Retraite : comment réduire les inégalités de pension

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A l'occasion de sa réforme, le gouvernement souhaite compenser à l'heure de la retraite les aléas de carrière des femmes créés par l'arrivée des enfants.

Compenser à l'heure de la retraite les aléas de carrière des femmes créés par l'arrivée des enfants. Tel est l'objectif des «avantages familiaux» de retraite que le gouvernement entend revoir à l'occasion de sa réforme. Majoration pour les parents ayant trois enfants, assurance pour les parents au foyer...: ces «droits» représentent aujourd'hui, selon les sources, entre 4,4 et 6 milliards d'euros, soit environ 4% des pensions totales versées. «Ces sommes devraient continuer à augmenter, pour représenter environ 10 milliards d'euros à l'horizon 2040», notent dans un rapport publié fin juin les économistes de l'Institut des politiques publiques (IPP).

Problème: ces dispositifs manquent leur objectif... quand ils ne sont pas carrément contre-productifs. «Les droits actuels réduisent les inégalités de pension, mais de façon opaque et peu efficace», tacle ainsi l'IPP. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: la pension d'une femme demeure aujourd'hui inférieure de 42% en moyenne à celle d'un homme (932 euros contre 1603 euros).

En cause, le principal outil de cette politique, qui consiste en une majoration de 10% de la pension en faveur des parents (hommes et femmes) de trois enfants ou plus, serait défectueux. Le principe est simple: compenser à la retraite la perte de pension provoquée par les arrêts de travail liés à l'arrivée des enfants. Las, la majoration «ne permet pas de réduire les inégalités de pension entre hommes et femmes et n'agit en rien pour compenser les aléas de carrière», selon les économistes de l'IPP.

Vers un forfait fixe

En toute logique, la majoration de pension, pourcentage de la retraite du bénéficiaire, profite plus aux hommes qu'aux femmes parce qu'ils ont des retraites supérieures. Or toutes les études montrent que ce sont bien les mères qui arrêtent le plus souvent de travailler pour s'occuper des enfants. Le rapport Moreau sur la réforme des re­traites, remis fin juin au gouvernement, préconise donc de transformer ces 10% de majoration en un simple forfait fixe qui ne serait versé qu'aux femmes. Son montant pourrait être compris entre 70 et 100 euros. S'il retenait cette proposition, le gouvernement pourrait aller «jusqu'à 120 euros», souligne un fin connaisseur du dossier. La ministre du Droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, défend pour sa part le versement de la prime dès le premier enfant.

Quelle serait la facture d'une telle mesure? Les arbitrages ne sont pas encore rendus, mais l'opération pourrait être réalisée à budget constant, assure-t-on au sein du gouvernement. «Nous sommes pour que les dépenses en matière de droits familiaux soient maintenues à leur niveau actuel, et nous ne sommes pas contre la forfaitisation», indique pour sa part François Fondard, président de la puissante Union nationale des associations familiales (Unaf). Les familles pourraient, en revanche, sentir tout de même la différence. Les ménages les plus aisés verraient cette aide fondre et les plus modestes la verraient augmenter. Ce que les économistes et le gouvernement appellent «améliorer l'effet redistributif de la mesure».

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  • b.renie le mardi 6 aout 2013 à 14:07

    Comme d'habitude on masque la nature du problème. La population des plus de 60 ans ne cesse d'augmenter. Si on maintient la retraite à 60 ans le taux des cotisations payées par les actifs pour financer les retraites versées va devenir insoutenable. C'est l'âge du départ en retraite et seulement lui qui est la clé du problème. Le reste n'est que poudre aux yeux.

  • M4523984 le mardi 6 aout 2013 à 12:14

    "préconise donc de transformer ces 10% de majoration en un simple forfait fixe qui ne serait versé qu'aux femmes."Sidérant ces lois sexistes, si c'est l'homme qui s'occupe des enfants, il n'aura rien ?