Rio Tinto va vendre trois usines françaises au fonds HIG

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par Jean-François Rosnoblet et Gilles Guillaume

MARSEILLE/PARIS (Reuters) - Rio Tinto va vendre au fonds d'investissement HIG European Capital Partners son activité d'alumines de spécialité en Europe, soit trois sites de production en France et un en Allemagne.

Le troisième groupe minier mondial a indiqué dans un communiqué avoir reçu une offre ferme de HIG, ajoutant que les conditions de l'offre étaient confidentielles.

Les quatre sites concernés sont les usines françaises de Gardanne (Bouche-du-Rhône), Beyrède (Hautes-Pyrénées) et La Bâthie (Savoie), et celle de Teutschenthal, en Allemagne, qui emploient au total 730 personnes.

"On croyait que c'était un groupe industriel qui allait nous reprendre. C'est un groupe financier américain, ce qui ne nous rassure pas du tout", a dit à Reuters Antoine Iannone, délégué CGT du site de Gardanne, à l'issue d'un comité central d'entreprise extraordinaire.

Des représentants des syndicats Force Ouvrière et CGC ont indiqué à Reuters qu'un comité central d'entreprise était fixé au 4 avril, suivi le lendemain d'une réunion du comité de groupe européen.

L'annonce de la cession des trois sites français intervient à 25 jours du premier tour de l'élection présidentielle, alors que la désindustrialisation est l'un des thèmes de la campagne.

Plusieurs candidats se sont rendus ces dernières semaines à Florange (Moselle), où le sidérurgiste ArcelorMittal a mis à l'arrêt pour une durée indéterminée les deux derniers hauts-fourneaux français.

ACTIFS NON STRATÉGIQUES

La vente s'inscrit dans le cadre d'un vaste plan de cessions d'actifs lancé l'an dernier par Rio Tinto.

"La vente potentielle va dans le sens de notre stratégie, qui consiste à continuer de rationaliser le groupe Aluminium par la cession d'actifs non stratégiques", a déclaré Guy Elliott, chef des services financiers de Rio Tinto, cité dans le communiqué.

Rio Tinto a ajouté qu'une période d'exclusivité avait été convenue et qu'il répondrait à l'offre ferme de HIG à la suite de la consultation des comités d'entreprise européens concernés.

Olivier Boyadjian, directeur de HIG en France, a de son côté parlé d'une "opération d'importance qui s'inscrit dans notre stratégie d'accompagnement des PME dans leur développement".

"HIG entend s'appuyer sur cette expertise pour renforcer et accélérer, avec l'équipe de direction, le projet de développement de l'activité", a-t-il ajouté dans un communiqué.

Il a précisé que l'activité d'alumines des quatre sites concernés représentait près de 300 millions d'euros de chiffre d'affaires.

L'alumine, une poudre blanche extraite de la bauxite, est un composant de base de l'aluminium mais elle est aussi utilisée dans différents secteurs industriels comme la chimie ou le traitement des eaux.

En octobre, Rio Tinto a dévoilé un projet de cession de 13 sites dans le monde pour un montant total de huit milliards de dollars (5,5 milliards d'euros), quatre ans après avoir racheté le géant de l'aluminium Alcan pour 38 milliards de dollars.

Dans l'intervalle, il a cédé en 2010 la majorité du capital d'Alcan EP, la filiale de produits transformés d'Alcan, devenue depuis Constellium.

MENACE SUR SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE

Outre la France, les pays concernés par le plan de cessions en cours incluent l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l'Australie.

Les analystes ont vu dans ce plan la volonté de Rio Tinto de se recentrer sur le minerai de fer, qui génère déjà 80% de ses bénéfices. Le groupe a indiqué mardi qu'il passait en revue son activité dans les diamants et qu'il en envisageait la cession.

Après ces cessions, l'essentiel des activités d'aluminium de Rio Tinto serait concentré au Canada, pays d'origine d'Alcan.

Rio Tinto Alcan exploite deux usines de production d'aluminium en France, à Dunkerque (Nord) et Saint-Jean-de- Maurienne (Savoie).

Il a récemment annoncé aux représentants du personnel envisager une vente du site de Saint-Jean-de-Maurienne, en arguant notamment de la perspective d'une augmentation des coûts de l'énergie après l'expiration, début 2014, d'un contrat de fourniture d'électricité conclu pour 30 ans avec EDF.

Il poursuit cependant les discussions avec EDF sur un nouveau contrat.

Comme la sidérurgie, le secteur européen de l'aluminium souffre de la concurrence des productions à bas coûts de pays émergents, notamment la Chine, et de marges relativement faibles - 16% environ contre 63% pour le minerai de fer et 34% pour le cuivre, selon la CGT.

Avec Julien Ponthus et Catherine Lagrange, édité par Dominique Rodriguez

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