Roland-Garros: Mathieu terrasse Isner, l'homme aux records

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Roland-Garros: Mathieu terrasse Isner, l'homme aux records
Roland-Garros: Mathieu terrasse Isner, l'homme aux records

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - John Isner est bien l'homme des records dans le Grand Chelem pourvu qu'il soit opposé à un Français, que ce soit dans la victoire comme à Wimbledon face à Nicolas Mahut ou dans la défaite comme à Paul-Henri Mathieu ce jeudi à Roland-Garros.

L'histoire est d'autant plus belle que le Français, éloigné des courts pendant 15 mois à cause d'une blessure au genou gauche, a signé à 30 ans l'un de ses plus beaux exploits et communié comme rarement avec le public.

Après 5h41 de match, dont deux heures et 28 minutes pour le dernier set, l'Américain a expédié un revers dans le couloir et déclenché un tonnerre d'applaudissements sur le cour central.

Sa faute au coucher du soleil, venait de mettre fin à un match épique conclu sur le score de 6-7 6-4 6-4 3-6 18-16.

Les deux hommes ont disputé 76 jeux, un record à Roland-Garros depuis l'introduction du jeu décisif en 1973, effaçant des tablettes les 71 jeux qui avaient ponctué quatre autres matches, dont la lutte de 6h33 entre Arnaud Clément et Fabrice Santoro au premier tour en 2004.

Ils suivent désormais les deux Français au palmarès des plus longs matches de l'histoire du majeur parisien.

Il y a deux ans, à Wimbledon, Isner avait repoussé tous les possibles. Sur le score de 6-4 3-6 6-7 7-6 70-68, il avait battu Nicolas Mahut en onze heures et cinq minutes, sur trois jours.

La différence est cependant de taille.

Car jeudi, il est tombé sur un Paul-Henri Mathieu héroïque qui a fondu en larmes au moment d'adresser quelques mots au public. Ce dernier l'a porté de tous ses cris et de tout son coeur sans jamais quitter des yeux ce ressuscité du tennis.

"Merci à ceux qui m'ont soutenu dans les moments difficiles", a-t-il dit avant d'éclater en sanglots.

"Bien sûr, je suis fatigué. J'ai puisé au fond de moi même pour gagner ce match."

LA SIXIÈME EST LA BONNE

Le Français, ancien 12e mondial, pointe aujourd'hui au 261e rang, après avoir traversé les deux dernières années comme une ombre, la faute à son genou récalcitrant.

D'opération en rééducation, en passant par l'entretien de son bras dans un fauteuil roulant, Mathieu est passé par les pires moments d'une carrière de joueur professionnel.

Revenu au jeu en janvier, dans un tournoi Challenger en Allemagne, il a réaffirmé jeudi qu'il valait bien mieux que son classement actuel mais surtout qu'il avait changé, était sorti grandi de cette épreuve comme de son match contre Isner.

Mathieu a longtemps trainé une réputation de joueur très doué mais au mental plus que friable. Le souvenir de son match décisif de Coupe Davis perdu alors qu'il menait de deux sets contre le Russe Mikhail Youzhny en 2002 hante encore sa mémoire.

Pour son retour au plus haut niveau, il n'a jamais flanché jeudi, livrant à Isner un combat homérique.

Dominateur dans l'échange, Mathieu a aussi su tenir sa mise en jeu et ravir au moment opportun celle d'Isner.

Le numéro 10 mondial a pourtant fait parler la poudre, comme à son habitude, en décochant 41 aces et sans doute autant de services gagnants.

Son arme favorite a sauvé Isner lorsqu'il s'est retrouvé acculé à 10-11 0-40 et trois balles de match contre lui. Trois services sont alors tombés très vite de la raquette de l'immense Américain (2m06) pour priver Mathieu de la délivrance espérée.

Solide quand il devait engager, le Français a joué crânement sa chance chaque fois qu'il le pouvait, retournant profond pour repousser son adversaire. A 15-14, il se créait encore deux opportunités de conclure, sans succès.

A croire qu'il s'agissait seulement de faire durer le plaisir. Agressant Isner, mis sur le reculoir par ses frappes retrouvées, le Français a fini par trouver la faille sur sa sixième balle de match.

Ce point a scellé le plus bel exploit de sa carrière et lui a donné rendez-vous avec le vainqueur de la rencontre qui opposait l'Espagnol Marcel Granollers, tête de série n°20, au qualifié tunisien Malek Jaziri, 94e.

Avec Chrystel Boulet-Euchin, édité par Jean-Paul Couret

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