Rousseff, menacée de destitution, se dit victime de sexisme

le
0
    par Anthony Boadle 
    BRASILIA, 20 avril (Reuters) - La présidente brésilienne 
Dilma Rousseff a accusé mardi les députés, majoritairement des 
hommes, ayant voté dimanche pour sa destitution d'avoir fait 
preuve de sexisme. 
    Première femme à diriger le plus grand pays d'Amérique 
latine, Dilma Rousseff a une nouvelle fois déclaré que la 
procédure lancée à son encontre pour manipulation des comptes 
publics en vue de favoriser sa réélection en 2014 n'avait aucun 
fondement juridique. Elle a jugé que la campagne menée contre 
elle alimentait la haine et l'intolérance au Brésil. 
    Lors du vote de dimanche à la Chambre des députés, où les 
hommes sont largement majoritaires, un certain nombre d'élus ont 
crié "au revoir ma chère" au moment de se prononcer en faveur de 
la mise à l'écart de Dilma Rousseff. 
    "Il y a, mélangé à tout cela, beaucoup de préjugés contre 
les femmes", a dit la présidente mardi au cours d'une rencontre 
avec la presse internationale à Brasilia. "Il y a des attitudes 
à mon égard qui n'existeraient pas avec un président homme." 
    Le Brésil compte plus d'électrices que d'électeurs mais 
seules 45 femmes siègent parmi les 513 élus de la chambre basse 
du parlement. 
    La procédure de destitution de Dilma Rousseff est désormais 
entre les mains du Sénat. 
    Le président de la chambre haute, Renan Calheiros, a déclaré 
que la commission de 21 membres chargée de formuler un avis 
serait formée lundi, ce qui pourrait repousser un vote en séance 
plénière au milieu du mois de mai. 
    Le Sénat paraît néanmoins d'ores et déjà acquis à l'idée 
d'une destitution de Dilma Rousseff. 
    Cette crise politique risque de paralyser durablement un 
pays déjà plongé dans une profonde récession économique et qui 
s'apprête à accueillir les Jeux olympiques l'été prochain. 
    Au pouvoir depuis 13 ans, le Parti des travailleurs (PT) de 
Dilma Rousseff mobilise les syndicats et les organisations de 
gauche pour défendre la présidente. 
    Le PT a prévenu qu'il n'accorderait aucun répit au 
successeur de Dilma Rousseff, le vice-président Michel Temer, si 
elle devait être mise à l'écart. 
    "Notre opposition ira bien au-delà du Congrès. Nous disons à 
la société qu'un gouvernement illégitime ne connaîtra pas la 
paix, qu'il y aura une lutte", a dit le dirigeant du PT, Rui 
Falcao, lors d'une conférence de presse avec à ses côtés le 
fondateur du parti et prédécesseur de Dilma Rousseff à la 
présidence, Luiz Inacio Lula da Silva. 
    Le principal syndicat des salariés du secteur pétrolier, 
FUP, a annoncé qu'il envisageait de demander à ses adhérents de 
cesser le travail et qu'il réfléchissait avec d'autres syndicats 
à l'idée d'une grève générale. 
 
 (Avec Silvio Cascione; Bertrand Boucey pour le service 
français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant