Rivalités entre Paris, Londres et Luxembourg pour devenir la capitale de la finance verte

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Rivalités entre Paris, Londres et Luxembourg pour devenir la capitale de la finance verte
Rivalités entre Paris, Londres et Luxembourg pour devenir la capitale de la finance verte

Entre Paris, Londres et Luxembourg, la lutte a débuté. Ces trois places financières espèrent chacune devenir LA première plateforme d’échanges sur la finance verte. Celle que choisiront en priorité les émetteurs de green bonds et leurs acheteurs. Elles déploient pour cela des stratégies offensives et mobilisent tous azimuts. Analyse.

Luxembourg a officiellement, depuis ce matin, sa bourse verte. "Nous avons l’ambition d’offrir aux émetteurs comme aux investisseurs une plateforme qui leur garantira une certaine exigence environnementale et devrait faciliter le développement d’un marché encore trop petit pour atteindre l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 2 degrés", explique Robert Scharfe, le directeur général de la place financière du Luxembourg (LuxSE).

Pour la première fois, souligne-t-il, une place financière exige non seulement une communication claire et un avis consultatif d’un tiers externe (second opinion) mais aussi un reporting environnemental sur le projet ou les activités que financent les green bonds.

"C’est une exigence que n’ont pas d’autres places financières  comme Londres", précise Robert Scharfe. "Or cela nous permet de garantir, aux émetteurs comme aux investisseurs, qu’ils sont dans un univers 100 % green". Pour l’instant, 114 green bonds sont proposées sur cette bourse verte et près d’une vingtaine ont été lancés en 2016.

Et ce n'est qu'un début pour le directeur de la place du Luxembourg: "Nous avons 3 000 entreprises cotées en provenance d’une centaine de pays. 40 % d’entre elles sont susceptibles d’émettre des green bonds pour disposer d’instruments concrets de financement de leurs politiques de développement durable. Notre initiative devrait les encourager à le faire."

 

Paris veut être dans la course

 

Paris réclame aussi le titre de capitale de la finance verte. Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement de l’Énergie et de la Mer, a apporté son soutien à cette idée lors du lancement de la Semaine de la finance responsable, lundi… septembre. La capitale française met en avant son écosystème, faute d’avoir pour l’instant un compartiment dédié aux green bonds.

Philippe Zaouati qui pilote le groupe de travail du Green Financial Center chargé d’établir une cartographie et des recommandations d’ici fin 2016, se félicite que Paris soit considéré comme un acteur de référence. C’est notamment le cas à travers les récompenses attribuées à la conférence Euromoney d’Amsterdam qui a élu le Crédit Agricole CIB "Meilleur arrangeur bancaire de green bonds", la région Ile-de-France "meilleure émission publique de green bond", et Mirova que dirige Philippe Zaouati, "meilleure société de gestion sur les green bonds".

"Ce tir groupé est à la fois un signal important de succès et une invitation à l’action. La City a lancé son hub pour la finance verte, la Chine son rapport sur son "Green financial system". Nous (banques, compagnies d’assurance, investisseurs institutionnels entreprises, sociétés de gestion, agences de notation) devons rapidement prendre position à travers Paris Europlace pour transformer l’essai et, grâce à ces atouts, faire de la France le leader mondial de la finance verte."

 

Un rôle clef des places boursières dans la finance responsable

 

Parce qu’elles sont par nature des intermédiaires entre entreprises et investisseurs, les places boursières jouent un rôle clef dans la promotion de l’économie responsable. Exiger des entreprises cotées un minimum de reporting sur les dimensions Environnementales, Sociales et de Gouvernance (ESG) de leurs activités devient plus fréquent au sein des places financières et plus particulièrement celles qui adhèrent à l’initiative Sustainable Stock Exchanges.

Mais cela reste pour l’instant une démarche volontaire et non standardisée. Siobhan Cleary, responsable de recherche à la Fédération internationale des places boursières pense que ces dernières peuvent jouer un rôle important dans la collecte et la standardisation de données ESG. "Nous pouvons aller beaucoup plus loin dans la collecte, le traitement et l’analyse des données ESG fournies par les entreprises. C’est un axe stratégique important pour beaucoup de membres de notre organisation, d’autant plus que les investisseurs sont de plus en plus nombreux à s’y intéresser."

La finance responsable gagne du terrain partout et pousse les places boursières à innover et à exiger plus de transparence en particulier sur des sujets environnementaux comme le climat. Il s’agit encore d’un petit nombre de convaincus mais la place financière qui arrivera à entraîner tous les autres gagnera le titre de capitale de la finance verte. Les paris sont ou…verts !

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