RPT-Elizabeth II s'apprête à battre le record de Victoria

le , mis à jour à 12:21
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* Le 9/9, le règne d'Elizabeth II dépassera celui de Victoria * Elle n'a aucune intention d'abdiquer * Son fils Charles n'est pas certain de lui succéder par Michael Holden LONDRES, 6 septembre (Reuters) - Après 63 années sur le trône britannique, Elizabeth II battra mercredi le record de longévité de son arrière-arrière grand-mère Victoria. Selon ses proches, la reine, couronnée le 6 février 1952, n'a absolument pas l'intention d'abdiquer en faveur de son fils aîné Charles qui, à 66 ans, est lui même détenteur d'un autre record, celui de prince héritier le plus longtemps en attente. Contrairement à ce qu'ont pu faire récemment d'autres souverains européens soucieux de passer le sceptre avant d'être emportés par la mort, Elizabeth, âgée de 89 ans, considère qu'il est de son devoir de rester jusqu'au bout. "Je dis devant vous que, toute ma vie, qu'elle soit courte ou longue, sera vouée à votre service et au service de notre grande famille impériale", déclarait-elle le jour de son 21e anniversaire. A mesure que la durée de son règne approchait celle de son aïeule Victoria, beaucoup d'observateurs s'interrogeaient sur sa volonté de rester sur le trône jusqu'au bout. A ces questions, une source proche de Buckingham a répondu: "A vie, cela veut dire à vie." L'aspect religieux de la cérémonie de couronnement revêt une importance extrême pour Elizabeth qui est d'ailleurs, en tant que reine, également gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre. "La reine n'abdiquera pas, elle ne doit pas abdiquer, il n'y a absolument aucune raison qui puisse justifier qu'elle abdique et, de fait, constitutionnellement et religieusement, elle ne peut pas abdiquer: c'est une reine consacrée", rappelle à Reuters l'historien spécialiste de la royauté Hugo Vickers. Margaret Rhodes, cousine et proche de la reine depuis leur enfance, est persuadée que jamais elle ne renoncera à son engagement à l'égard de la nation. "Les promesses qu'elle a faites le jour de son couronnement sont si puissantes et si singulières qu'elle ne pourrait pas songer à renoncer à ces promesses jusqu'à ce qu'elle meure", disait-elle en 2006 à la BBC. L'abdication d'Edouard VIII, oncle d'Elizabeth, en 1936, a été traumatisante et a précipité la monarchie dans une crise constitutionnelle qui a mené son père sur le trône alors qu'il ne le souhaitait pas. Sur le continent, pourtant, qu'il s'agisse des royaumes des Pays-Bas, d'Espagne ou de Belgique, les monarques vieillissants n'ont pas eu ces réticences à céder leur place. LA MONARCHIE PLÉBICITÉE Peu de temps avant son 75e anniversaire, Beatrix, souveraine des Pays-Bas, a abdiqué en janvier 2013 en faveur de son fils Willem-Alexander. "Je ne me retire pas parce que les tâches de la fonction sont écrasantes mais en raison de ma conviction selon laquelle les responsabilités de notre pays doivent être transmises à une nouvelle génération." En juin 2014, le roi d'Espagne Juan Carlos annonçait à son tour qu'il quittait ses fonctions, alors que les scandales se multipliaient autour de la famille royale. "Une nouvelle génération demande à juste titre de prendre les choses en main", avait-il alors déclaré. Au Royaume-Uni, peu de voix s'élèvent en faveur d'un couronnement du prince Charles. Elevé depuis son enfance pour devenir roi, Charles est moins populaire que sa mère. En avril, un sondage montrait que 53% des Britannique l'appréciaient, alors que la popularité d'Elizabeth atteignait 77%. La monarchie, pourtant malmenée au début des années 1990 -- la reine a même qualifié 1992 d'"annus horribilis" -- est soutenue par 70% des Britanniques qui ne sont que 19% à souhaiter l'avènement d'une république. Même chez les républicains les plus fervents, à l'image du député travailliste Paul Flynn, la monarchie est jugée plus solide avec Elizabeth qu'avec Charles. "Avec elle, j'arrive à composer, ce sera repoussé. On peut se demander si la fin la plus probable de la monarchie ne viendra pas avec Charles", a-t-il dit à Reuters. CHARLES OU WILLIAM ? Contrastant avec la stricte neutralité à laquelle Elizabeth s'est astreinte, Charles a pris position sur des sujets divers et variés, qu'il s'agisse de la destruction des monuments historiques, de l'agriculture biologique, voire plus récemment en comparant le président russe Vladimir Poutine à Adolf Hitler en raison de son comportement vis-à-vis de l'Ukraine. Selon ses adversaires, les courriers adressés par le Prince de Galles à certains ministres, publiés en mai contre la volonté de la famille royale, témoignent de son désir de se mêler de tout, de l'équipement militaire des soldats déployés en Irak au sort des légines australes, un poisson que l'on pêche dans les mers du Sud. Pour ses partisans, cependant, Charles ne faisait là que s'exprimer sur des sujets qui préoccupent les citoyens britanniques. Philip Murphy, directeur de l'Institut des études du Commonwealth et spécialiste de la monarchie, estime que cette volonté de se comporter en "porte-parole de l'homme ordinaire" est dangereux. "L'opinion pourrait ne pas le tolérer très longtemps et très probablement les dirigeants non plus", a il dit à Reuters. Certains observateurs pensent que seule une maladie grave pourrait conduire Elizabeth à céder le trône à son fils, en particulier si son époux Philip venait à mourir. Et, même dans ce cas, on ne pourrait exclure l'hypothèse d'une régence. "Je ne pense pas que l'on puisse totalement écarter l'abdication", a déclaré à Reuters Robert Lacey, biographe royal. Le député Paul Flynn pense que la mort de la reine ne poserait pas seulement la question du maintien de la monarchie mais également celui d'une transmission du titre royal directement au duc de Cambridge, le prince William, petit-fils d'Elizabeth et fils aîné du prince Charles. "Je pense que cela serait très populaire de sauter une génération", a-t-il dit tout en fustigeant la règle de la primogéniture comme moyen de désigner un chef d'Etat. William et Harry, fils de Charles et de la princesse Diana, sont les membres de la famille royale les plus aimés du royaume, avec 79% d'opinion favorable. Philip Murphy pense de son côté que les Britanniques ont une quantité d'autres motifs de préoccupation que celui de la réforme de la monarchie. "D'une certaine manière, on pense que ce qui n'est pas cassé n'a pas à être réparé." (Avec la contribution de Kylie MacLellan,; Nicolas Delame pour le service français)

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