Richard et Rocchi mis en examen dans l'affaire Tapie

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STÉPHANE RICHARD ET JEAN-FRANÇOIS ROCCHI MIS EN EXAMEN DANS L'AFFAIRE TAPIE
STÉPHANE RICHARD ET JEAN-FRANÇOIS ROCCHI MIS EN EXAMEN DANS L'AFFAIRE TAPIE

PARIS (Reuters) - L'affaire Tapie a pris une nouvelle dimension mercredi avec la mise en examen de Stéphane Richard, le PDG d'Orange et de Jean-François Rocchi, ex-président du Consortium de réalisation (CDR), pour "escroquerie en bande organisée".

Ce rebondissement autour de l'arbitrage qui avait bénéficié en 2008 à l'homme d'affaires dans son conflit avec le Crédit Lyonnais sur la revente d'Adidas pose la question du maintien du dirigeant à la tête de l'opérateur de télécommunications.

Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère de l'Economie, est la deuxième personnalité mise en examen après Pierre Estoup, l'un des trois juges arbitres, poursuivi pour le même chef fin mai.

Dans la soirée, Jean-François Rocchi a été mis en examen à son tour pour "escroquerie en bande organisée", a annoncé le parquet de Paris.

L'enquête devrait, dans un second temps, se diriger vers Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée sous Nicolas Sarkozy en 2008, qui avait reçu plusieurs protagonistes pour "valider", selon eux, le choix de l'arbitrage.

Elle pourrait, en fonction de l'évolution des investigations, remettre en cause le statut de témoin assisté dont bénéficie Christine Lagarde, actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).

"Fatigué" par son audition, selon son avocat Jean-Etienne Giamarchi, le PDG d'Orange a été mis en examen par les juges à l'Hôtel-Dieu, à Paris, où il avait été transféré.

"Stéphane Richard est mis en examen pour escroquerie en bande organisée. Il est confiant et combatif. Il a d'ores et déjà quitté les lieux", a dit son porte-parole personnel.

Sa garde à vue, qui avait débuté lundi matin, avait été levée mercredi matin.

Son avocat a annoncé mercredi soir son intention de déposer un recours pour obtenir l'annulation de cette mise en examen qu'il juge "infondée, infamante et grotesque"".

"PAS DE CONSÉQUENCES" POUR ORANGE

Stéphane Richard et Jean-François Rocchi ont dû s'expliquer sur leur choix en faveur de l'arbitrage dont a bénéficié en 2008 Bernard Tapie dans son conflit avec la banque.

La question du maintien de Stéphane Richard à la tête d'Orange est désormais en suspens.

"Il n'y pas de conséquences sur les responsabilités de Stéphane Richard à Orange. Il sera à son bureau demain matin", a assuré un porte-parole de l'entreprise.

Les services du Premier ministre Jean-Marc Ayrault ont annoncé que le conseil d'administration de l'entreprise se réunirait "dans les prochains jours" et que "l'Etat fera valoir sa position en tant qu'actionnaire".

Mercredi soir, le ministre de l'Economie, Pierre Moscovoci, a laissé entendre que la décision sur l'avenir de Stéphane Richard ne serait pas d'ordre politique.

"Les représentants de l'Etat au conseil d'administration se détermineront par rapport au seul intérêt de l'entreprise", a indiqué le ministre dans un communiqué.

Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux, a estimé avant la mise en examen de Stéphane Richard qu'il appartiendrait à Orange de convoquer son PDG pour évoquer "les conséquences sur la gouvernance de l'entreprise".

Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, cité jeudi dernier par le quotidien Le Monde, avait lui aussi jugé que la question de son maintien à la tête d'Orange pourrait alors se poser avant de modérer ses propos dans un communiqué.

Stéphane Richard a déclaré de son côté avoir obtenu du président François Hollande des assurances sur son maintien.

QUI A PRIS L'INITIATIVE DE L'ARBITRAGE?

Les enquêteurs s'efforcent de déterminer qui a pris l'initiative de proposer un arbitrage privé pour solder le conflit, s'il y a eu un accord entre Nicolas Sarkozy et Bernard Tapie et s'il a existé une entente pour biaiser le processus.

Les enquêteurs doivent également déterminer s'il y a eu des instructions de l'Elysée, les protagonistes ayant confirmé la tenue d'une réunion avec Claude Guéant à l'été 2007.

Christine Lagarde a été placée le 24 mai sous statut de témoin assisté dans ce dossier par la Cour de justice de la République.

L'ex-ministre a officiellement lancé la procédure d'arbitrage, assez inhabituelle pour le règlement d'un conflit qui engage de l'argent public et prise contre l'avis des services de son ministère et de plusieurs avocats consultés, qui prévoyaient une lourde facture pour l'Etat.

Christine Lagarde a dit à plusieurs reprises qu'elle assumait le choix de cette procédure, qui a permis à Bernard Tapie d'obtenir 403 millions d'euros avec les intérêts comme compensation pour la revente par le Crédit Lyonnais de son ancienne entreprise Adidas, dans laquelle il se dit floué.

Mais il n'est pas certain qu'elle ait été informée de toutes les tractations, et notamment de la réunion de 2007 à l'Elysée.

Bernard Tapie, qui dément toute entente, a qualifié lui-même de "très grave" le chef d'escroquerie en bande organisée et déclaré qu'il annulerait l'arbitrage "si l'on découvre la moindre entourloupe". Mais il ne pourrait en fait renoncer qu'à une partie du montant qui lui a été octroyé.

Stéphane Richard a varié pour sa part dans ses déclarations, assurant au Canard enchaîné de la semaine dernière avoir mis en musique des instructions de l'Elysée, alors que Nicolas Sarkozy venait d'arriver au pouvoir.

Interrogé le 5 juin par Reuters, il a démenti toute pression et évoqué un "consensus" entre les acteurs du dossier avec "validation de l'Elysée".

Chine Labbé, Leila Abboud, Gérard Bon et Marion Douet, édité par Yves Clarisse et Jean-Loup Fiévet

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  • ANOSRA le jeudi 13 juin 2013 à 09:25

    S.Richard a été nommé par N.S. à la tête de France Télécom, il fallait bien trouver une astuce pour le virer contre l'avis du personnel et de syndicats qui le soutiennent! Montebourg a lui-même vendu la mèche au Japon lorsqu'il a annoncé aux journalistes qu'il fallait le débarquer!

  • devcor le mercredi 12 juin 2013 à 23:11

    Felisca : parce qu'il est de notoriété publique que les magistrats français sont intrinsèquement de droite. Suffit de se remémorer le " mur des cons" !!!!!

  • felispca le mercredi 12 juin 2013 à 22:22

    Pourquoi en un an les juges seraient devenus tout puissants et irresponsables? EN quoi le démontage d'une procédure que tout le monde déconseillait met en danger la démocratie?

  • manx750 le mercredi 12 juin 2013 à 18:46

    Aux mains de juges irresponsables devant la loi et d&sormais tout puissants puisque sans aucun garde_fous, la démocratie est en danger en Hollandie socialiste, démocratique et populaire ! A quand la mise en examen des autres arbitres M. Jean Denis Bredin, figure tutélaire de la gauche intègre et de Pierre Mazeaud, ancien président du conseil Constitutionnel? Et pourquoi pas l'incacération aussi ?