Retraites : éviter la constitution d'un front du refus syndical

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Pour chaque dossier lancé depuis un an, l'objectif est toujours le même : se différencier de Nicolas Sarkozy et faire le moins de vagues possible.

Le patron de la CFDT, Laurent Berger, se déclare «rassuré sur un certain nombre de propositions». Thierry Lepaon, son homologue de la CGT, qui a appelé à se mobiliser le 10 septembre contre la réforme, n'a pas le langage guerrier qu'on attend de lui. Le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, consent à une petite hausse de la CSG. Quant à son alter ego du Medef, Pierre Gattaz, il se félicite d'avoir obtenu une «ouverture intéressante» sur une baisse du coût du travail qui compenserait, en septembre, une hausse des cotisations retraite... Jean-Marc Ayrault ne pouvait rêver meilleure entame de sa phase finale de consultation des partenaires sociaux sur la réforme des retraites. Non seulement les «réformistes» se disent satisfaits à l'issue de leur entretien, mais les «opposants» n'appellent pas à la révolution...

Pour chaque dossier lancé depuis un an, l'objectif est toujours le même: se différencier de Nicolas Sarkozy et faire le moins de vagues possible. La réforme des retraites ne déroge pas à cette règle. Tout a été fait pour ne pas voir se constituer de front syndical, comme en 2010, contre les desseins du président. Depuis un an, chacun a eu le temps et l'espace pour dire ce qu'il pensait. Ce qu'il proposait et ce qu'il ne voulait pas. Chaque partenaire social a eu droit à des égards, jusqu'au patronat, qui s'est vu proposer un donnant-donnant sur le coût du travail.

Neutralité bienveillante

Aucun n'a été oublié, à commencer par la CFDT qui avait accompagné la réforme en 2003 et s'était opposée à celles de 2008 et 2010. Obtenir sa neutralité bienveillante était une nécessité. Et ce, pour trois raisons. D'abord, un blanc-seing de la première organisation militante de France (en nombre d'adhérents) prive les mobilisations à venir - et notamment celle du 10 septembre - de centaines de milliers de manifestants potentiels.

Ensuite, le soutien implicite de la CFDT donne un signal à l'opinion sur la capacité de l'exécutif à mener une réforme jugée impossible sans se mettre à dos l'ensemble du corps social. Et ce, en marginalisant la CGT et FO, les s½urs ennemies, contraintes de s'allier pour constituer un front du refus de circonstance plus que de raison. Enfin, l'avis de la CFDT est généralement suivi par la CFTC, la CFE-CGC et l'Unsa. En s'accordant avec la CFDT, le gouvernement fait d'une pierre quatre coups...

À chaque demande de la centrale réformiste, l'exécutif a apporté une réponse circonstanciée. Et qu'importe si le résultat alourdit la facture globale de quelques milliards ou si la solution passe par une petite hausse de la CSG dont ne veut pas la centrale de Belleville. Même si la balance penche dangereusement sous le poids des prélèvements, la CFDT la juge au final positive pour les salariés en termes de droits nouveaux ou de correction des injustices. Mais il n'est pas acquis que les intéressés, qui payeront l'addition, s'en laissent convaincre.

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