Retour en grâce de la dette française

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par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - La dette souveraine française a opéré un retour en grâce remarqué jeudi sur le marché des emprunts d'Etat de la zone euro, balayant pour l'heure la menace de ventes massives qui avait été brandie au cours de la campagne pour l'élection présidentielle par le candidat sortant en cas de victoire de son challenger socialiste.

Le rendement des emprunts d'Etat français à 10 ans est revenu à 2,54%, au plus bas depuis septembre dernier, tandis que, signe de la peur du risque, le Bund allemand de même échéance tombait à de nouveaux plus bas record.

Déclenché dans la matinée, le mouvement d'achat sur la dette souveraine française a été conforté par une déclaration de l'agence de notation Moody's qui maintient sa note de crédit "Aaa", tout en conservant la perspective négative

Plusieurs professionnels interrogés estiment toutefois que dans le contexte actuel de crise de la zone euro couplée à une conjoncture morose, les emprunts d'Etat allemands (Bunds) ont encore de beaux jours devant eux.

Leur rendement à dix ans est tombé à 1,36% tandis qu'il n'est plus que de 0,03% pour le deux ans, sous le niveau des taux japonais de même échéance (0,11%).

"On est en train de pricer une récession massive", dit Raoul Salomon, managing director chez Barclays à Paris.

"La crise de la dette en zone euro et une croissance molle aidant, les marchés resteront volatils et cette volatilité va continuer de bénéficier aux taux allemands", explique Gaëlle Mallejac, responsable de la gestion de taux de Groupama Asset Management.

Selon une enquête Reuters auprès de 24 stratégistes obligataires publiée jeudi, ceux-ci craignent qu'après déjà quatre années de crise économique et financière, la zone euro ne sombre dans une récession de longue durée de type japonais.

En attendant de savoir si l'Europe est effectivement entrée dans un phase de "japonisation", la détente à un rythme soutenu des taux français a surpris les experts.

LA DETTE FRANÇAISE "VRAIMENT SOUS-ÉVALUÉE"

Le taux à dix ans français s'est détendu de 20 points de base jeudi et l'écart de rendement avec son équivalent allemand s'est resserré de 22 points de base à 114.

"Il y a la France et le reste du monde ce matin", a commenté Patrick Jacq, stratégiste taux chez BNP Paribas qui note que la détente touche aussi les taux belges et autrichiens, mais dans une moindre mesure.

Il estime que l'ampleur de tels mouvements ne peut s'expliquer que par des achats de non résidents et/ou des rachats de position à découvert par des hedge funds.

Intermédiaires entre les pays du noyau dur, comme l'Allemagne, et les pays fragiles (Grèce, Portugal, Espagne, Italie), la France et la Belgique "ont tendance à revenir vers le core", dit le stratégiste.

Un spécialiste en valeurs du Trésor d'une grande banque juge que la dette française était "vraiment sous-évaluée". "Le 10 ans était vraiment bon marché", dit-il.

"Vu le niveau de taux des Bunds, les investisseurs qui cherchent du rendement sans gros risque achètent la dette française d'autant que pour l'instant l'élection de François Hollande n'a pas été accompagnée de mauvaises nouvelles pour les finances publiques", dit-il.

"Aujourd'hui c'est la France qui tire le mieux son épingle du jeu", souligne Raoul Salomon qui a fait état d'un "doux mélange d'investisseurs étrangers et domestiques qui étaient shorts (vendeurs à découvert) pour certains et qui ont racheté du 5, du 10 et du 15 ans français".

La détente va-t-elle continuer? Il faut attendre les élections législatives des 10 et 17 juin et les premières grandes mesures du gouvernement.

"Nous ne sommes pas spécifiquement inquiets sur le France et plutôt attentiste, nous attendons le rapport de la Cour des comptes", qui doit être publié en juin, dit Gaëlle Malléjac.

"Nous sommes neutres sur la dette allemande avec toutefois une surpondération du 10 ans", ajoute-t-elle.

Edité par Marc Joanny

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