Réunion à Paris sur les scénarios possibles à Mossoul et Rakka

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    * Treize ministres de la Défense de la coalition anti-EI 
    * L'isolement de Rakka jugé indispensable 
    * La question de l'évaporation de djihadistes sera abordée 
 
    par Marine Pennetier 
    PARIS, 25 octobre (Reuters) - Une semaine après le début de 
l'offensive sur Mossoul, treize ministres de la Défense 
occidentaux se réunissent ce mardi à Paris pour faire le point 
sur la reconquête de la deuxième ville d'Irak et évoquer les 
scénarios possibles, y compris à Rakka, la capitale 
autoproclamée du groupe djihadiste en Syrie.  
    Les représentants de ces treize pays (France, Etats-Unis, 
Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Espagne, 
Italie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Danemark et Norvège), les 
plus engagés militairement dans la coalition anti-EI, sont 
attendus au ministère de la Défense. 
    "Les ministres vont analyser les scénarios qui vont leur 
être présentés par les chefs militaires et vont voir quelles 
sont les possibilités pour Daech et les risques de dispersion", 
explique-t-on dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian. 
    "L'idée c'est de regarder comment Daech  pourrait  réagir et 
la manière dont on peut y faire face", ajoute-t-on, précisant 
que la question d'éventuels moyens supplémentaires sera abordée. 
    Engagée sur le terrain depuis août 2014 à l'invitation de 
Bagdad, la coalition militaire emmenée par les Etats-Unis 
apporte un soutien aérien aux forces irakiennes et kurdes, en 
première ligne sur le terrain contre le groupe djihadiste.  
    L'offensive lancée par ces dernières le 17 octobre près de 
Mossoul a permis de reprendre le contrôle de 80 villages autour 
de la deuxième ville d'Irak, où le chef de l'EI, Abou Bakr al 
Baghdadi, a proclamé son "califat" il y a deux ans. 
    "On est dans le calendrier prévu, peut-être même un peu en 
avance", souligne-t-on à Paris où on observe avec intérêt des 
"mouvements de résistance" à Mossoul contre l'Etat islamique. 
     
    STRATÉGIE DE L'EI PEU CLAIRE 
    Mais la stratégie de l'organisation djihadiste, qui 
compterait dans la ville 5.000 combattants, reste pour l'heure 
une inconnue.  
    "On ne sait pas à cette heure comment Daesh va exactement 
réagir à la campagne qui est menée", indique-t-on au ministère 
de la Défense. "Il y a des hypothèses qui vont d'une tentative 
de fuite généralisée pour se disperser vers de nouveaux théâtres 
(...) à une lutte à mort dans Mossoul pour essayer d'infliger 
aux Irakiens et Peshmergas le plus de pertes (...) et faire 
sauter l'équilibre politique qui existe entre les Kurdes, les 
Irakiens et les Turcs".  
    Quelques centaines de combattants de l'EI en Syrie auraient 
rejoint Mossoul ces dernières semaines pour protéger la ville de 
l'offensive des forces locales  , un mouvement qui 
pourrait aller dans le sens d'une "lutte à mort".  
    Au-delà de l'aspect symbolique, la reconquête de Mossoul 
constituerait une "perte majeure" pour l'EI, explique-t-on à 
Paris : perte "de ressources financières considérables" avec la 
fin du racket de la population, perte de la "capacité de 
recrutement y compris forcé", et "perte massive" de matériel.  
    La désorganisation du leadership, jusqu'à présent 
essentiellement irakien, pourrait par ailleurs entraîner des 
problèmes de gouvernance au sein de l'organisation.  
    "On a vu quelques signes déjà, des dissensions internes 
croissantes à mesure qu'il y a des défaites et que le centre de 
gravité est altéré par le fait d'avoir perdu une partie du 
territoire", souligne-t-on à la Défense.  
     
    ISOLEMENT RAPIDE DE RAKKA 
    Parallèlement à la reconquête de Mossoul, l'isolement de 
Rakka, autre bastion de l'EI dans la région, est donc 
indispensable, indique-t-on à Paris, où l'on fait de la reprise 
de la ville syrienne, d'où les attentats du 13 novembre auraient 
été fomentés, une priorité. 
    L'isolement peut "aller assez vite, ça a commencé avec la 
prise de Manbij (en août-NDLR), il y a un mouvement 
d'enserrement de la ville", souligne-t-on. La reconquête de la 
ville prendra elle toutefois plus de temps au vu des forces en 
présence sur le terrain et de la complexité du conflit syrien. 
    Face à des combattants de l'EI estimés à 4.000 à Rakka, "il 
n'y a tout simplement pas aujourd'hui encore la masse de force 
disponible" pour y faire face, observe-t-on. "L'ASL (l'armée 
syrienne libre-NDLR) est essentiellement occupée à l'Ouest du 
fait des bombardements sur Alep et les forces démocratiques 
syriennes (FDS) montent en puissance mais sont encore limitées". 
    La question d'un "accroissement" de ces forces sera l'un des 
enjeux des discussions à Paris où l'on juge vital d'aller vite 
pour empêcher l'EI de se réorganiser en Syrie une fois Mossoul 
tombée.  
    Le consensus sur la nationalité des participants à cette 
reconquête est toutefois loin d'être gagné. La Turquie a d'ores 
et déjà exclu toute collaboration avec la milice kurde syrienne 
YPG, soutenue par Washington mais considérée comme "terroriste" 
par Ankara.  
    Les tentatives d'évaporation des djihadistes vers d'autres 
théâtres, notamment vers la Libye, et la question du sort des 
combattants étrangers devraient également être abordées à Paris. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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