Réunion de crise à Bruxelles après le putsch manqué en Turquie

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    par Alastair Macdonald et Robin Emmott 
    BRUXELLES, 18 juillet (Reuters) - Les ministres européens 
des Affaires étrangères qui se réunissent lundi à Bruxelles vont 
inviter le président turc Recep Tayyip Erdogan à agir dans le 
respect de la loi et des droits de l'homme, après le coup d'Etat 
manqué de la semaine dernière, mais n'ont guère de moyens de 
pression sur ce partenaire stratégique.  
    Une position commune doit être adoptée à l'issue d'un 
petit-déjeuner de travail en présence du secrétaire d'Etat 
américain John Kerry, qui partage les craintes de ses homologues 
européens au sujet de la réaction d'Ankara. Le rôle primordial 
de la Turquie dans la lutte contre les djihadistes syriens et 
dans la maîtrise des flux migratoire seront au centre des 
discussions.  
    Ce qui devait être un conseil de routine consacré aux 
conflits libyen et ukrainien, à l'immigration en provenance 
d'Afrique et aux prétentions territoriales chinoises, s'est 
transformé en réunion de crise en raison des événements survenus 
coup sur coup en fin de semaine dernière, à commencer, dans 
l'ordre chronologique, par la formation accélérée du 
gouvernement britannique, désormais dirigé par Theresa May. 
    L'eurosceptique Boris Johnson, nommé aux Affaires 
étrangères, sera entendu lundi pour la première fois par ses 
pairs, qui s'interrogent notamment sur le rôle d'une 
Grande-Bretagne hors UE dans le dispositif de sécurité commun, 
plus encore après l'attentat revendiqué par l'Etat islamique 
(EI) qui a fait 84 morts jeudi à Nice.  
    Après avoir observé une minute de silence, les ministres des 
Affaires étrangères de l'UE réfléchiront aux moyens à mettre en 
oeuvre pour améliorer leur coopération en matière de lutte 
antiterroriste.  
    Enfin, il sera donc question du coup d'Etat manqué de 
vendredi en Turquie, qui a donné lieu à une vaste purge dans les 
rangs de l'armée et de l'appareil judiciaire.   
     
    "LES VALEURS NE COMPTENT PAS TANT QUE ÇA" 
    John Kerry, attendu 08h00 par ses homologues européens avec 
lesquels il doit passer deux heures, a assuré dimanche à 
Luxembourg que l'événement n'avait pas affecté les opérations 
contre l'EI, malgré la paralysie de la base turque d'Incirlik, 
d'où décollent une partie des avions américains et allemands de 
la coalition.    
    Jean-Marc Ayrault s'est néanmoins interrogé dimanche sur la 
"fiabilité" de la Turquie dans la lutte contre le mouvement 
djihadiste. "Il y a une part de fiabilité et une part de 
suspicion, il faut être sincère", a reconnu le chef de la 
diplomatie française sur France 3, ajoutant que le soutien 
exprimé à Erdogan ne devait pas être considéré comme un "chèque 
en blanc".   
    Les "Vingt-sept" auront fort à faire au cours des trois 
prochains mois pour finaliser l'accord conclu en mars avec 
Ankara, qui, outre le renvoi des migrants arrivés en Grèce, 
prévoit le versement d'une aide de six milliards de dollars pour 
les 2,7 millions de réfugiés syriens accueillis en Turquie, la 
relance des négociations d'adhésion à l'UE et l'exemption de 
visas pour les Turcs désireux de s'y rendre pour de courts 
séjour.  
    Pour obtenir sa signature, les Européens ont dû mettre en 
sourdine leurs critiques du traitement de la minorité kurde ou 
des entorses répétées à la liberté d'expression, mais 
l'exemption de visa reste problématique. Pour la mettre en 
oeuvre, Bruxelles exige une réforme de la législation turque 
antiterroriste, ce que le gouvernement a exclu.  
    Il y sera sans doute encore plus réfractaire après le coup 
d'Etat. La mesure doit en outre être approuvée par un Parlement 
européen très attaché au respect des droits de l'homme.  
    Le gouvernement turc a menacé de laisser les migrants 
reprendre leur route vers l'ouest si l'UE ne respecte pas ses 
engagements.    
    "Il n'y a pas de réelle obligation pour le président turc de 
renoncer à sa mise au pas de la justice, des médias et du 
reste", estime Marc Pierini, ancien ambassadeur de l'UE à Ankara 
désormais membre du cercle de réflexion Carnegie. "Le réflexe 
politique de l'UE sera toujours de parler des valeurs, mais les 
valeurs ne comptent pas tant que ça", ajoute-t-il, sous-entendu 
face aux enjeux de la coopération turque.  
 
 (Avec Paul Taylor; Jean-Philippe Lefief pour le service 
français) 
 
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  • janaliz le lundi 18 juil 2016 à 05:41

    Je réclame un référendum des citoyens européens sur la possibilité d'une adhésion de la Turquie.