Rome affiche ouvertement ses désaccords avec Bruxelles

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 (Actualisé, nouvelle déclaration de Renzi, §5) 
    par Crispian Balmer 
    ROME/BRUXELLES, 15 janvier (Reuters) - Autrefois grands 
partisans de l'Union européenne, les Italiens semblent désormais 
moins enthousiastes, comme en témoignent les dernières attaques 
de leur président du Conseil, Matteo Renzi. 
    Celui-ci s'en est pris le mois dernier aux règles 
européennes et à la rigidité dont Bruxelles peut faire preuve, 
prophétisant une désintégration du bloc communautaire sans 
réforme de ce dernier. 
    Vendredi, le président de la Commission européenne, 
Jean-Claude Juncker, avait reproché au dirigeant italien de trop 
critiquer l'exécutif européen. 
    "Je pense que le président du Conseil italien (...) a tort 
de critiquer la Commission à tous les coins de rue", a déclaré 
Juncker, laissant entendre que les propos de Matteo Renzi 
s'inscrivaient dans une "pièce de théâtre interne" à l'Italie. 
    "Nous ne nous laisserons pas intimider par des slogans", a 
répondu Matteo Renzi dans un entretien à la chaîne de télévision 
Canale 5 qui devait être diffusé vendredi soir. "L'Italie mérite 
le respect", a-t-il ajouté. 
    Selon certains observateurs, le "tir de barrage" de Renzi 
est destiné à détourner la rancoeur des Italiens qui restent 
confrontés à une conjoncture économique difficile. 
    Les doléances de Rome à l'encontre de Bruxelles couvrent un 
large éventail de sujets, qu'il s'agisse de la mollesse de la 
réponse européenne à la crise des migrants, du dogme de la 
rigueur budgétaire, des nouvelles règles destinées à améliorer 
la stabilité financière de la zone euro ou encore de la 
politique énergétique de l'Union. 
     
    "DES CHOSES À CHANGER" 
    De nombreux responsables italiens estiment qu'on ne réserve 
pas à l'Italie un traitement digne de son statut de membre 
fondateur. 
    A Bruxelles, l'offensive venue de Rome ne laisse pas 
indifférent et on s'empresse de souligner que c'est l'Italie qui 
freine le plan visant à octroyer trois milliards d'euros à la 
Turquie en contrepartie du soutien de cette dernière à la 
politique migratoire de l'Union. 
    Rome réclame, de son côté, qu'on lui fournisse des 
éclaircissements sur ce projet défendu en novembre par la 
chancelière Angela Merkel. 
    "L'époque où l'Europe pouvait nous faire la leçon ou nous 
donner des devoirs est terminée. L'Italie est de retour et elle 
va se faire entendre", a déclaré Matteo Renzi dans une lettre 
ouverte adressée à ses partisans. 
    "Notre position nous permet de dire qu'il y a des choses à 
changer en Europe." 
    Matteo Renzi a décoché ses premières flèches l'an dernier 
lorsque son gouvernement a reçu pour consigne d'appliquer les 
nouvelles normes européennes alors qu'il tentait de sauver de la 
faillite quatre petites banques au détriment de milliers 
d'investisseurs individuels. 
    Si la réglementation européenne a pour objectif de protéger 
les contribuables, elle a été dénoncée comme trop rigide par 
Matteo Renzi, dont la popularité commençait à faiblir. 
     
    AUSTÉRITÉ 
    Le chef du gouvernement italien dénonce également 
l'austérité budgétaire réclamée à Bruxelles. 
    L'Italie sort à peine de sa plus longue récession depuis la 
fin de la Seconde Guerre mondiale. Selon les estimations, la 
croissance italienne s'est établie à 0,8% en 2015, bien loin des 
chiffres constatés dans les autres économies périphériques de 
l'Union. 
    Matteo Renzi attribue en partie ce redémarrage poussif aux 
exigences de la Commission qui réclame une plus grande maîtrise 
des déficits. 
    Après la défaite du gouvernement pro-austérité au Portugal 
et la perte de la majorité du Parti populaire de Mariano Rajoy 
en Espagne, Matteo Renzi défend une ligne dure face à Bruxelles, 
approuvant un budget qui devrait générer un déficit de 2,4% au 
lieu de celui de 1,8% qu'il s'était engagé à produire. 
    La Commission n'a pas encore donné son point de vue sur 
cette question mais avec un ratio endettement/PIB de 133%, le 
plus élevé en Europe après celui de la Grèce, il est certain que 
l'Italie sera étroitement surveillée par ses partenaires 
européens soucieux d'éviter un retour de la crise de la dette 
souveraine. 
    "L'Italie ne peut pas s'attendre à ce qu'on fasse preuve de 
la même compréhension ou de la même clémence en raison de son 
endettement colossal", souligne Francesco Galietti, fondateur du 
cabinet de conseils Policy Sonar. 
     Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires 
économiques et financières, a déclaré jeudi que l'Union avait 
déjà fait preuve d'une grande souplesse à l'égard de l'Italie et 
a exhorté Rome à privilégier la coopération au conflit. 
 
 (Avec Francesco Guarascio, Alastair Macdonald et Steve Scherer; 
Nicolas Delame et Guy Kerivel pour le service français) 
 
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