Rétrospective 2012 (1ère partie) - Crise de la zone euro, "stop ou encore" ?

Boursorama le
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Premier volet de notre rétrospective de l’année sur la crise de la zone euro : retour sur une année agitée où les marchés ont globalement repris confiance grâce aux initiatives de la BCE. Pourtant, la zone euro reste engluée dans une conjoncture atone et les pays d’Europe du Sud (Grèce, Italie, Espagne etc.) ne voient toujours pas le bout du tunnel.

Nous sommes le 26 juillet 2012 à Londres et Mario Draghi est l’invité d’honneur de la « Global Investment Conference ». Son discours est très attendu, tant le sort de la zone euro semble incertain. Ce jour-là, le président de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de marquer les esprits. A ceux qui avaient des doutes sur la viabilité de l’euro, aux investisseurs anglo-saxons qui spéculent sur l’explosion de la monnaie unique, il assène : « Within our mandate, the ECB is ready to do whatever it takes to preserve the euro. And believe me, it will be enough. » (Dans les limites de son mandat, la BCE est prête à faire tout le nécessaire pour préserver l’euro. Et croyez-moi, cela sera suffisant). La phrase ne passe pas inaperçue. Il y a bien un pilote dans l’avion et la BCE est déterminée à soutenir une monnaie qui a perdu en crédibilité deux ans après le début de la crise de la dette grecque au printemps 2010. Dans les jours qui viennent, la Bourse reprend des couleurs. Alors que le cauchemar d’août 2011 faisait redouter un nouvel été meurtrier, il n’en sera rien cette fois-ci. L’été 2012 sera « bullish ». Les hedge funds anglo-saxons qui pariaient sur l’éclatement de la zone euro en sont pour leurs frais.

Après les discours, l’action. Jusqu’à présent, les initiatives du président de la BCE ne rassuraient les marchés que provisoirement. En décembre 2011, il avait ainsi lancé l’opération LTRO pour financer les banques dans des conditions extrêmement favorables -à 1%- dans l’espoir que ces dernières viendraient remettre de l’huile dans les rouages d’une économie européenne atone et surtout viendraient prêter aux Etats surendettés du sud de l’Europe. L’initiative a connu un succès très relatif. Du côté des gouvernements, un Traité de discipline budgétaire (TSCG) a bien été instauré par le Conseil européen fin janvier 2012 à Bruxelles, le Mécanisme européen de stabilité (MES) mis sur pied pour prendre le relais du FESF à partir d’octobre, mais cela n’a pas suffi à calmer la fièvre des investisseurs. En cette rentrée de septembre 2012, il faut passer à la vitesse supérieure, sortir l’artillerie lourde. Certes, les traités en vigueur interdisent toujours à la BCE de prêter directement aux Etats en difficulté. Mais le banquier central italien a de l’imagination sous son air impassible de grand argentier élégant. Alors le 6 septembre, il annonce la création des OMT pour Outright monetary transactions. Cette fois, Mario Draghi prévient qu’à la demande des Etats qui en auront fait la demande et sous conditions strictes, la BCE sera prête à acheter sur le marché secondaire des dettes souveraines « pour des montants illimités » et des durées de un à trois ans. Illimité, c’est le mot clé qu’attendait la communauté financière. Le discours du 26 juillet a été transformé...

Grèce : la faillite évitée

2012, ce fut incontestablement l’année Mario Draghi. Mais ce fut encore et toujours l’année de la Grèce sur les marchés. Les versements des plans d’aide ont succédé aux plans de rigueur alors que l’économie du pays continuait de s’enfoncer dans la récession pour la cinquième année consécutive! Le 21 février, un nouveau plan de 130 milliards d’euros redonne un peu d’air au pays alors que les créanciers privés acceptent de rayer 50% de leurs créances sur la dette souveraines grecque. Pourtant, les créanciers de la Grèce et la Troïka (BCE, Commission européenne, FMI) n’ont pour le moment réussi qu’à gagner du temps. Le chômage touche désormais plus du quart de la population active sans que la trajectoire de la dette grecque n’ait été véritablement inversée. Le 27 novembre, un nouvel accord est trouvé à l’arrachée pour éviter au pays de faire faillite. Les mesures adoptées mettent tous les acteurs du drame grec à contribution et visent désormais à ramener le poids de la dette à 124% du PIB en 2020.

Des sueurs froides, les investisseurs n’en auront pas manqué avec l’Espagne. Il est loin le boom des années 2000 quand l’Espagne était à la mode. En 2006, la croissance du pays culminait à +4% mais cette euphorie reposait principalement sur la croissance exubérante du secteur immobilier. La bulle a explosé en 2007. Cinq ans après le début de la crise, la potion est amère, le pays s’installe dans la récession. Le PIB devrait reculer de 1,3% en 2012 selon l'OCDE et le chômage touche un actif sur quatre (un sur deux chez les jeunes de 15 à 24 ans). En mai, le gouvernement Rajoy a dû se résoudre à nationaliser en urgence quatre établissements, dont Bankia, menacés de faillite en raison de leur trop forte exposition aux actifs immobiliers pourris. Un mois plus tard, les Européens s'engagent à fournir en cas de besoin jusqu'à 100 milliards d'euros au gouvernement espagnol pour secourir son système bancaire. Un plan qui a fait retomber provisoirement la tension sur le taux espagnol. A la fin de l'année, le gouvernement Rajoy n'avait pas formellement adressé de demande d’aide à la BCE.

Une Europe du Sud engluée dans la crise

En Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Italie, les plans d’austérité engagés en 2011 pour réduire le déficit budgétaire n’ont pas tardé à produire leurs effets. En Espagne et en Italie, ils devraient coûter pas moins de 1,5 point de PIB en moyenne annuelle. Si une dislocation de la zone euro n’est plus à l’ordre du jour, le bilan est lourd pour les pays dit « périphériques », rongés par le chômage et l’endettement, obligés de financer leurs déficits budgétaires à des taux prohibitifs (sauf la Grèce sous tutelle financière qui n’a plus accès aux marchés). En Italie, l’arrivée au pouvoir de Mario Monti en novembre 2011 semblait avoir mis un terme définitif à la carrière politique de Silvio Berlusconi, incapable de juguler l’accélération de la crise économique et empêtré dans ses ennuis judiciaires. Pourtant, après un an de réformes douloureuses, Mario Monti annonçait début décembre son départ prochain (à l'issue du vote du budget) ouvrant la voie à un possible retour au pouvoir du "Cavaliere".

En 2012, le pire aura été évité, des progrès importants auront été réalisés : action décisive de la BCE en septembre pour rassurer les marchés, accord sur la supervision bancaire trouvé en décembre (la mise en place de cette supervision par la BCE n’interviendra qu’au 1er mars 2014 pour les 200 plus grandes banques européennes). Pour autant, le manque de croissance -l’OCDE attend un recul de 0,1% l'an prochain après -0,4% en 2012- devrait conduire à une nouvelle hausse du chômage en 2013 sur le Vieux continent. En raison des élections allemandes de septembre, aucune réforme majeure du fonctionnement des institutions n’est attendue avant 2014. En attendant, la zone euro n’a pas fini de panser ses plaies...

Julien Gautier


ILS L’ONT DIT SUR BOURSORAMA :

Le 12 mars. Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis AM, sur la transformation de la zone euro après deux ans de crise : « De la sortie de la Grèce à l'éclatement de la zone en passant par la mise en place d'une zone à deux vitesses, toutes les solutions ont été envisagées. Cette vision a changé. Trois ruptures ont eu lieu depuis le mois de décembre. Elles permettent de percevoir la zone Euro sous un angle très différent... » Relire la suite de l’édito

Le 6 septembre. Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC, en réaction à l’annonce du plan de Mario Draghi instituant les OMT : « Globalement, les annonces de Mario Draghi confirment les fuites de la veille et répondent aux attentes des marchés. Dans le même temps, elles devraient rassurer les « faucons » de la BCE (Bundesbank). Les achats pourront se faire pour des montants illimités et des maturités courtes, de un à trois ans, mais les pays qui demanderont de l’aide devront se placer dans le cadre d’un programme FESF/MES... » Relire la suite de l’interview

Le 5 octobre. Natacha Valla, économiste chez Goldman Sachs, sur les effets des plans d’austérité qui aggravent la récession dans les pays d’Europe du Sud. « Nous sommes en présence d’un vrai paradoxe entre une logique institutionnelle de long terme parfaitement justifiée et une dynamique qui s’avère néfaste à court terme. A long terme, il faut instituer des garde-fous pour éviter des dérapages dans la gestion des finances publiques qui peuvent provoquer des situations intenables... Relire la suite de l’interview

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  • TrowaBou le vendredi 4 jan 2013 à 16:44

    C'est la faute à la crise tout ça