RETRO 2008 (1) : L’année où tout a basculé (1ère partie)

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Premier volet de notre rétrospective de l’année à travers Boursorama : aujourd’hui, retour sur les temps forts de la crise jusqu'à la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008.

Electroc planétaire. « Je n’ai jamais rien vu de pareil et ce n’est pas encore fini ». C’est un Alan Greenspan tétanisé par la violence de la crise financière qui s’exprime ainsi sur la chaîne américaine ABC le dimanche 14 septembre 2008, alors que les autorités américaines ont renoncé à sauver Lehman Brothers de la faillite. A 82 ans, « Il maestro » a la tête des mauvais jours. Celui qui dirigea d’une main de maître la FED de 1987 à 2006 a compris que le système financier mondial était au bord du précipice. Et pour certains, il est le premier responsable du désastre pour avoir inondé les marchés de liquidités et favorisé un accroissement inconsidéré des crédits. Après l’explosion de la bulle internet et le choc des attentats du 11 septembre 2001, tout le monde avait salué alors l’audace du gouverneur de la FED qui avait baissé massivement les taux mais la machine s’est pour le moins grippée. Si la crise des subprimes (ces fameux prêts immobiliers aux ménages américains peu solvables qui ont été titrisés et revendus à d’autres institutions financières) a éclaté au cours de l’été 2007 avec le retournement du marché immobilier outre-Atlantique, les Bourses mondiales avaient dans l’ensemble tenu le coup. A plus de 5.500 points en ce début d’année 2008, le Cac 40 a repris quelques couleurs depuis son dévissage du mois d’août précédent. Mais les problèmes ne sont en rien résorbés, la crise immobilière américaine plus profonde que prévu et les perspectives économiques moroses. Dès le 21 janvier, les marchés s’offrent une séance panique (l’indice parisien chute lourdement de 6,83%), trois jours avant que n’éclate l’affaire Kerviel, du nom du trader de la Société Générale accusé d’être à l’origine d’une perte de 4,9 milliards d’euros. En février, un événement encore impensable quelques mois plus tôt se produit : la banque britannique Nothern Rock, mal en point depuis septembre 2007 pour avoir mené pendant des années une politique de prêts trop risquée, est nationalisée.

Les déboires de Fannie et Freddie. Le 16 mars, l’action Bear Stearns dévisse de 83% à Wall Street tandis que Lehman Brothers abandonne 40%. La curée sur les valeurs financières est générale. La FED vient au secours de Bear Stearns en lui accordant un plan d’urgence de 28 jours tout en supervisant son rachat par JP Morgan Chase. Après Bear Stearns, la série noire continue. Le 11 juillet, la banque californienne Indymac est mise sous tutelle. Quelques semaines plus tard, George W. Bush est contraint d’annoncer un plan de sauvetage du secteur immobilier de près de 300 milliards de dollars qui consiste principalement à accorder des garanties aux emprunteurs. Un volet du plan prévoit également des aides aux deux géants américains du refinancement hypothécaire en difficulté, Fannie Mae et Freddie Mac. Les deux organismes garantissent en effet près de 5.200 milliards de dollars de prêts immobiliers, soit 40% de l’encours des crédits immobiliers américains, principalement en rachetant les prêts aux banques et en les titrisant. Or, leurs créances titrisées ne s’échangent plus sur les marchés, ils courent à l’asphyxie financière. Le plan proposé ne sera pas suffisant. Le 7 septembre, c’est la stupeur : Fannie et Freddie sont placés sous tutelle, quasi-nationalisés. Le secrétaire au Trésor Henry Paulson se déclare prêt à investir 100 milliards de dollars d’actions préférentielles dans chacune des deux sociétés. Le « too big to fail » a prévalu. Si Fannie et Freddie étaient abandonnés à leur sort, c’était la crise systémique et le Trésor n’a pas voulu prendre ce risque. Les indices boursiers se reprennent, les investisseurs respirent. Contrairement à octobre 1929, les Autorités (FED, Trésor, gouvernement etc.) ont pris la mesure de la crise et éviteront assurément à l’économie américaine un mauvais remake de la Grande Dépression.

La chute de Lehman Brothers. L’accalmie ne sera que de très courte durée. Si le sauvetage de Fannie et Freddie permettait d’éviter le pire, Henry Paulson n’est pas d’humeur à sauver toutes les banques d’affaires de Wall Street, celles qui n’ont pas de dépôts et qui ont abusé des produits « toxiques » pendant toutes ces années fastes. Le vendredi 12 septembre à la clôture des marchés, les salariés de Lehman Brothers savent que le week-end sera décisif. Si aucune solution n’est trouvée d’ici l’ouverture de la séance le lundi suivant, ce sera la faillite. Barclays est intéressé mais exige une garantie du Trésor sur la reprise des actifs de Lehman. A peine remis du sauvetage de Fannie et Freddie, Henry Paulson, qui est aussi l’ancien président de la banque d’affaires Goldman Sachs, estime cette fois que la chute de Lehman n’entraînera pas de crise générale du système bancaire et qu’il faut faire un exemple pour ne pas déresponsabiliser les dirigeants des grands établissements financiers. Les dirigeants de Barclays jettent l’éponge. Le lundi 15 à 0h10, Richard Fuld, le PDG de Lehman Brothers, dépose le bilan de sa banque dont le passif dépasse les 600 milliards de dollars. Cette faillite est la plus grosse de l’Histoire des Etats-Unis. La séance suivante, le Dow Jones accuse le coup et clôture en repli de 4,42%, le Cac 40 perd 3,78%. Et les investisseurs n’ont encore rien vu.

Julien Gautier


ILS L'ONT DIT SUR BOURSORAMA :

Le 27 mars. Jean-Pierre Petit, directeur de la stratégie d’Exane BNP-Paribas, interrogé sur la nature de la crise et ses conséquences sur les marchés actions.
« Il s'agit aujourd'hui d'une crise immobilière, bancaire et du crédit. Le marché actions n'est pas au coeur du problème comme en 2000. En 2000, on est entrés dans une phase de dégonflement de bulle boursière qui a duré 3 ans. Ici, le marché actions n'est qu'une victime collatérale de la crise dans la mesure où les perspectives de croissance sont dégradées, que l'aversion au risque monte et que le secteur bancaire occupe une place importante dans les indices. Même en juillet 2007, il n'y avait pas de bulle actions. » (relire le dialogue en direct)

Le 11 août. François Chaulet, directeur général de Montségur Finance, dénonçant les méthodes de certains investisseurs qui accentuent la baisse des titres.
« Hors des marchés boursiers, le choix pour l’investisseur est simple : devenir actionnaire pour accompagner le succès et le développement d’une entreprise ou ne pas investir. Or le gérant de fonds dit « alternatif » ou le trader pour le compte propre d’une banque construit une part importante de ses stratégies sur ces ventes à découvert, avec des conséquences néfastes pour les entreprises cibles. En vendant sur toute rumeur ou suspicion de difficultés, il met en péril tant les entreprises que leurs actionnaires de long terme. Quel état d’esprit que parier sur l’échec d’autrui et tout mettre en oeuvre pour que cet échec se réalise ! » (relire l’édito)

Le 16 septembre. Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès, revenant sur le sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac et réagissant à la faillite de Lehman Brothers.
« Pour Fannie Mae et Freddie Mac, il n’y avait aucune alternative crédible. Si ces deux établissements faisaient faillite, tout le système de financement du secteur immobilier américain était bloqué. La crise devenait donc systémique. Mais tout le monde ne peut pas être sauvé. Il faut donc faire des choix. La discrimination entre les acteurs devient dès lors inévitable. Pour Lehman Brothers, il fallait faire un exemple et ne pas renforcer l’aléa moral, c’est à dire la déresponsabilisation des acteurs du monde financier. Le nettoyage du système financier passait logiquement par la mise en faillite de cette banque d’investissement qui était de toute façon insolvable. » (relire l’interview)


Rétrospective 2008
Mardi 23 décembre (2) : L’année où tout a basculé (2ème partie)


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