RPT-France-Fraisse avait "les mains en l'air" quand il a été tué

le , mis à jour à 18:47
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 (RPT 2e para) 
    par Johanna Decorse 
    TOULOUSE, 25 mars (Reuters) - Rémi Fraisse avait "les mains 
en l'air" quand il a été tué en octobre 2014 par une grenade 
offensive tirée par un gendarme mobile sur le site du barrage de 
Sivens (Tarn), a-t-on appris vendredi d'une source proche du 
dossier, confirmant une information de Mediapart. 
    Le gendarme à l'origine du tir de grenade qui a mortellement 
touché le militant écologiste de 21 ans a été placé le 18 mars 
sous le statut de témoin assisté par les juges d'instruction de 
Toulouse, statut qui exclut pour l'instant son renvoi devant un 
tribunal. 
    "Les récits apportés par plusieurs témoins, dont certains 
qui l'ont vu tomber, ont permis de reconstituer ce qu'a pu faire 
Rémi Fraisse les minutes avant sa mort. Ces témoins qui étaient 
juste à côté de lui ont déclaré qu'il avait les mains en l'air 
et qu'il criait aux gendarmes 'Arrêtez les tirs' au moment où il 
a été touché par une grenade", a dit la source à Reuters. 
    "Un autre témoin, qui a été blessé cette nuit du 26 octobre 
2014 par un tir de flash-ball au thorax, devant Remi Fraisse, 
explique que c'est peut-être ce qui a décidé le jeune homme à 
agir, comme s'il avait un drapeau blanc, pour demander l'arrêt 
des tirs", poursuit cette même source. 
    L'information judiciaire ouverte trois jours après la mort 
de Rémi Fraisse contre X pour « violences ayant entraîné la mort 
sans intention de la donner par personne dépositaire de 
l'autorité publique dans l'exercice de ses fonctions » a été 
requalifiée en « homicide involontaire ». 
    Pour Me Claire Dujardin, l'un des conseils de la famille de 
Rémi Fraisse, ces nouveaux témoignages confirment que le jeune 
homme était bien « pacifiste » et viennent « contredire 
plusieurs éléments de l'enquête ». 
     
    ORDRE "DISPROPORTIONNÉ" 
    «Cette nuit-là sur le site, il y a avait des personnes très 
différentes y compris des pacifistes comme Rémi. Il était donc 
très risqué d'envoyer des grenades offensives », souligne 
l'avocate qui réfute la thèse de « l'accident » avancée par la 
défense. 
    « L'ordre d'utiliser des grenades offensives était 
disproportionné et le gendarme a commis une faute d'imprudence 
dans l'exécution de cet ordre. L'instruction va se poursuivre 
et, nous l'espérons, va permettre de remonter la chaîne des 
responsabilités », a-t-elle ajouté. 
    L'auteur du tir de grenade avait été entendu le 14 janvier 
2015 par l'Inspection générale de la gendarmerie nationale sous 
le régime de la garde à vue et avait été remis en liberté. 
    Un rapport d'enquête administrative « relative à la conduite 
des opérations de maintien de l'ordre » avait été rendu public 
début décembre 2014 par le ministère de l'Intérieur. Il ne 
faisait pas « ressortir de manquement aux règles juridiques et 
déontologiques et aux techniques enseignées au maintien de 
l'ordre ». 
    La mort de Rémi Fraisse avait provoqué un vif émoi, 
entraînant la suspension du chantier de retenue d'eau puis son 
abandon le 6 mars 2015 par le conseil départemental du Tarn. Le 
même jour, le site de Sivens, occupé depuis plus d'un an par de 
nombreux zadistes opposés à la construction du barrage, avait 
été évacué. 
    Un nouveau projet portant sur une retenue réduite de moitié 
est envisagé par les pouvoirs publics et demandé par des 
agriculteurs pour pallier le manque de ressources en eau. 
    Ce « Sivens light » redimensionné suscite toujours 
l'opposition des associations environnementales qui appellent à 
un changement des pratiques agricoles pour « mieux gérer l'eau » 
et à une « optimisation des retenues collinaires existantes ». 
 
 (Johanna Decorse, édité par Sophie Louet) 
 
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