Rivalités pour diriger une filiale de l'EI en Asie du Sud-Est

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    par Randy Fabi 
    DJAKARTA, 17 janvier (Reuters) - La violence de l'Etat 
islamique (EI) s'est exportée jeudi pour la première fois en 
Indonésie, mais l'empreinte du groupe djihadiste reste faible 
dans le pays musulman le plus peuplé au monde en raison de la 
concurrence entre activistes pour en prendre la tête au niveau 
régional, estiment des experts. 
    La police de Djakarta a identifié un certain Bahrun Naim, un 
Indonésien basé en Syrie, comme l'instigateur de l'attaque qui a 
fait sept morts jeudi à Djakarta, deux civils et cinq 
assaillants.   
    Mais le djihadiste sans doute le plus influent de la région 
est un imam emprisonné, Aman Abdurrahman, qui de sa cellule et à 
l'aide d'une poignée de messagers et de téléphones portables, 
est en mesure de donner ses ordres à quelque 200 partisans.  
    Abdurrahman dirige le Jamaah Ansharut Daulah, une 
organisation formée l'an dernier qui fédère plusieurs groupes et 
qui pourrait, selon les experts des questions de sécurité, 
devenir un point de ralliement pour les partisans du groupe EI.  
    "Ils veulent importer les conflits en Indonésie afin de 
recruter davantage de gens de l'extérieur", déclare Rakyan 
Adibrata, un spécialiste du terrorisme installé à Djakarta, en 
évoquant ces activistes qui ont uni leurs forces.  
    "Tout comme en Syrie, il leur faut créer une zone de conflit 
assez grande pour attirer tous les djihadistes du monde entier. 
C'est leur principal objectif." 
    Pour le chef de la police de Djakarta, Bahrum Naim, qui est 
lui-même un disciple d'Aman Abdurrahman, a voulu, par l'attaque 
de jeudi, démontrer ses capacités d'organisateur aux chefs de 
l'EI en Syrie. Il a pour objectif d'unir les groupes pour 
l'instant rivaux qui soutiennent l'EI en Asie du Sud-Est, que ce 
soit en Indonésie, en Malaisie ou aux Philippines. 
     
    OBSTACLE 
    L'organisation djihadiste, qui contrôle un vaste territoire 
à cheval entre la Syrie et l'Irak, a accepté les serments 
d'allégeance de djihadistes au Nigeria, en Egypte, en Libye, en 
Algérie, en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et en Arabie 
saoudite, mais n'a toujours pas formellement reconnu une seule 
entité en Asie du Sud-Est.  
    Basé en Indonésie, le Jemaah Islamiyah (JI) est le dernier 
groupe transnational à avoir mené avec succès des attaques 
d'envergure dans la région, parmi lesquelles les attentats de 
Bali en 2002 (202 morts).  
    Fondé par des activistes indonésiens et malaisiens ayant 
fait la guerre contre l'Union soviétique en Afghanistan dans les 
années 1980 et au début des années 1990, le JI a quasiment 
disparu aujourd'hui en raison de querelles internes et de 
l'action des forces de sécurité.  
    Plusieurs Etats de la région redoutent cependant que des 
activistes de langue malaise, parlée dans toute la région, qui 
reviennent de Syrie ou d'Irak ne forment une nouvelle 
organisation régionale du même type. 
    Mais les experts doutent de voir les djihadistes malaisiens, 
indonésiens ou philippins se regrouper sous la même bannière, 
car trop de choses les séparent.  
    "Pour le moment, il est difficile d'imaginer la formation 
d'une quelconque filiale (de l'EI) en Asie du Sud-Est", juge un 
haut responsable de l'armée philippine chargé de la lutte 
antiterroriste, qui souligne que les militants radicaux des 
Philippines s'intéressent avant tout aux enlèvements en échange 
de rançons.  
    "Le gros obstacle à surmonter, c'est de trouver un émir sur 
lequel ils puissent tous s'entendre", ajoute ce responsable 
souhaitant rester anonyme.  
     
    SERMONS 
    En Malaisie, Mahmud Ahmad, un ancien maître de conférences à 
l'université, est toutefois soupçonné d'avoir tenté récemment de 
fédérer des groupes radicaux issus des trois pays, dont Abu 
Sayyaf dans le sud des Philippines.  
    Mais Aman Abdurrahman reste peut-être le plus sérieux 
candidat pour prendre la tête d'une franchise de l'EI en Asie du 
Sud-Est.  
    Alors qu'il purge une peine de neuf ans de prison pour avoir 
participé à la mise en place d'un camp d'entraînement djihadiste 
en Indonésie, il est parvenu à encourager plusieurs centaines de 
partisans à partir combattre en Syrie et en Irak.  
    "Il dirige l'organisation de l'intérieur", explique l'expert 
en terrorisme Adibrata. "Des messagers apportent des téléphones 
portables et enregistrent toutes les paroles d'Abdurrahman." 
    Les autorités pénitentiaires ont plusieurs fois essayé de 
faire taire l'imam. Selon l'institut pour l'analyse politique 
des conflits, dix téléphones lui ont ainsi été confisqués en 
septembre 2014, mais un mois plus tard, il était en possession 
d'un nouveau téléphone et reprenait ses sermons à l'adresse de 
ses partisans à l'intérieur comme à l'extérieur de sa prison.  
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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