Retour au calme en Egypte après deux jours d'émeutes

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par Marwa Awad

LE CAIRE (Reuters) - Suez et le Caire ont retrouvé leur calme samedi au terme de violents affrontements entre manifestants et forces de l'ordre égyptiennes, trois jours après la mort de 74 supporters lors d'un match de football à Port-Saïd.

Quatre personnes ont trouvé la mort dans la capitale et deux autres à Suez, jeudi et vendredi. Nombreux sont ceux qui imputent la catastrophe de Port-Saïd aux partisans d'Hosni Moubarak, chassé du pouvoir le 11 février 2011, soupçonnés de chercher à plonger l'Egypte dans le chaos.

Dénonçant l'incapacité des forces de l'ordre à assurer la sécurité du match, les manifestants du Caire ont assiégé les locaux du ministère de l'Intérieur, défendus à coups de grenades lacrymogènes et de matraques, mais aussi à balles réelles.

Selon de jeunes contestataires, l'objectif n'était pas de prendre le bâtiment, mais de provoquer une réaction des autorités à même d'élargir la mobilisation contre les militaires qui assurent l'intérim depuis un an.

"La majorité des Egyptiens ne veulent pas manifester. Nous essayons de les galvaniser. ça vient, petit à petit", a expliqué Mohamed Fahmy, un militant socialiste. Les nombreux mouvements contestataires n'ont toutefois pas de stratégie claire et certains reconnaissent que l'insécurité n'encourage pas les Egyptiens à se mobiliser.

"Nous voulons que l'armée s'en aille et que le ministère de l'Intérieur soit restructuré. Nous resterons là jusqu'à ce que ce ça soit fait", assure Ahmed Shaban, tandis qu'un manifestant distribue des masques à gaz. Une fois équipés, les jeunes s'engouffrent dans le nuage de gaz lacrymogène, en direction du ministère de l'Intérieur .

SITUATION MAÎTRISÉE

Non loin du bâtiment, plusieurs dizaines de véhicules des forces de l'ordre sont alignés et des centaines de policiers anti-émeutes s'affairent, certains donnant des ordres, d'autres nettoyant les yeux irrités par les gaz.

"Les forces du ministère de l'Intérieur maîtrisent la situation. L'armée n'a pas encore été déployée", assure un fonctionnaire du ministère.

De source proche des service de sécurité, on précise que les militaires, placés en état d'alerte, doivent être déployés dans la journée pour assurer la sécurité du bâtiment, mais l'ordre n'aurait pas encore été donné.

A Suez, la police a également fait usage de gaz lacrymogène pour protéger des locaux des services de sécurité et du ministère de l'Intérieur, autour desquels des fils de fer barbelés ont été déroulés. Deux corps présentant des blessures par balles ont été admis à la morgue locale, selon un médecin.

Parmi les six tués recensés ces deux derniers jours figure un militaire. Selon un correspondant de Reuters sur place, des tirs ont retenti vendredi au Caire et des plombs de chasse ont été découverts au sol.

Les violences de mercredi ont éclaté à l'issue du match de football qui opposait Al Masry, le club local, à l'équipe cairote d'Al Ahli. Outre les 74 morts, elles ont fait un millier de blessés. La plupart des tués ont succombé à une bousculade provoquée par des affrontements entre supporters, mais les manifestants tiennent la police et l'armée pour responsables de ce drame.

Pour certains, les violences auraient été déclenchées sciemment pour punir les Ultras d'Al Ahli, un groupe de supporters dont l'expérience des confrontations avec les forces de l'ordre a servi il y a un an, au plus fort des journées révolutionnaires, pour défendre la place Tahrir.

Jean-Philippe Lefief pour le service français

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