Réunion : La polémique enfle au sujet des requins de la réserve marine

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Une vingtaine de spécimens de requins-bouledogues et de requins-tigres sera pêchée pour ensuite faire l'objet d'analyses sanitaires.
Une vingtaine de spécimens de requins-bouledogues et de requins-tigres sera pêchée pour ensuite faire l'objet d'analyses sanitaires.

Huit attaques en l'espace d'une vingtaine de mois, trois depuis le début de l'année. C'était trop aux yeux de la préfecture, qui a sauté un pas décisif hier.



C'est une victoire pour les associations de surfeurs et les professionnels du nautisme et, par voie de conséquence, un sérieux revers pour les ONG de protection de l'environnement, Sea Shepherd en tête. Les troupes de Paul Watson ont eu beau insister à juste titre sur le rôle crucial que jouent les requins dans la bonne organisation d'une biodiversité marine par ailleurs grandement menacée dans son ensemble par la surpêche, la pollution et le réchauffement climatique, la communauté scientifique a beau soutenir que rien n'atteste que les requins - dont, rappelons-le, de nombreuses espèces sont en voie d'extinction - sont plus vindicatifs qu'autrefois, l'État a tranché en leur défaveur.


Un pêcheur professionnel sera en effet mandaté d'ici la fin de la semaine en vue de prélèvements scientifiques sur une vingtaine de spécimens de requins-tigres et de requins-bouledogues ? deux espèces il est vrai assez agressives voire « bagarreuses », comme leurs noms le suggère, mais qui figurent sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Lesdits prélèvements feront bien entendu l'objet d'analyses sanitaires, la finalité étant de « vérifier la présence ou non dans la chair des requins d'une toxine qui provoque la ciguatera, une forme sévère d'intoxication alimentaire », rapportent nos confrères de 20 Minutes. Et le site Internet du quotidien de rappeler : « Sa détection, il y a quelques années, avait rendu la viande des requins tigres et bouledogues impropre à la consommation. De ce fait, elles ne sont plus ciblées par les pêcheurs bien que leur prise soit autorisée, les deux espèces n'étant pas protégées. »


« Une dizaine de spécimens de chaque espèce seront pêchés pour les premières analyses », a fait savoir le Secrétaire général de la préfecture Xavier Brunetière, cité par 20 Minutes. Contrairement à ce que la préfecture avait envisagé l'an passé à la suite d'une attaque mortelle, il n'est en revanche plus question aujourd'hui de « battues de régulation » tant que les résultats des programmes scientifiques ne seront pas connus.



« La Réunion condamne les requins »


Alors que la dernière attaque ? non-mortelle et survenue sur un surfeur d'une quarantaine d'années qualifié d'« expérimenté » par les autorités locales ?, dimanche, s'est produite au large de la commune, la municipalité de Saint-Leu, dans l'ouest de l'île, a toutefois réitéré son intention d'organiser la pêche de requins tigres et bouledogues devant ses côtes. Une initiative pour partie financée par l'État et qui suscite d'ores et déjà bien une volée de bois vert.


Alors qu'un collectif des usagers de la mer, qui la trouve au contraire insuffisante, a appelé à un rassemblement de protestation devant la réserve marine aujourd'hui-même, l'UCCPEMR (Union citoyenne pour la conservation et la protection des écosystèmes marins réunionnais) a ainsi estimé dans un communiqué repris par le site Internet Ipreunion.com que « la Réunion condamne les requins ». Dénonçant l'absence de consultation citoyenne, « sans aucun égard pour le travail de restauration des écosystèmesmarins de la Réunion », elle se dit par ailleurs convaincue que les prélèvements précités « n'ont d'autres buts que d'apaiser quelques esprits en colère et avides d'actions radicales ». « La préfecture s'apprête à lancer une chasse aux sorcières (sic) irrationnelle, inutile et dangereuse » qui n'apporterait qu'un « faux sentiment de sécurité », tandis que les « réels problèmes », de la pollution des rivages à la sauvegarde de la biodiversité locale en passant par l'absence de sensibilisation des usagers de la mer, « sont complètement éludés », a poursuivi l'UCCPEMR, pour qui « la question des prélèvements doit faire l'objet d'un sondage d'opinion publique et une réglementation claire et efficace doit être mise en place en prévention du risque ».


Très remonté lui aussi, le Parti pirate de la Réunion est allé jusqu'à adresser une lettre ouverte au Premier ministre dans laquelle il charge frontalement les élus locaux, accusés de « masquer les véritables sources du problème », à savoir « les problèmes d'assainissement des eaux usées, l'urbanisation inconsidérée, la pollution des ravines et la saturation du système actuel de traitement des déchets ». Regrettant le silence du ministère de l'Écologie, l'association Sea Shepherd, elle, a assimilé la chasse aux squales à celle menée par les autorités japonaises contre les baleines : « Les baleiniers japonais invoquent la "recherche scientifique" pour justifier leur chasse. La France lance une battue de requins et offre en pâture à ceux qui réclament leur tête cinq requins-bouledogues et cinq requins-tigres sous prétexte d'analyser leur foie en vue d'étudier une possible commercialisation ». « Il y a fort à parier que ces "prélèvements scientifiques" ne soient qu'une battue qui ne dit pas son nom », a-t-elle renchéri.


Elle le dira peut-être en cas de nouvelle attaque mortelle dans les prochaines semaines.


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  • janaliz le mercredi 8 aout 2012 à 07:25

    Surfer expérimenté ? Il a suivi des cours de domptage ?