RPT-ENCADRE-Israël-Les partis arabes font liste commune pour peser enfin

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(RPT sans changement de cet encadré diffusé vendredi) par Maayan Lubell UMM AL FAHM, Israël, 16 mars (Reuters) - Politiquement insignifiante depuis des décennies, la minorité arabe israélienne espère enfin jouer un rôle actif après les élections législatives de mardi, en profitant de la formation inédite d'une union des quatre principaux partis d'une communauté qui représente 20% de la population israélienne. Des sondages ont montré que la "Liste arabe commune" pourrait même arriver en troisième position et se retrouver en situation d'arbitre lorsque l'heure sera venue de former une coalition capable de gouverner. Beaucoup d'Arabes israéliens attendaient avec impatience la formation d'une telle union, espérant qu'elle soit en mesure de mieux les défendre. Si la législation garantit aux Arabes israéliens l'égalité des droits, la plupart d'entre eux ont souvent le sentiment d'être des citoyens de seconde zone. "Nous attendions cela depuis des années", déclare Mirnan Baransi, une étudiante de Nazareth âgée de 24 ans. "Nous aurons désormais davantage de pouvoir pour faire la différence." La communauté arabe israélienne est constituée des Arabes et de leurs descendants qui n'ont pas quitté le territoire devenu israélien lors de la fondation de l'Etat d'Israël, contrairement aux centaines de milliers de Palestiniens partis ou chassés de leurs terres. Cette minorité se plaint régulièrement de subir un traitement qu'elle juge inéquitable, que ce soit dans l'accès aux services ou dans l'octroi d'allocations pour l'éducation, la santé ou le logement. Plus d'un Arabe israélien sur deux vit sous le seuil de pauvreté. A Umm al Fahm, une ville arabe israélienne de 48.000 habitants située à la frontière de la Cisjordanie, la rue principale est jalonnée d'affiches appelant les habitants à se rallier à la bannière grise et bleue de la Liste commune. Âgée de 46 ans, Khitam Mahmis votera pour la première fois. "Ici, les conditions de vie des Arabes se détériorent. Si nous allons voter tous ensemble, nous obtiendrons davantage", dit-elle. PESER SUR L'ISSUE DU SCRUTIN SANS ENTRER AU GOUVERNEMENT Jamais, depuis la création d'Israël, un parti arabe n'est entré dans un gouvernement ou n'a même demandé à en faire partie. S'il y a peu de chances que cela change, il n'est pas exclu que la Liste commune soit amenée à jouer un rôle central dans la formation de l'inévitable coalition qui devra être formée pour gouverner. Habituellement, les partis arabes remportent 11 sièges à la Knesset qui en compte 120. Unis, ils pourraient, selon les sondages, en obtenir 13 à 15, ce qui les placerait en troisième position. Le chef de file de la Liste commune, Ayman Odeh, défend l'idée d'une "alliance arabo-juive des défavorisés" pour lutter contre les discriminations, le racisme et les inégalités sociales en Israël. Il a prévenu que sa formation ne s'associerait à aucun gouvernement après les législatives, quel que soit le vainqueur du scrutin. Mais il pourrait contribuer à décider de l'issue de celui-ci s'il suggère au chef de l'Etat de charger le candidat de centre-gauche Isaac Herzog de former un gouvernement, plutôt que Benjamin Netanyahu. "Nous ne voulons que ce gouvernement, qui nous a tous menés dans l'impasse, Juifs comme Arabes, ne puisse pas continuer", a-t-il dit. Mais nous ne sommes pas dans la poche de Herzog". Certains partenaires d'Odeh ne soutiendront sans doute aucun candidat au poste de Premier ministre mais si Isaac Herzog est désigné, la Liste commune pourrait jouer un rôle de soutien extérieur essentiel, comme elle l'a fait lors de la désignation d'Yitzhak Rabin dans les années 1990. "Nous avons trouvé une formule gagnante dans les années 1990 avec le gouvernement Rabin", rappelle Ayman Odeh, laissant entendre qu'il pourrait proposer une solution semblable. Lors du scrutin de 2013, la participation des Arabes israéliens s'est élevée à 57%, soit 11 points de moins que la moyenne nationale. Mais le politologue Tamar Hermann estime que cette proportion pourrait augmenter mardi. Le corps électoral arabe israélien représentant 15% des électeurs, il est théoriquement en mesure d'obtenir 18 sièges, même si une telle issue est peu probable, un certain nombre d'entre eux votant pour des partis non-arabes. (Nicolas Delame pour le service français, édité par Marc Angrand)

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