Rétro 2008 (4) : Le secteur auto dans la tourmente

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Dernier volet de notre rétrospective de l'année à travers Boursorama : Le secteur automobile, une des victimes collatérales de la crise financière.

Annus horribilis. La crise financière et plus précisément la contraction de l’accès au crédit n’ont pas fait de victimes que dans le secteur bancaire. Les secteurs de l’immobilier et de l’automobile figurent au premier rang des accidentés. Le difficile financement et la hausse du prix du carburant ont sonné le glas de l’industrie la plus importante depuis les Trente Glorieuses. 2008 a été en effet ce que l’on appelle une « annus horribilis » pour l’industrie automobile. Le secteur a enregistré une baisse de 36% de ses ventes sur l’année avec 13 millions de véhicules vendus contre 16 à 17 millions auparavant. Des vagues de licenciements ont été annoncées à plusieurs reprises chez quasiment tous les constructeurs mondiaux. Et nous ne devrions pas en rester là.

Les Big Three tirent le signal d’alarme. L’année 2009 devrait également rester rude avec un secteur en pleine récession. L’alarme a notamment été sonnée en octobre 2008 lorsque les « Big Three » (Chrysler, General Motors et Ford) ont demandé l’aide de l’Etat américain pour éviter la faillite. General Motors a subi un repli de 41% de ses ventes sur l’année. Le constructeur américain a lancé un premier plan de restructuration durant l’été (fermeture de quatre usines d’Amérique du Nord spécialisées dans la fabrication de camions et 4X4), suivi d’un deuxième un mois plus tard (réduction des coûts salariaux, demande de prêt et suspension du dividende). Autre symbole inquiétant, début novembre, le premier constructeur mondial, Toyota, annonce que son bénéfice annuel tombera à son plus bas niveau depuis son histoire. De leur côté, General Motors et Ford publient des pertes trimestrielles plus fortes que prévues. La situation est devenue tellement catastrophique que les trois principaux constructeurs américains ont présenté des plans de restructuration au Congrès, afin de solliciter une aide publique de 25 milliards de dollars (un prêt-relais de 9 milliards de dollars pour Ford pour restructurer ses activités, 12 milliards de dollars pour General Motors afin d’éviter la faillite et 7 milliards de dollars de prêt-relais pour Chrysler afin d’assurer sa survie).

Le plan de sauvetage américain. « Il est hors de question de payer pour les erreurs erratiques des constructeurs automobiles ». Cette déclaration est celle d’un des membres du Congrès, à forte dominante républicaine et fortement opposé à l’adoption du plan d’aide. Après plusieurs hésitations, le Sénat ayant refusé de voter le plan de sauvetage début décembre, c’est finalement la Maison Blanche qui va voler au secours du secteur automobile. George Bush a indiqué qu’il serait possible de débloquer une partie des fonds prévus pour le plan de sauvetage de l’économie américaine (700 milliards de dollars). Le 22 décembre, les gouvernements américains et canadiens ont décidé d’accorder 17,4 milliards de dollars pour sauver les Big Three du risque imminent de faillite. Ford ayant indiqué qu’il n’avait pas de problème de liquidités, les fonds iront principalement à General Motors (9,4 milliards de dollars immédiatement et 4 milliards de dollars dès le mois de février) et à Chrysler (4 milliards de dollars). Or le président Barack Obama, nouvellement élu et qui va prendre ses fonctions fin janvier, a prévenu les constructeurs que « la patience du peuple n’était pas infinie ». « Un dépôt de bilan ne pourrait qu’entraîner une banqueroute désordonnée du secteur. Au beau milieu d’une crise financière, laisser l’industrie automobile s’effondrer ne serait pas un acte responsable », a-t-il ajouté. En effet, le secteur de l’automobile est l’un des principaux employeurs des Etats-Unis et ses conséquences ne se limitent pas à la seule ville de Détroit. Une faillite entrainerait donc beaucoup de chômage dans tout le pays et aggraverait encore la situation.

Le plan Sarkozy. En France, la situation est loin d’être plus enviable. Luc Chatel, le secrétaire d’Etat à l’industrie s’est vu missionné par le Président de la République d’élaborer une solution à la crise du secteur automobile. Le secrétaire d’Etat doit rendre sa copie pour fin janvier. Le gouvernement a décidé qu’il pourrait y avoir de nouvelles formes d’aides, sous forme de prêts ou de garanties, en contrepartie d’une obligation de ne pas délocaliser. Nicolas Sarkozy s’est en pris récemment au constructeur français PSA Peugeot Citroën accusé d’être « le premier consommateur de départ en préretraite tout en mettant ses usines ailleurs ». Admettant que l’obligation de ne pas délocaliser était justifiée, Carlos Ghosn, président de Renault, a de son côté demandé au gouvernement une amélioration de l’accès au crédit sous forme d’un financement raisonnable sur 2 à 3 ans avec un taux d’intérêt entre 4 à 5%. « Si la crise dure, les constructeurs vont tomber les uns après les autres », a-t-il prévenu. Le gouvernement devrait donc allouer un fonds d’investissement de l’ordre de 300 millions d’euros destiné au financement et à la restructuration de la filière automobile. Les suppressions d’emplois s’accumulent depuis le mois d’octobre (plans de départ chez Renault et PSA, réduction d’effectifs (1215 emplois) chez Faurecia, réduction d’effectifs (5000 postes) et avertissement sur résultats 2008 pour Valeo et réduction de l’activité de Michelin dans la plupart de ses usines dans le monde).

Le secteur en Bourse. Le secteur automobile a perdu plus de 73% depuis un an et plus de 50% depuis 3 mois. Le titre General Motors s’est contracté de plus de 88% depuis le 1er janvier. De même, pour Renault avec un repli de près de 83%. Une situation qui semble idéale pour les prédateurs. Par exemple, General Motors et Chrysler seraient l’objet de rumeurs de fusion. En effet, le fonds Cerberus Capital Management, qui détient 80% de Chrysler, aurait engagé des discussions avec General Motors en vue de la cession d’une partie de ses parts. Toutefois, cette rumeur a été démentie par General Motors. Bien que les titres aient été extrêmement dégradés en Bourse, il n’en reste pas moins qu’ils suscitent toujours la suspicion des investisseurs. Goldman Sachs a récemment abaissé ses objectifs de cours sur Renault, PSA Peugeot-Citroën, Fiat et Michelin. Malgré les plans de relance, la banque anticipe toujours une baisse de la production et des ventes en 2009.


Lucie Morlot


ILS L'ONT DIT SUR BOURSORAMA :

Le 17 décembre. Pierre Nebout, gérant actions françaises chez Edmond de Rothschild Asset Management :
"Le secteur européen est clairement en surcapacité. Même les ventes de Logan sont actuellement à la peine, ce qui n’est guère rassurant. La complexité du bilan de Renault en raison de ses liens capitalistiques avec Nissan nous incitent ainsi à la prudence malgré une valorisation très décotée, atteignant des niveaux historiquement bas. La structure du bilan du groupe PSA nous paraît moins complexe et le potentiel de restructuration industrielle réel. Le paysage automobile va évoluer dans les mois à venir mais il est encore tôt pour revenir sur ces valeurs en Bourse, même aux cours actuels." (Relire l'interview)

14 février. Commentaire sur la valeur PSA Peugeot-Citroën de Pierre-Mary Schbath, analyste chez Seven Equities : "Amélioration de la qualité, réduction des frais généraux et des frais fixes, amélioration de la productivité. Voila les bases du plan de compétitivité CAP 2010 qui ont permis au groupe PSA de réaliser un chiffre d’affaire de 60,6 milliards d’euros en 2007, en hausse de 7,1%. Bien qu’actuellement le secteur automobile connaît des jours difficiles, le plan CAP 2010 mis en oeuvre par le nouveau président Christian Streiff semble porter ses fruits. Les réductions de coûts ont en effet apporté un gain de 932 millions d’euros et la croissance de l’activité a rapporté 355 millions d’euros. Pour 2008, le groupe continuera de bénéficier du succès commercial de certains de ses modèles, tout en rajeunissant une partie de sa gamme. Dans les régions de développement stratégique (Europe de l’Est, Mercosur, Chine et Russie), le groupe prévoit une croissance des marchés à 2 chiffres, légèrement plus faible qu’en 2007. PSA maintient l’objectif de croissance autour de 5%. Cette croissance devrait être plus forte au second semestre qu’au premier (lancement des nouveaux véhicules). Nous recommandons l’accumulation de la valeur." (Relire l'article)



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