Rétrospective 2012 (2ème partie) - 2012, l’année du changement ?

Boursorama le 21/12/2012 à 12:00
0
Deuxième volet de notre rétrospective de l’année 2012. Retour sur l’élection de François Hollande et la réélection de Barack Obama... Entre pacte de compétitivité et « fiscal cliff », les défis à surmonter restent immenses des deux côtés de l’Atlantique.

Dimanche 6 mai 2012, François Hollande est élu président de la République. Il revient de loin l’élu de Corrèze, parti avec quelques fidèles début 2009 à l’assaut de la forteresse élyséenne. Loin dans les sondages, loin des favoris, il a surclassé ses adversaires en commençant par ses deux principaux rivaux socialistes : Dominique Strauss-Kahn hors-jeu après l’affaire du Sofitel de New York en mai 2011 et Martine Aubry, pourtant première secrétaire du Parti socialiste mais désavouée lors des primaires de son propre parti. Enfin, Nicolas Sarkozy a dû s’incliner au second tour de l’élection face à son coriace adversaire dépeint en candidat « normal ». Les Français ont voulu l’alternance. Le président sortant, éreinté par quatre années de crise, a donc rejoint la longue cohorte des dirigeants européens éconduits par leur peuple alors que la zone euro ne voit toujours pas le bout du tunnel : Papandréou en Grèce, Berlusconi en Italie, Zapatero en Espagne, Brown au Royaume-Uni etc.

« Hollande à l’Elysée, la France sera attaquée dès le lendemain sur les marchés » redoutaient certains avant l’élection. Les investisseurs internationaux allaient-ils pardonner aux Français l’élection d’un président socialiste promettant de taxer à 75% les revenus supérieurs à un million d’euros ? En janvier 2012, lors de son grand meeting du Bourget, Hollande avait lancé l’attaque : "Mon véritable adversaire n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, et pourtant il gouverne (...), c'est le monde de la finance...". La phrase a marqué les esprits, pas seulement celui des investisseurs. En ce début d’année, l’agence Standard & Poor’s a retiré son AAA à la France et le pire est maintenant redouté... Pourtant, Hollande élu, les marchés ne bronchent pas. Mieux que ça, la France va bénéficier tout au long de l'année de taux historiquement bas sur les marchés. En novembre, la dégradation de Moody’s n’y changera rien. La demande des investisseurs reste forte pour une dette considérée comme plus sûre que celle des pays d’Europe du sud. La France n'a pas le statut d'émetteur « périphérique » et cela change tout. Mais pour combien de temps ?

Le virage de novembre

Dès le premier collectif budgétaire de son quinquennat, le nouveau pouvoir supprime l’une des mesures phares de l’ère Sarkozy : la défiscalisation des heures supplémentaires. Un effort fiscal de 20 milliards d’euros (10 milliards pour les entreprises, 10 milliards pour les ménages) est demandé aux Français. Pourtant, cela ne semble pas suffisant au regard de l’effort de compétitivité nécessaire pour permettre à l’économie hexagonale d’arrêter de dévaler la pente et d’enrayer la montée de son déficit commercial (75 milliards en 2011). Depuis trente ans, deux millions d’emplois ont été perdus dans l’industrie dont la part dans la valeur ajoutée totale ne ressort plus qu’à 12,6% dans l’Hexagone contre 26,2% outre-Rhin. L’urgence est donc de « recoller » au voisin allemand par tous les moyens.

Début novembre, c’est le tournant du quinquennat. Au lendemain de la remise du fameux rapport Gallois, Jean-Marc Ayrault présente son Pacte de compétitivité inspiré dudit rapport mais sans en reprendre toutes les mesures. La proposition d’autoriser l’exploitation du gaz de schiste dans l’Hexagone n’est pas retenue mais une mesure phrase prouve le virage du gouvernement : un crédit d’impôt de 20 milliards d’euros est offert aux entreprises pour 2013. Une année qui s’annonce difficile pour l’économie française. La prévision du gouvernement d’une croissance de 0,6% du PIB est jugée trop optimiste dans les milieux financiers. Par conséquent, la hausse programmée de la TVA à 20% ne s’appliquera qu’à compter de 2014 et la réduction de 10 milliards des dépenses publiques ne sera effective qu’en 2014 et 2015. Cruel dilemme... En attendant, le fardeau de la dette publique française ne cesse de s’alourdir. En septembre 2012, elle a dépassé la barre des 90% du PIB...

« Fiscal cliff » et révolution énergétique aux Etats-Unis

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est aussi début novembre que tout s’est joué. Les sondages donnaient les deux candidats au coude-à-coude mais Barack Obama l’emporte au final assez largement. Réélu, le président démocrate sait pourtant qu’un défi, non moins considérable que sa réélection, l’attend le 1er janvier 2013 : le « fiscal cliff ». Théoriquement, cette « falaise fiscale », coïncidant avec la fin des baisses d’impôt décrétées sous la présidence Bush et les baisses programmées des dépenses publiques pour contenir l’augmentation du déficit, pourrait coûter 4 points de PIB aux Etats-Unis si aucun accord n’était trouvé. La Maison Blanche et les membres du Congrès sont donc au pied du mur. De quoi donner des sueurs froides aux marchés.

Aux Etats-Unis, le sceptre de la crise de 2008/2009 s’éloigne. La politique accommodante de la FED, qui a lancé en 2012 un troisième programme d’assouplissement quantitatif (QE3), fait débat. Pour Ben Bernanke tous les moyens sont bons pour réveiller l’économie américaine tant que le taux de chômage ne sera pas redescendu au-dessous de 6,5%. Surtout, la situation de l’immobilier résidentiel a cessé de se dégrader et, fait majeur de l’année 2012, une révolution énergétique est en cours outre-Atlantique. Grâce à l’exploitation du gaz de schiste, les Etats-Unis ont désormais accès à un prix du gaz en chute libre, cinq fois moins élevé qu’en Europe. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le pays pourrait devenir dès 2020 le premier producteur mondial de pétrole devant... l’Arabie Saoudite et exportateur net dès 2030. De quoi redonner des couleurs à l’industrie américaine. Pour autant, le débat autour de la facture écologique n'est pas clos.

En Chine, point de révolution en cours, ni d’élection présidentielle démocratique mais les changements politiques intervenus dans le pays à l’automne n’en sont pas moins cruciaux pour l’avenir de l’économie mondiale. Lors du 18ème Congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui s’est déroulé du 8 au 14 novembre 2012, Xi Jinping, un « prince rouge » dont la fortune serait considérable, a été officiellement désigné secrétaire général du PCC mais il devra attendre mars 2013 pour devenir président de la République populaire et succéder ainsi à Hu Jintao. Si la croissance chinoise peine à se maintenir au-dessus de 7%, le géant asiatique n’en demeure pas moins une locomotive essentielle pour la croissance mondiale. Le basculement de l’économie planétaire de l’Atlantique vers le Pacifique se poursuivra en 2013.

Julien Gautier



ILS L’ONT DIT SUR BOURSORAMA :

Le 20 avril. Etienne Gorgeon, directeur de la gestion Taux et Crédit chez Edmond de Rothschild IM, sur une éventuelle attaque contre la dette française à l’issue de l’élection présidentielle : « Elle est possible mais peu probable. Nous pourrions assister à un regain de la volatilité mais tout devrait rentrer dans l’ordre assez vite. Pour qu’une attaque aboutisse et entraîne un important écartement du spread, il faudrait que joue l’effet de surprise. Or, tout le monde en parle !... » Relire la suite de l’interview

Le 6 novembre. Alexandra Estiot, économiste spécialiste des Etats-Unis chez BNP Paribas, sur les défis qui attendent le prochain président américain : « Le « fiscal cliff » constitue une vraie menace et personne ne sait quelle forme prendra l’accord politique entre la Maison Blanche et le Congrès. Une chose est sûre, il doit être trouvé avant la fin de l’année. C’est surtout la partie recettes (500 milliards de dollars de hausses d’impôts prévues) qui risque de pénaliser fortement l’économie, davantage que la partie dépenses (100 milliards de baisses de dépenses automatiquement programmées)... » Relire la suite de l’interview

Le 23 novembre. Marc Touati, économiste chez ACDEFI, sur les conditions favorables d’émissions de la dette française. « Il faut bien comprendre que l’actuelle faiblesse des taux dix ans français s’apparente clairement à une bulle obligataire. En effet, compte tenu des déficits publics actuels et à venir, qui resteront bien supérieurs à 3 % du PIB, il n’y a aucune raison objective pour que les taux longs français soient si bas. Cette faiblesse correspond simplement à un excès d’épargne collectée par les banques et mal réinvesti... » Relire la suite de l’édito


Rétrospective (1ère partie) - Crise de la zone euro : stop ou encore ?

Réagir 0
A lire aussi

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant