Rome va protéger ses entreprises contre les convoitises étrangères

le
0
    * Rome veut plus de transparence sur les prises de 
participation 
    * Certains législateurs veulent des règles plus strictes 
    * Les entreprises françaises, les plus actives 
    * Les acquisitions par des firmes étrangères depuis 2008: 
    * http://tmsnrt.rs/2khFKJg 
 
    par Giselda Vagnoni et Giuseppe Fonte 
    ROME, 8 février (Reuters) - Le gouvernement italien 
s'inquiète de la vulnérabilité des entreprises transalpines face 
aux convoitises de groupes étrangers, en particulier pour celles 
qu'il considère comme stratégiques, et s'emploie à les doter de 
moyens de défense. 
    Rome prépare de nouvelles règles de transparence qui 
contraindront les investisseurs prenant des participations 
minoritaires significatives dans le capital d'entreprises 
italiennes à déclarer leurs intentions, une initiative qui vise 
à protéger ces dernières contre des prises de contrôle hostiles. 
    Peu d'éléments sont disponibles sur le détail des 
dispositions du texte en préparation mais Massimo Mucchetti, un 
sénateur de Parti démocratique au pouvoir, a dit à Reuters 
qu'elles pourraient notamment fixer à 5% du capital le seuil à 
partir duquel un acquéreur devrait déclarer ses intentions 
vis-à-vis de l'entreprise dans laquelle il a pris une 
participation. 
    Cette initiative gouvernementale intervient à la suite de la 
prise de participation de près de 29%, perçue comme hostile, de 
Vivendi  VIV.PA , contrôlé par le français Vincent Bolloré, dans 
Mediaset  MS.MI , le groupe de média de l'ex-président du 
conseil italien Silvio Berlusconi. Vivendi est aussi le premier 
actionnaire de Telecom Italia  TLIT.MI . 
    Une série d'acquisitions ciblant des fleurons de capitalisme 
italien ont été réalisées au cours des dernières années, souvent 
à l'initiative de groupes français.  
    Le chinois ChemChina a ainsi pris le contrôle du fabricant 
de pneumatiques Pirelli pour 7,1 milliards d'euros en 2015 
tandis que la société de gestion française Amundi a acquis pour 
3,5 milliards d'euros à la fin de l'année dernière son homologue 
italienne Pioneer, qui gère quelque 146 milliards d'euros de 
fonds pour le compte des épargnants italiens et détient environ 
30 milliards d'euros de dette publique italienne. 
    Luxottica  LUX.MI  et Essilor  ESSI.OPA  ont conclu le mois 
dernier un accord en vue d'une fusion à 46 milliards d'euros 
pour constituer un géant mondial de l'optique ophtalmologique, 
coté à Paris.  
    Certains élus du Parti démocratique poussent le gouvernement 
à aller plus loin et s'il est peu probable qu'ils aient gain de 
cause, le texte en préparation et le débat public en Italie 
illustrent la montée d'un sentiment protectionniste après des 
années de relative ouverture aux investissements étrangers, 
notamment sous l'impulsion de l'ex-président du conseil Matteo 
Renzi. 
    Le projet de texte souligne aussi la préoccupation 
croissante des responsables politiques italiens devant la 
perspective de voir des entreprises considérées comme 
stratégiques - qu'il s'agisse de Mediaset, de la compagnie 
aérienne Alitalia, de l'assureur Generali ou de l'opérateur 
télécom historique Telecom Italia - passer sous contrôle 
étranger.  
     
    LES FRANÇAIS A L'ASSAUT  
    Mucchetti, qui préside la commission de l'Industrie au 
Sénat, a dit que le texte sur la divulgation des prises de 
participation sera "un grain de sable" pour les acquisitions par 
des étrangers tout en ajoutant qu'il n'aurait aucun effet dans 
l'affaire Mediaset-Vivendi car il ne pourra pas s'appliquer de 
manière rétroactive.  
    Une porte-parole du ministère de l'Industrie s'est refusée à 
confirmer la disposition sur le seuil de 5% et à donner des 
précisions sur le projet de texte, expliquant que les 
discussions entre le gouvernement et les parlementaires n'en 
étaient qu'à leur début.  
    Vivendi et Mediaset se sont refusé à tout commentaire sur ce 
sujet. Vivendi a déjà dit qu'il ne visait pas une prise de 
contrôle hostile de Mediaset et que sa participation avait pour 
objectif de renforcer le groupe de média italien.  
    Les entreprises françaises ont été les plus actives en 
matière fusions-acquisitions en Italie au cours des dix 
dernières années, la valeur totale de leurs opérations 
ressortant à 65 milliards de dollars (60 milliards d'euros) 
depuis 2008, loin devant les 39 milliards de dollars des 
entreprises américaines, qui arrivent en deuxième position, 
montrent des données de Thomson Reuters.  
    Sur la même période, les entreprises italiennes n'ont 
procédé qu'à 7,3 milliards de dollars d'acquisitions en France.  
    Le gouvernement italien avait annoncé à la fin du mois 
dernier qu'il entendait renforcer les règles en matière de 
divulgation des prises de participation dans les entreprises, 
sans donner de détail.  
    Lors de son premier discours devant le Parlement italien, au 
lendemain de l'annonce du rachat de Pioneer par Amundi, le 
nouveau président du conseil, Paolo Gentiloni, avait prévenu que 
l'Italie "n'était pas ouverte aux intrusions", rompant avec le 
discours d'ouverture de Renzi. 
    Plus de 100 sénateurs, issus des rangs de la majorité comme 
de l'opposition ont depuis interpelé le gouvernement pour lui 
demander quelle mesure il entendait prendre pour mettre 
Generali, le premier assureur du pays, à l'abri d'un rachat par 
un étranger.  
     Salvatore Tomaselli, autre élu du Parti démocratique membre 
de la commission sénatoriale de l'Industrie, a dit qu'il 
espérait que le texte serait approuvé par le Parlement d'ici le 
mois prochain et que l'Italie voulait se doter de règles "plus 
strictes comme celles en vigueur en France."  
    Les règles françaises prévoient qu'un actionnaire doit 
déclarer le franchissement du seuil de 5% dans un délai de cinq 
jours et préciser ses objectifs pour les six prochains mois lors 
du franchissement des seuils de 10%, 15%, 20%, 25% et 30% du 
capital.  
    Francesco Boccia, élu du Parti démocratique et président de 
la Commission des Finances de la Chambre des députés, fait 
partie de ceux qui veulent que le gouvernement aille plus loin 
dans la protection des entreprises italiennes contre les 
convoitises étrangères.  
    Il souhaite en particulier que Rome puisse renforcer son 
pouvoir de veto et imposer ses conditions pour les opérations 
dans des secteurs considérés comme critiques pour la sécurité 
nationale, notamment les communications, l'énergie et les 
transports.  
    "L'Italie est ouverte à toute sorte d'intrusions. Si nous ne 
défendons pas nos fleurons ils vont soit s'effondrer soit tomber 
dans des mains étrangères", a-t-il prévenu.  
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Juliette 
Rouillon) 
 

Valeurs associées
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant