Retraites complémentaires : ouverture de la négociation

le
0
Syndicats et patronat attaquent ce jeudi la négociation sur les régimes Arrco et Agirc. 7,5 millions de salariés du privé sont concernés.

o Quel est l'état financier de l'Agirc-Arrco?

o Pourquoi les négociations s'annoncent-elles ardues?

o Les avantages des cadres et des familles sont-ils menacés?

o Faut-il hâter son départ en retraite?

À peine votée la réforme des retraites, les organisations syndicales retrouvent ce jeudi le patronat pour discuter de l'avenir des retraites complémentaires. Les syndicats sont en effet cogestionnaires, avec les représentants des entreprises, des caisses de retraite Arrco (pour l'ensemble des salariés du privé) et Agirc (pour les cadres).


Le dossier est loin d'être annexe, puisque la retraite complémentaire représente environ un tiers du montant total de la pension d'un non-cadre, et plus de la moitié de celle d'un cadre. Comme pour la retraite de base, il s'agit d'un régime par répartition, dont les ressources principales sont des cotisations salariales et patronales sur les salaires. Mais il fonctionne par points et non par annuités, un système souvent jugé -un peu- moins complexe à comprendre. Les cotisations permettent d'acheter des points; une fois à la retraite, chaque point Arrco vaut 1,1884 euro de pension par an, chaque point Agirc 0,4216 euro (ces valeurs sont révisées tous les ans).

Expiration de l'accord

Les négociations étaient programmées depuis longtemps, puisque l'accord fixant les règles de gestion de l'Arrco et de l'Agirc arrive à expiration. Mais il aurait de toute façon fallu examiner la façon d'adapter les retraites complémentaires à la réforme Woerth. Difficile d'imaginer, en effet, qu'un salarié puisse continuer à toucher une pension Arrco-Agirc dès 60 ans, alors que cela ne sera bientôt plus possible avant 62 ans dans le régime de base C'est justement pour attendre de connaître le détail de la loi que les négociateurs ont attendu pour ouvrir le chantier. Revers de la médaille, certains salariés approchant de la retraite s'inquiètent sur leur sort, et leurs directions des ressources humaines sont dans l'incertitude. Ils y verront bientôt plus clair.

» Retour en haut de page


Quel est l'état financier de l'Agirc-Arrco?

Syndicats et patronat, qui cogèrent les régimes complémentaires sans que l'État y mette son nez, en sont fiers: la situation de l'Agirc et de l'Arrco est bien moins préoccupante que celle des régimes de base. Certes, la crise les a fait plonger dans le rouge (2,8 milliards de déficit prévus pour l'ensemble cette année, 3,6 milliards l'an prochain), mais dans des proportions limitées. Et surtout, ils disposent de réserves qui s'élèveront, à la fin de l'année, à 73 milliards environ. Néanmoins les caisses complémentaires n'échappent pas aux difficultés posées par le papy-boom, qui dégrade le rapport cotisants/retraités. Les négociateurs demanderont ce jeudi aux services techniques de l'Agirc-Arrco de nouvelles projections tenant compte du report de l'âge légal à 62 ans. Mais des estimations circulent déjà de façon officieuse, qui incluent ce paramètre. Elles sont sans appel: ce recul améliorera les comptes mais ne permettra de les équilibrer à aucun moment au cours de la décennie qui vient. Y compris en laissant se poursuivre la baisse du rendement. Le gouvernement a pourtant tablé, dans le cadre de la réforme des retraites, sur un retour à l'équilibre et même à des excédents vers 2018-2020, tout en stabilisant les rendements. Mais les prévisions de l'Agirc-Arrco se veulent plus réalistes, s'appuyant sur l'hypothèse d'une baisse progressive du chômage autour de 7%, là où le gouvernement vise 4,5 %.


» Retour en haut de page


Pourquoi les négociations s'annoncent-elles ardues?

Le patronat s'est fixé une frontière absolue: ne pas augmenter les cotisations pour ne pas renchérir un peu plus le coût du travail. Il rêve même d'obtenir une baisse. Les syndicats affichent, eux, une priorité commune: cesser l'érosion des rendements des caisses complémentaires. Depuis 2003, en effet, le prix d'achat des points est indexé sur les salaires, tandis que le montant de pension auquel chaque point donne droit évolue, lui, en fonction de l'inflation, c'est-à-dire moins vite. Or, on l'a vu, la combinaison du passage à 62 ans et de la stabilisation des rendements et des cotisations ne permettra pas d'équilibrer les comptes lors des prochaines années. Si un échec total des négociations est improbable, le risque est de se résoudre à une solution de facilité: un accord de court terme (deux ans, par exemple) puisant dans les réserves.

» Retour en haut de page


Les avantages des cadres et des familles sont-ils menacés?

Faute de trouver une solution avec les paramètres précédents, et au nom de l'«équité», la CFDT propose de faire des économies en rapprochant les régimes Arrco et Agirc. Le régime des cadres offre un rendement légèrement supérieur. Il est aussi plus généreux avec les parents de famille nombreuse: les retraités ayant eu au moins trois enfants bénéficient d'un bonus de 5% sur leur pension Arrco, mais cette majoration atteint 8% +4% par enfant supplémentaire sur la pension Agirc (dans la limite de 24%). Une partie du patronat est plutôt favorable à une harmonisation des règles. Mais les autres syndicats, eux, sont loin de tous suivre la ligne de la CFDT, jugée exagérément «égalitariste» par certains de ses rivaux. La CFE-CGC, syndicat catégoriel des cadres et cogérant de l'Agirc, s'oppose à l'alignement des rendements. Pour défendre les avantages familiaux, elle trouvera le renfort de la CFTC, sensible à la politique familiale de par sa tradition chrétienne. Quant à la CGT, elle veut bien un alignement... mais par le haut.


» Retour en haut de page


Faut-il hâter son départ en retraite?

L'absence d'accord avant la fin de l'année aurait théoriquement une conséquence immédiate: les pensions complémentaires des salariés qui prendraient leur retraite avant 65 ans, à partir du 1er janvier prochain, se verraient appliquer un rabais important, pouvant aller jusqu'à 22%. Leur financement est en effet assuré par une structure particulière, l'AGFF, censée expirer au 31 décembre prochain. Pour la même raison, FO avait conseillé aux salariés de prendre leur retraite au plus vite avant la dernière négociation Agirc-Arrco, en 2008. Cette fois, pas de dramatisation. Les syndicats ne doutent guère que le patronat accepte vite -dès aujourd'hui peut-être- de prolonger temporairement l'AGFF. Laisser, au contraire, planer la menace de la disparition de ce fonds serait interprété par les organisations de salariés comme une provocation, le Medef ayant vu ses positions largement prévaloir lors de la réforme des retraites de base, à leur détriment. Son négociateur a d'ailleurs déjà fait comprendre à ses interlocuteurs qu'il ne jouerait pas ce jeu. La plupart des syndicats demandent une prorogation de six mois, ce qui ferait coïncider l'entrée en vigueur des nouvelles règles de ce fonds avec la première étape du report de l'âge légal au-delà de 60 ans (+4 mois le 1er juillet 2011). Seule la CGT réclame trois mois, pour une raison très politique: éviter que cette concordance donne l'impression que les syndicats ont fini par valider cette réforme.

LIRE AUSSI :

» Les syndicats préparent «l'après-retraite»

» Retraites complémentaires : comment ça marche ?

» Retraites : ce que la réforme va changer


Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant