"Rock the casbah" ou le conflit israélo-palestinien par l'absurde

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"Rock the Casbah" sort mercredi 8 mai dans les salles françaises. Shellac. All Rights Reserved.
"Rock the Casbah" sort mercredi 8 mai dans les salles françaises. Shellac. All Rights Reserved.

(AFP) - "Rock the casbah", premier long métrage du réalisateur israélien Yariv Horowitz, montre, à travers quatre jeunes soldats israéliens "assignés" à surveillance sur le toit d'une maison palestinienne dans la bande de Gaza, l'absurdité d'un conflit où personne ne comprend contre quoi il se bat.

C'est le début de la 1ère Intifada, en 1989. Ces soldats à peine sortis de l'adolescence, Tomer, Aki, Iliya, et Isaac, sont envoyés dans un village palestinien pour "rétablir l'ordre". Pas d'attentats, pas de tirs nourris, des balles "à blanc"...La guerre semble loin, mais la tension est palpable et l'un d'eux va mourir lors d'une course-poursuite.

Désormais affectés à la surveillance du village sur le toit de la maison devant laquelle est mort leur camarade, et à la quête du responsable, ils sont confrontés à la réalité d'une famille qui ne veut pas passer pour collaboratrice des forces occupantes.

Tourné en 22 jours dans un village de la bande de Gaza durant l'été 2011 et pendant deux jours en 2012, le film, proche du documentaire, a reçu quatre prix dont un en section parallèle (Panorama) au dernier festival du film de Berlin.

Il s'agit de l'une des rares fictions cinématographiques sur le conflit à cette période, tournée sur place. "Ça a été un vrai défi pour tourner, trouver les fonds, mais ça nous a aidés dans la mesure où nous avons dû restreindre le temps de tournage et faire rapidement des choix", dit Yariv Horowitz à l'AFP.

"Voix de la paix"

Et il y a du "Désert des Tartares" de Dino Buzzati dans son film, qui réussit presque à faire de l'absurdité du conflit un personnage à part entière. Les hommes agissent et les intentions viennent après. Rien ni personne n'est héroïque, rien ni personne n'incarne le bien ou le mal. Le réalisateur ne prend pas parti. Il montre, à travers des micro-réalités, qu'il y a d'abord beaucoup de points communs entre les deux camps.

La réalité est un bloc qui reflète la frustration, qu'il s'agisse des Palestiniens (lessive, cuisine, repas, attente, jeux d'enfants...) ou des soldats qui cherchent à tuer l'ennui, à se protéger du soleil, à manger à leur faim...

Le réalisateur raconte avoir "été profondément marqué par sa propre expérience de soldat pendant son service militaire dans la bande de Gaza en 1991. La seule présence héroïque dont je me rappelle, dit-il, était celle de la population civile. Pour le reste tout n'était que dépression". Il souligne qu'après "les premiers moments de suspicion perceptibles du côté de la population, et hormis quelques scènes provocatrices choisies pour les besoins du film, son équipe a été adoptée et s'est fait des amis" parmi les habitants.

"Je viens d'une famille de gauche et nous avons toujours cru au processus de paix, mais la réalité était toute autre. L'un des enjeux du film était aussi de montrer que les soldats sont vraiment de très jeunes gens qui ont d'énormes responsabilités qui les dépassent", ajoute-t-il.

Emprunté à The Clash, le titre du film renvoie à une chanson de ce groupe punk-rock culte londonien, diffusée par la station de radio "La voix de la paix" (kol hashalom). Accusée d'être une station pirate hostile à Israël, cette radio, animée par des pacifistes israéliens et palestiniens, a été fermée fin 2011 par le ministère israélien des Télécommunications.

On l'entend qui résonne tandis que les soldats attendent sous un soleil de plomb. "C'est aussi une référence au +clash+ des mentalités, au +clash+ culturel entre ces soldats, qui veulent être chez eux et retrouver la culture occidentale dont ils sont proches, et la réalité des Palestiniens, de leur culture arabe", ajoute-t-il.

ls/dab/abk

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