Retraite pour pénibilité: des critères souvent abscons

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Dans chaque régions, comme ici à Rennes, des médecins et des membres de l'administration se réunissent pour examiner les demandes de «retraite pénibilité».

Six demandes étudiées, dont deux en présence des assurés. Comme régulièrement désormais dans chaque région, une commission composée de médecins et de membres de l'administration se réunissait jeudi à Rennes, pour examiner les demandes de «retraite pénibilité» déposées par des personnes avec un taux d'incapacité professionnelle entre 10 et 20% suite à un accident du travail. L'examen de chaque dossier a duré cinq à dix minutes.

Premier cas: une infirmière qui, depuis un accident de voiture en 1993, bénéficie d'un taux d'incapacité de 12%. «Les changements de planning et les horaires décalés sont difficiles à vivre, a plaidé Mme C. devant les six membres de la commission. Avec la fracture du bassin et des jambes que j'ai eue, les déplacements en voiture et les soins que je pratique auprès de personnes dépendantes sont douloureux.» Toute la question est de savoir si les séquelles consécutives à son accident auraient pu être engendrées par une maladie professionnelle causée via une exposition pendant dix-sept ans à certains risques professionnels (port de charges lourdes, horaires alternants, manipulation de produits chimiques, températures extrêmes...). «La réponse est oui», a en l'espèce jugé la commission qui a validé le départ en retraite à 60 ans de Mme C.

Des somnifères pour dormir

«C'est toute l'absurdité de la loi, reconnaît l'un des membres. Deux salariés qui ont eu la même exposition aux mêmes risques n'auront pas les mêmes droits selon que l'un a eu un accident du travail et l'autre, non.» Sans compter que, pour être validées, les séquelles doivent faire partie d'une «liste» des maladies professionnelles publiée par décret. Une liste qui ne comprend pas notamment les amputations... de doigts et conduit à «rejeter administrativement» nombre de demandes. «Si le doigt est resté accroché, ça passe, c'est dans la liste», ironise un médecin-conseil. «Il faudrait recoudre le doigt», ajoute Gérard Rivière, le président FO du conseil d'administration de la Cnav.

Autre dossier: un ouvrier d'entretien dans une usine de production de viande de volaille qui a subi deux accidents du travail lui ayant laissé des «séquelles à l'épaule gauche avec des douleurs résiduelles» et un taux d'incapacité de 18%. «Le plus pénible est le travail en 3×8, a expliqué M. D. J'ai commencé ce matin à 4 heures et serai d'après-midi la semaine prochaine. Je prends des somnifères pour dormir et suis gêné dès que je dois intervenir en hauteur.» Dans son dossier, il a également indiqué être exposé aux agents chimiques. «Il a bien été confronté à tous ses risques, a reconnu l'un des membres de la commission au vu de son profil de carrière. Il se plaint surtout du travail de nuit mais c'est l'exposition à tous les autres facteurs de risques qui plaide pour lui.» Avis positif.


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