RPT-Cahuzac-Le transfert des avoirs vers Singapour divise les prévenus

le , mis à jour à 15:36
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 (Bien lire "octobre 2000", §4 avant la fin) 
    * Cahuzac et son banquier se renvoient la responsabilité 
    * L'ex-ministre se dit "convaincu" que Reyl connaissait la 
fraude 
    * Pour François Reyl, confidentialité ne veut pas dire 
fraude 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 8 septembre (Reuters) - Jérôme Cahuzac a déclaré 
jeudi avoir "la conviction" que ses banquiers suisses savaient 
qu'il ne déclarait pas ses avoirs en France, ajoutant qu'ils 
avaient été à "l'initiative" du montage  qui a permis leur 
transfert vers Singapour. 
    Le directeur général de Reyl § Cie, François Reyl, assure 
quant à lui n'avoir joué qu'un rôle technique face à la demande 
de confidentialité formulée par l'ex-ministre, et qui n'avait 
aucune connotation fiscale à ses yeux. 
    La question de la paternité de ce montage est décisive : la 
banque Reyl et son directeur général sont en effet poursuivis 
pour blanchiment de fraude fiscale en ce qu'ils auraient 
"organisé" ce transfert, via des sociétés offshore à Panama et 
aux Seychelles, et ainsi participé "activement" à la 
dissimulation des avoirs du chirurgien de formation. 
    Le 20 mars 2009, Jérôme Cahuzac se présente, sans 
rendez-vous, à la banque genevoise, où son compte, d'abord 
ouvert auprès de l'UBS en 1993, a été transféré en 1998.  
    Il est là pour effectuer les "modifications nécessaires" au 
maintien de la plus grande confidentialité de son compte, après 
que son ex-gestionnaire de fortune, Hervé Dreyfus, parent du 
fondateur de Reyl § Cie, lui eut suggéré, affirme-t-il. 
    "J'ai demandé de m'assurer la plus grande discrétion et la 
plus grande confidentialité", explique Jérôme Cahuzac à la 
barre. "Pour le reste, c'est la banque Reyl qui me propose des 
solutions, ce sont eux qui prennent l'initiative." 
    Cette "proposition", qui l'enfonce un peu plus dans la 
clandestinité, Jérôme Cahuzac reconnaît toutefois l'avoir 
acceptée. "J'estime que je n'ai pas d'autre choix que cette 
fuite en avant", tente-t-il d'expliquer.  
    Au président, qui lui demande si ses banquiers savaient que 
les revenus déposés sur son compte n'étaient pas déclarés, 
Jérôme Cahuzac répond : "J'ai toujours eu la conviction qu'ils 
le savaient très bien, mais je ne leur ai jamais dit." 
    Pour François Reyl, banquier Franco-Suisse de 50 ans, les 
choses ne se sont pas tout à fait passées de cette manière. 
             
    LE "DILEMME DU BANQUIER SUISSE" 
    Quand Jérôme Cahuzac se présente, il lui "fait part d'un 
désir de confidentialité accrue et d'un éloignement de la 
Suisse", assure le banquier, qui assure ne pas se poser la 
question de l'évasion fiscale.  
    "Je lui propose un basculement en société tout en lui 
précisant qu'il sera toujours défini comme l'ayant droit 
économique", explique-t-il en ouvrant la possibilité d'un 
transfert dans une filiale à Singapour. 
    François Reyl a lié jeudi sa présence sur le banc des 
prévenus au "dilemme du banquier suisse", qui doit composer avec 
sa morale et une législation nationale qui ne punit pas 
pénalement l'évasion fiscale. 
    "C'est une tache impossible, pour le banquier suisse, de 
s'assurer en tous temps que tous ses clients à travers le monde" 
se conforment à la législation fiscale de leur pays, a-t-il dit. 
    L'échange automatique de données entre les administrations 
française et suisse, prévu pour 2018, y mettra un terme.  
    François Reyl, nommé directeur général en février 2009, a 
croisé le chemin de Jérôme Cahuzac à deux reprises, en 2003, 
lorsqu'il prend une instruction par téléphone, puis lors de 
cette entrevue de 2009. Il affirme qu'il ne le connaissait pas. 
    Jérôme Cahuzac n'était pourtant pas un client comme les 
autres, comme le souligne le président. 
    Dès octobre 2000, une note interne de la banque signale 
qu'il lui a été conseillé de ne plus faire de mouvements si sa 
situation politique était amenée à évoluer. A partir de 2004, il 
est considéré comme Personnalité exposée politiquement (PEP).  
    Fin 2009, la banque ne gérait les avoirs que de 11 PEP, dont 
Jérôme Cahuzac était le seul Français, a dit François Reyl.  
    Celui qui dit s'être trouvé pris dans une spirale, après 
avoir ouvert un premier compte pour financer l'activité du 
mouvement rocardien en 1992-1993, a invoqué jeudi des raisons 
personnelles au blanchiment d'une partie des sommes cachées. 
    En 2007, il pioche dans ce compte pour emmener sa femme aux 
Seychelles et tenter de la "reconquérir", après le "naufrage de 
son couple". A cette époque, "la priorité pour moi est de 
restaurer ma vie familiale", dit-il au bord des larmes. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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