Retraite : pas d'avenir assuré sans croissance

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D'après le Cor, 60 % des salariés qui liquident leur retraite étaient sans emploi l'année précédente (contre 40 % en 1983).

Concernant les régimes spéciaux, le Cor reste ambivalent : si l'équité impose d'allonger les durées d'assurance en fonction des gains d'espérance de vie, il convient de tenir compte des situations de pénibilité.

Le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) n'apporte aucune information qui ne soit déjà connue et vérifiée concernant l'avenir des retraites. La réforme Fillon de 2003 n'est qu'une première étape ; la suivante sera plus drastique si les projections optimistes de croissance ne sont pas au rendez-vous.


Court terme : comptes plus dégradés que prévu

Les chiffres provenant de la commission des comptes de la sécurité sociale de septembre 2006 sont brutaux : le déficit de la seule Cnav se creuserait en raison d'une forte augmentation des prestations versées. De 1,9 milliard d'euros en 2005 le déficit passerait à 2,4 milliards d'euros en 2006 et 3,5 milliards d'euros en 2007.

Commentant ces chiffres, qu'il n'avait pas prévus, le COR avance deux explications : côté recettes, une masse salariale qui a évolué moins favorablement que prévu et côté dépenses, les nombreux départs anticipés, pour carrière longue, avant 60 ans, dont l'ampleur a été sous-estimée.

Le poids des départs anticipés. Des besoins de financement plus élevés que prévus apparaissent à court terme sous l'effet des départs en retraite anticipée. Au 30 juin 2006, plus de 270 000 assurés du régime général ont bénéficié d'une retraite anticipée, tendance qui devrait se poursuivre d'environ100 000 bénéficiaires par an jusqu'en 2008, pour s'atténuer ensuite du fait des assurés qui, nés après 1953, ont été soumis à l'obligation scolaire obligatoire jusqu'à 16 ans.

Surcote et décote. Ces deux dispositions phares de la loi Fillon, l'une incitative et l'autre dissuasive, dont l'objet était de favoriser l'allongement de la durée d'activité ont fait long feu.

La surcote, contrepartie offerte aux salariés qui décident de prolonger leur activité professionnelle au-delà de 160 trimestres à 60 ans, n'a concerné qu'un peu plus de 64 000 retraités du régime général entre le 1er janvier 2004 et le 30 juin 2006.

En revanche, les fonctionnaires (fonction d'État), dont la durée de cotisations passera à 160 trimestres en 2008 seulement, sont actuellement les grands bénéficiaires de l'opération : 13,9 % en 2004 ; 20,3 % en 2005 et 24,7 % entre le 1er janvier 2006 et le 31 juillet 2006. Ces majorations de pensions ne manqueront pas de peser sur les budgets des caisses de retraite et, notamment, sur celui de l'État.

La décote n'aura pas l'effet dissuasif escompté. Le COR a observé que l'allongement de la durée d'assurance pour percevoir une retraite à taux plein ne se traduisait pas par un décalage de même ampleur en ce qui concerne l'âge moyen de départ à la retraite.

Perspectives. Dans l'hypothèse d'un allongement de la durée d'assurance de 2 ans d'ici 2020, le décalage de l'âge moyen de départ à la retraite ne serait que de 0,2 an seulement dans le secteur privé. La cause principale réside dans le fort taux d'inactivité avant la retraite, le taux d'emploi des 55-64 ans n'étant que de 37,8 %. Or, par définition, les inactifs n'ont pas le choix de prolonger ou non leur activité professionnelle.


Long terme : optimisme bon teint

En dépit des dégradations des comptes sur le court terme, le COR reste optimiste à l'horizon 2020, « à condition toutefois, précise-t-il avec prudence, que la mauvaise situation financière du court terme n'influe pas sur celle du long terme ».

Scénario commode. L'optimisme du COR ne repose que sur des hypothèses :

- un taux de chômage à 4,5 % à partir de 2015 grâce auquel l'emploi croîtrait d'environ 2 millions de personnes entre 2005 et 2015, pour évoluer ensuite au même rythme que la population active à peu près stable entre 2015 et 2050. Les cotisations versées à l'Unédic pourraient être, selon le COR, redirigées vers les caisses de retraite, ce qui constituerait une augmentation indolore des cotisations vieillesse ;

- une meilleure situation démographique qu'annoncent les nouvelles projections réalisées par l'Insee : grâce à l'évolution plus favorable de la population d'âge actif, on compterait, en 2050, environ 69 personnes de 60 ans et plus pour 100 personnes de 20 à 59 ans contre 81 dans les projections précédentes. Le scénario de l'Insee combine une fécondité à 2,1 enfants par femme contre 1,7 initialement prévu et une immigration portée à 150 000 entrées par an au lieu de 50 000.

Dans les deux cas, le vieillissement de la population reste inéluctable, mais le taux de dépendance en 2050 serait de 59 % au lieu des 81 % annoncés précédemment.

Le pari de la croissance. Si le chômage diminue, les perspectives de croissance potentielle pendant les dix prochaines années seraient d'environ + 2,5 % par an entre 2005 et 2015. Ensuite, elle s'établirait à environ + 1,8 % par an entre 2015 et 2050 contre 1,5 % précédemment.

Et si l'on ajoute à cela une masse salariale plus importante grâce à la réduction du chômage et à l'allongement de la durée de cotisations, l'équilibre des dépenses et des recettes serait, en théorie, réalisé. Le pari est téméraire, mais chiche !


L'emploi des seniors

Déjà en 2001, le COR avait préconisé le relèvement du taux d'emploi des seniors. « Or, aucun changement significatif n'a été observé dans l'attitude des salariés et des employeurs », regrette le Conseil, qui ajoute : « au lieu de continuer de dispenser certains seniors au chômage de recherche d'emploi, il faudrait une campagne de sensibilisation ». Mais, le COR devrait alors montrer du doigt les pouvoirs publics qui, comme employeur, pratiquent les limites d'âge « couperet » (60 et 65 ans) !
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