Retraites : «C'est une réforme a minima»

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INTERVIEW - L'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie, qui préside aujourd'hui les sociétés de conseil Alixio et Taddeo, ne croit pas à une mobilisation forte et durable.

LE FIGARO.- Que pensez-vous de la réforme des retraites présentée la semaine dernière?

Raymond SOUBIE.- C'est une réforme a minima. Sur les 20 milliards d'euros de besoin de financement en 2020, la réforme n'en apporte qu'un tiers. Aucune mesure sur l'âge n'interviendra avant cette date et la durée de cotisation, que le gouvernement a choisi d'allonger à un rythme modeste, aura ensuite une incidence financière réduite. Le projet de loi ne poursuit pas le mouvement de rapprochement des régimes privé et public que les précédentes réformes avaient lancé. Cette réforme -la première réalisée par un gouvernement socialiste, il faut tout de même le noter- répond donc partiellement à un besoin de financement que la précédente, qui va rapporter 30 milliards par an à horizon 2020, n'a pas réussi à combler en raison d'une trajectoire économique très différente de celle retenue à l'époque.

Pourquoi une telle timidité de l'exécutif?

L'objectif de ce texte est de conforter le petit regain de croissance au 2ème trimestre, en évitant une agitation sociale. Elle vise à la prudence, bien plus qu'à l'efficacité.

Comment voyez-vous la journée de mobilisation de mardi?

Les centrales syndicales qui l'organisent ont élargi leurs mots d'ordre à l'emploi et au pouvoir d'achat, celui des retraites n'étant pas suffisant pour mobiliser. Le plus dangereux dans une journée d'actions, c'est le secteur public. Or comme il n'y a pas de rapprochement avec le privé, je ne vois pas pourquoi les agents publics feraient plus qu'une simple journée de contestation. Ce sera une mobilisation classique, permettant aux organisations syndicales de se montrer, qui se finira gentiment à minuit. Le gouvernement le sait et ne montre d'ailleurs aucune inquiétude.

On ne sent pas en effet la CGT et FO très remontées...

Ces deux organisations sont dans le rituel, le jeu de rôle traditionnel d'une journée de rentrée sans enjeu: elles se plaignent sans ire particulière. Les syndicats sont au contact des salariés, ils savent que le terrain n'est pas mur pour une mobilisation de masse. S'il y a un vrai mécontentement des salariés, il est trop tôt pour qu'il fasse boule de neige: les rentrées sociales difficiles se sont généralement faites en octobre ou novembre. Pour qu'il y ait une vraie agitation sociale, il faut que la colère mûrisse. Or les gens voient les frémissements d'une reprise et observent comment elle va tourner. Cela ne deviendra dangereux pour le gouvernement que si la reprise s'accélère -ou si elle retombe- car l'attente -ou la déception- sera d'autant plus forte.

C'est donc une réforme tactique?

Il n'y a aucune mesure dure qui enverrait les foules dans la rue. Contrairement à la réforme de 2010 qui avait brisé le tabou des 60 ans et qui prévoyait quatre fois plus de rentrées financières. Ce n'est pas un hasard si le recul de l'âge de départ en retraite est le critère qui est presque partout utilisé pour réformer les retraites. Il faudra donc, à l'évidence, remettre l'ouvrage sur le chantier. Et ce pour au moins deux raisons: les objectifs de croissance retenus sont trop optimistes et la trajectoire de baisse du taux de chômage, rapide pour passer sous les 8% puis descendre après 2020 à 4,5%, est irréaliste. Rien n'indique en effet qu'une croissance soutenue va s'installer. Or sans une croissance supérieure à 1,5% par an, on ne créée pas d'emplois, on ne baisse pas le chômage et les régimes sociaux sont en déficit. J'ai deux inquiétudes supplémentaires: le besoin de financement de 8 milliards d'euros dans le budget de l'État dont on ne sait toujours pas comment il sera comblé, si ce n'est par des hausses d'impôts ou des réduction d'autres dépenses publiques; et l'avenir des régimes complémentaires où il manque toujours 4 à 5 milliards en rythme de croisière.

La CFDT semble la grande gagnante de cette réforme...

Elle ne peut être que satisfaite d'une réforme qui correspond à ce qu'elle avait proposé. À ceci près qu'elle a abandonné sa revendication légitime et courageuse de mettre en place une réforme systémique (comme le passage à un système par points) dont les prémisses d'une réflexion cette année étaient, à sa demande, dans la loi de 2010. Mais la centrale dirigée par Laurent Berger a compris que les autres syndicats y étaient très hostiles car elle sous-tend une fusion à terme des régimes. Mais s'il faut une réforme en profondeur, autant commencer à l'étudier tôt non?

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  • fbordach le mardi 10 sept 2013 à 14:02

    psdi, vous êtes non seulement un idiot mais en plus en totale contradiction avec vos propos antérieurs. Si effectivement l'on vous suit et si la rue se manifeste en nombre (sans chiffre faux bien sûr, on n'est pas en dictature...), alors l'opposition au mariage pour tous était légitime. Avec des crétins comme vous on ne s'étonne plus quand on voit l’équipe d'andouilles au pouvoir...

  • psdi le mardi 10 sept 2013 à 13:14

    Mais alors il ne baissent pas les retraites, ni enlève les 10% 3éme enfant. Mais alors, tout va bien aller. C'est fou comme ils sont efficaces. On verra bien si la "rue" est d'accord. Parce que c'est en fait ça le véritable baromètre de la réforme.

  • fbordach le mardi 10 sept 2013 à 11:20

    Une réforme? Ou ça....