Rocancourt, "l'escroc des stars", jugé pour abus de faiblesse

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CHRISTOPHE ROCANCOURT JUGÉ POUR ABUS DE FAIBLESSE PRÉSUMÉ SUR CATHERINE BREILLAT
CHRISTOPHE ROCANCOURT JUGÉ POUR ABUS DE FAIBLESSE PRÉSUMÉ SUR CATHERINE BREILLAT

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Célèbre pour avoir escroqué dans les années 1990 des stars de Hollywood, Christophe Rocancourt s'est défendu avec virulence vendredi au tribunal de Paris de l'accusation d'abus de faiblesse sur la cinéaste française Catherine Breillat.

En prison depuis fin décembre, ce Français de 44 ans, qui se voit reprocher d'avoir extorqué en 2007 et 2008 un total de 703.000 euros à sa victime présumée, a assuré qu'il n'avait fait qu'accepter des rémunérations pour des projets de films.

"Vous me demandez ce que j'ai fait de cet argent? Je vous le dis, je l'ai dépensé, je ne l'ai pas mis sur un compte épargne. Je suis quelqu'un qui dépense, qui ne sait pas gérer l'argent", a-t-il dit au président dans un sourire éclatant.

Le tribunal lui faisant remarquer qu'il avait un compte à Hong Kong, il a confirmé mais assuré qu'il était vide.

"C'est parce que j'allais jouer au poker là-bas", a-t-il dit. La demande de la justice française aux autorités chinoises n'a pas permis de tirer l'affaire au clair, selon le tribunal.

Quant à la rumeur selon laquelle il posséderait une fortune dans une banque suisse, il a répondu : "C'est du fantasme. Si j'avais 30 millions d'euros en Suisse, je ne serais pas devant vous".

Né en Normandie, Christophe Rocancourt dit avoir été abandonné par sa mère et avoir commencé très tôt à fuguer des foyers où il était placé, avant de gagner les Etats-Unis alors qu'il n'avait pas encore 20 ans.

Il a alors commencé une décennie d'impostures où il s'est fait tantôt passer pour boxeur, producteur ou acteur, parvenant à gagner la confiance de stars comme Mickey Rourke ou Jean-Claude Van Damme et du tout-Hollywood, menant grand train à New York et Los Angeles avec de l'argent qu'il en obtenait.

UN CONTRAT D'UN MILLION D'EUROS

Démasqué, il a passé de longues années en prison aux Etats-Unis avant de revenir en France en 2005, où sa célébrité d'escroc lui a permis de rencontrer le succès grâce à un livre.

Le producteur Thomas Langmann en a acheté les droits pour un million d'euros en vue d'un film sur sa vie, a-t-on appris à l'audience.

C'est dans ce contexte que Catherine Breillat l'a approché en 2007, a expliqué la cinéaste au tribunal.

Elle rêvait, a-t-elle dit, de lui donner le premier rôle masculin dans un film avec le mannequin Naomi Campbell qui se serait appelé "Bad Love". Le trio a d'ailleurs monté les marches du festival de Cannes le 21 mai 2008 pour promouvoir ce projet.

La cinéaste a déclaré au tribunal qu'elle avait été dépouillée petit à petit par son protégé, qui aurait profité de son état de faiblesse provoqué par un accident vasculaire cérébral survenu en 2005 et l'isolement qui en a résulté.

Elle a ainsi notamment signé des chèques pour un montant de 235.000 euros entre une hospitalisation due à une crise d'épilepsie en novembre 2007 et une chute ayant provoqué une fracture du bras en décembre, puis un autre chèque de 220.000 euros pendant la période de Noël 2007.

La cinéaste dit avoir été flouée. "Christophe Rocancourt était le seul qui me tenait le bras, avec qui je pouvais sortir de chez moi, on allait au restaurant trois fois par semaine".

"Il était pour moi comme un fils et moi j'étais la mère qu'il n'avait pas eue", a-t-elle ajouté. A la Noël 2007, Catherine Breillat a raconté en pleurs que ses enfants l'avaient placée en maison de repos et Rocancourt l'a alors hébergée chez sa compagne d'alors, l'ex-Miss France Sonia Rolland.

"J'allais pas la laisser comme ça", a dit le prévenu. Il admet avoir perçu l'argent mais assure qu'il s'agissait de financer le projet de film "Bad Love". Il n'y a cependant pas de contrat au dossier, a fait remarquer le président du tribunal.

Il y a bien eu un autre contrat signé en avril 2007 pour adapter "La vie amoureuse de Christophe Rocancourt" -qui prévoyait une rémunération minimale de 150.000 euros- mais ce contrat n'a pas été honoré, a dit le prévenu.

Il n'a pas écrit le scénario prévu. "Tout le monde s'en fout de ma vie amoureuse", estime-t-il. Le procès devait se poursuivre tard dans la soirée avec les réquisitions et les plaidoiries. Le jugement devait être mis en délibéré.

Edité par Yves Clarisse

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