Retraite des femmes : «la faute aux inégalités salariales»

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Cinq membres du gouvernement, Eric Woerth, Nora Berra, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nadine Morano, Georges Tron, signent ce lundi une tribune dans le journal Le Monde pour justifier l'application de la réforme des retraites aux femmes.

Alors que des voix - y compris celle du président Gérard Larcher- s'élèvent au Sénat - pour demander une meilleure prise en compte de la carrière moins rectiligne des femmes, cinq membres du gouvernement signent ce lundi une tribune dans Le Monde pour dénoncer les idées reçues. Si Eric Woerth (Travail), Nora Berra (Aînés), Nathalie Kosciusko-Morizet (Economie numérique), Nadine Morano (Famille), Georges Tron (Fonction Publique), admettent qu'ils existent des inégalités entre hommes et femmes et qu'il s'agit d'une «injustice criante» et «inacceptable», ces derniers estiment que le texte de la réforme voulue par le président de la République «est l'occasion de progresser ensemble sur cet enjeu de société».

Ils affirment que pour avoir une juste appréciation des enjeux actuels, il faut sortir «des schémas qui ne correspondent plus à la réalité. La situation des femmes qui partent à la retraite aujourd'hui n'est plus la même qu'il y a vingt ans.» Selon eux, l'écart entre la retraite d'une femme et celle d'un homme s'est réduit de 25 points en vingt-cinq ans. «Une retraitée de 80 ans a aujourd'hui une pension inférieure de près de 58 % à celle d'un homme, alors que pour une retraitée de 60ans, cet écart est désormais de 33 %», avancent-ils tout en reconnaissant que c'est encore «intolérable».

Durée de carrière équivalente

La question du nombre de trimestres est abordée. Les signataires de la tribune expliquent que le fait que les retraites des femmes soient plus faibles n'est pas lié au nombre de trimestres validés. Ils affirment que hommes et femmes ont aujourd'hui des carrières d'une durée équivalente, et celles qui cessent de travailler pour élever leurs enfants valident tout de même des trimestres pendant cette période.«C'est un effort de la solidarité nationale de 4,5 milliards d'euros par an, et près de 2 millions de personnes en bénéficient chaque année. Dit-on suffisamment, aussi, que les femmes qui ont eu des enfants bénéficient d'une majoration de durée d'assurance de deux ans pour chaque enfant ?», s'interrogent les membres du gouvernement. Par ailleurs, le nouveau texte devrait permettre de réhausser le niveau des pension en incluant les indemnités touchées à la place du salaire pendant le congés maternité dans le calcul.

Et de justifier également le choix du gouvernement de repousser à 67 ans l'âge de départ en retraite automatique avec une pension à taux plein en réaffirmant que cela ne concernera en définitive que les personnes qui n'ont pas validé assez de trimestres. Selon eux, les femmes concernées ne sont pas «celles qui travaillent à temps partiel, enchaînent les petits boulots ou ont commencé à 15 ans. En réalité, ce sont des femmes qui ont arrêté de travailler il y a longtemps, et qui attendent 65ans pour demander la liquidation de leur retraite, afin d'éviter toute décote (...) ces femmes ne sont pas celles qui ont les revenus les plus modestes». Quant à celles qui touchent le minimum vieillesse, «le projet du gouvernement leur donne une garantie fondamentale: l'accès au minimum vieillesse restera à 65 ans, quel que soit le nombre de trimestres», assurent-ils.

Le problème des inégalités salariales

Au final, les membres du gouvernement désignent un responsable de ces inégalités sur les pensions de retraite. «Tout se joue pendant la carrière: plus une femme subit l'inégalité salariale, plus elle subit l'inégalité de retraite. C'est donc d'abord en agissant sur ces écarts que nous améliorerons la retraite de toutes les femmes. C'est l'un des défis majeurs de la société française, c'est l'un des grands échecs de notre pays», avouent-ils. Ils rappellent aussi que le texte de la réforme des retraites, prévoit un dispositif qui pénalisera financièrementes les entreprises qui ne mettront pas en place une politique salariale équitable. Enfin, ils affirment que le développement des modes de garde est une priorité pour que les femmes n'aient plus à choisir entre travail et famille: selon l'Insee, une année d'interruption signifie une baisse du salaire de 11 % en moyenne lors du retour à l'emploi.

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