Réunion ministérielle samedi à Genève sur la Syrie

le
0
Réunion ministérielle samedi à Genève sur la Syrie
Réunion ministérielle samedi à Genève sur la Syrie

par Oliver Holmes et Stephanie Nebehay

BEYROUTH/GENEVE (Reuters) - Kofi Annan a convoqué pour samedi à Genève une réunion ministérielle sur la Syrie visant à mettre un terme à seize mois de violences et à parvenir à un accord de principe sur une transition politique.

Dans un communiqué, le médiateur de l'Onu et de la Ligue arabe dit avoir invité les chefs de la diplomatie des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne et Russie), de la Turquie, de l'Union européenne, de l'Irak, du Koweït et du Qatar.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, participera à cette réunion, avait indiqué mardi le représentant permanent de la Russie aux Nations unies, Vitali Tchourkine.

La réunion doit permettre "une mise en oeuvre effectif du plan Annan, qui passe par une action ferme du Conseil de sécurité, possiblement via une résolution du chapitre VII des Nations unies", a déclaré mercredi à Paris le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Ce chapitre VII prévoit des mesures coercitives et le recours à la force en cas de menace contre la paix.

L'annonce de Kofi Annan survient quelques heures après la publication d'un rapport des observateurs de l'Onu qui fait état d'exactions "d'une ampleur alarmante" en Syrie où plus de 10.000 civils ont été tués depuis mi-mars 2011 selon l'Onu.

Dans son dernier rapport en date, l'équipe d'observateurs écrit que les forces gouvernementales ont commis au cours des trois derniers mois dans l'ensemble du pays des violations des droits de l'homme, y compris des exécutions.

S'il est impossible d'établir qui a perpétré le massacre d'une centaine de personnes dans la ville d'Houla en mai, "les forces loyales au gouvernement pourraient être responsables de nombreuses morts", selon le rapport de 20 pages présenté au Conseil de l'Onu pour les droits de l'homme à Genève.

"La situation sur le terrain se détériore dangereusement et rapidement", peut-on lire. "Dans un contexte de militarisation croissante, les violations des droits de l'homme dans le pays sont d'une ampleur alarmante au cours d'opérations militaires contre les zones supposées abriter des déserteurs et/ou perçues comme affiliées à des groupes armés antigouvernementaux dont l'Armée syrienne libre".

LOCAUX D'UNE TÉLÉVISION ATTAQUÉS

Pour la première fois depuis le début du soulèvement contre le président Bachar al Assad, des hommes armés ont attaqué les locaux de la chaîne de télévision al Ikhbaria considérée comme un relais du pouvoir syrien par l'opposition, tuant trois journalistes et quatre membres de la sécurité, selon la presse officielle.

"Les terroristes ont placé des engins explosifs au siège d'Al Ikhbaria après avoir saccagé les studios de la chaîne par satellite et avoir entièrement détruit la salle de rédaction", rapporte la télévision. "Trois collègues ont été tués dans cette violente attaque terroriste", ajoute-t-elle sans préciser la manière dont les employés ont trouvé la mort.

Bien que privée, Al Ikhbaria est considérée par l'opposition syrienne comme un porte-voix du gouvernement. Depuis le début de l'insurrection, elle a dénoncé la campagne de désinformation menée, selon elle, par les Occidentaux et les chaînes arabes par satellite à propos du soulèvement contre Bachar al Assad.

Reprenant la terminologie officielle, elle décrit la rébellion comme une conspiration terroriste soutenue par des puissances étrangères.

Au lendemain d'affrontements sans précédent dans la banlieue de Damas, la situation semblait plus calme mercredi matin après l'attaque de la chaîne de télévision.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 115 personnes ont été tuées dans les violences à travers le pays mardi, ce qui en fait l'une des journées les plus meurtrières du conflit. Sur ce total figurent 74 civils, dont 28 tués à Koudsiya, un faubourg de Damas.

"ETAT DE GUERRE"

"Nous vivons dans un état de guerre, à tout point de vue", a dit Bachar al Assad devant le gouvernement qu'il a nommé mardi. "Quand on est en guerre, toutes les mesures et tous les secteurs doivent être viser à l'emporter", a-t-il ajouté.

Cette affirmation selon laquelle la Syrie est en "état de guerre" marque un tournant dans la rhétorique du président syrien qui a longtemps nié qu'un soulèvement était en cours contre lui, estimant que les troubles étaient l'oeuvre d'activistes isolés stipendiés par l'étranger.

Dans ce discours décousu, durant lequel il a donné son avis sur des sujets aussi divers que les allocations et les énergies renouvelables, pratiquement aucune place n'a été laissée au compromis. Assad a stigmatisé l'Occident, qui "prend et ne donne jamais, et cela a été avéré à tous les niveaux".

Après la destruction vendredi dernier d'un avion de combat turc par l'armée syrienne, le Premier ministre turc, Tayyip Erdogan, a une nouvelle fois adressé une mise en garde à Damas.

"Nous ne nous retiendrons pas d'infliger une leçon à quiconque tente de tester la grandeur de la Turquie", a-t-il dit.

Avec John Irish à Paris, Eric Faye, Pierre Serisier et Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant