aller à son gré de Syrie en Europe * Paris déplore qu'aucun pays de l'UE n'ait signalé son arrivée * Le Premier ministre belge n'accepte pas les critiques par Gérard Bon et Emmanuel Jarry PARIS, 19 novembre (Reuters) - La présence à Paris d'Abdelhamid Abaaoud pour y superviser les attentats du 13 novembre met en évidence les failles de la lutte antiterroriste en Europe et peut-être en France, même si le djihadiste y a été finalement repéré et abattu. Les autorités françaises ont reconnu que les commandos pilotés par cet homme de 28 ans d'origine marocaine étaient arrivés le 12 novembre de Bruxelles à Paris à bord de trois voitures roulant presque en convoi avec probablement armes et explosifs à bord avant de tuer le lendemain 129 personnes. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a déploré que la France n'ait reçu aucune information européenne concernant l'arrivée d'Abaaoud en Europe. "Il est urgent que l'Europe se reprenne face au terrorisme", a-t-il dit à la presse. "Si Abaaoud a pu circuler depuis la Syrie jusqu'en France, c'est qu'il y a des failles dans l'ensemble du système européen", a également déclaré le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, sur France Info. "Toutes les interrogations sont bien sûr légitimes", a dit le Premier ministre Manuel Valls. Le Premier ministre belge, Charles Michel, a rejeté jeudi les critiques selon lesquelles le pays serait une passoire. "Je n'accepte pas les critiques visant à dénigrer nos services de sécurité qui font un travail difficile et tenace", a-t-il dit devant les députés belges, affirmant qu'à Saint-Denis, "un attentat a été empêché notamment par des informations fournies par des équipes belges". Abdelhamid Abaaoud, qui est le plus connu des 350 ressortissants belges partis en Syrie pour mener le "djihad" dans les rangs de l'Etat islamique (EI), se vantait au début de l'année de la facilité avec laquelle il pouvait se rendre de Syrie en Europe pour y préparer des attentats. Il racontait en février sur internet, dans le magazine en langue anglaise de l'EI, comment il s'était rendu le mois précédent en Belgique pour préparer des attaques avec deux autres djihadistes tués lors d'un raid de la police belge en janvier à Verviers, dans l'est du pays. Il était fier d'avoir pu regagner l'Europe sans problème alors que son visage était largement diffusé dans la presse. DÉFAILLANCE FRANÇAISE Les services de sécurité pensent qu'Abaaoud est probablement revenu brièvement en Europe dès la fin 2013, puis une nouvelle fois avant l'attaque contre le magazine français Charlie Hebdo en janvier dernier. Une semaine plus tard, les deux complices qui l'avaient accompagné à son retour de Syrie étaient tués par les forces de sécurité belges à Verviers. Les services pensent que le trio est passé par la Grèce. Les services français et belges pensent qu'Abaaoud est impliqué dans quatre attentats ou tentatives évités. Il était ainsi en contact avec Mehdi Nemmouche, le Français qui a tué quatre personnes au Musée juif de Bruxelles en mai 2014. "La géocalisation du portable d'Abaaoud en Grèce, des téléphones trouvés ces derniers jours et des écoutes téléphoniques visant son entourage laissaient fortement entendre qu'il était dans la région parisienne", dit Roland Jacquard, président de l'Observatoire international du terrorisme. "C'est un succès mais ça devient un martyr de Daech et il y aura une grosse riposte. C'est aussi la preuve qu'i y a eu des failles en amont", ajoute-t-il. Louis Caprioli, conseiller du groupe GEOS et ancien responsable de l'antiterrorisme à la DST, "s'inscrit en faux" contre l'idée d'une défaillance des renseignements intérieurs français concernant la circulation d'Abaaoud. PAS SEUL "Il connaissait toutes les astuces pour circuler dans l'espace européen. Et à partir du moment où il est en Europe, il peut se déplacer sans aucune difficulté. Il suffit qu'il se 'désilhouette', qu'il rase sa barbe, qu'il s'habille différemment", dit-il à Reuters. En revanche, Louis Caprioli s'interroge sur l'action des services extérieurs français, qui n'ont apparemment pas communiqué de renseignements sur le déplacement de terroristes. Pour lui, Abaaoud "est un martyr mais il n'a pas mené seul cette opération". "Est-ce qu'il était le chef de la zone francophone ? Je crois que ce n'est pas lui. Ce n'est qu'un des responsables des opérations en Europe francophone, il y a quelqu'un au-dessus de lui". Selon une source gouvernementale, l'accent "doit être sans doute remis sur du renseignement de proximité, sur tout ce qui permet de capter et de faire remonter des signaux faibles, notamment le début de radicalisations". "La difficulté est liée à cet état d'activation à la fois de réseaux, à la fois de cellules autoradicalisées et qui se sont organisées sur place et des individus qui se déclenchent dans une sorte de délire personnel", ajoute cette source. (Edité par Yves Clarisse)

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  • kurki le jeudi 19 nov 2015 à 19:40

    Non, non, personne n'a jamais eu de doutes sur les failles, elles existent bel et bien. L'UE est-elle encore habilitée à parler ?