Retour à meilleure fortune pour les façonniers du luxe

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par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - Les façonniers français du prêt-à-porter ont retrouvé en 2012 leurs niveaux d'activité d'avant 2009, grâce aux commandes d'un secteur du luxe dont la croissance reste solide malgré un ralentissement récent.

Les fabricants de prêt-à-porter haut de gamme pour les grandes griffes comme Chanel, Hermès, Saint Laurent (groupe PPR), Céline ou Louis Vuitton (groupe LVMH) avaient perdu entre 30% et 50% de leur chiffre d'affaires avec la crise déclenchée par la faillite de Lehman Brothers à l'automne 2008.

Quatre ans après, "les carnets de commandes sont globalement bons et les volumes quasiment ce qu'ils étaient en 2008", déclare Tony Herblot, patron de l'atelier vendéen Socovet et président du groupement des façonniers de mode du Grand Ouest, principal syndicat de la profession.

"Cela confirme un certain retour des acteurs du luxe, qui nous attribuent davantage de chiffre d'affaires", ajoute-t-il, à la veille du salon dédié à la haute façon française, à Paris les 10 et 11 avril.

Le chiffre d'affaires de la profession, qui compte environ 200 PME et emploie quelque 10.000 personnes, a progressé entre 5% et 10% l'an dernier, pour dépasser les 450 millions d'euros.

En quelques années, les façonniers se sont adaptés pour s'assurer des commandes aussi pérennes que possible en se repositionnant sur la haute fabrication pour le secteur du luxe.

La situation est plus difficile pour les fabricants davantage exposés au prêt-à-porter de milieu de gamme, qui ne peut assumer des coûts de fabrication sensiblement plus élevés qu'en Europe de l'Est ou au Maghreb.

Certaines marques comme Parakian ou Chacok voudraient pouvoir relocaliser leur sous-traitance en France, aux dires de Tony Herblot, mais sont contraintes par leurs prix de vente en boutique, incompatibles avec les coûts de fabrication dans l'Hexagone.

MANQUE DE TISSUS

"Il y a des signaux favorables. L'activité des sous-traitants du luxe est confortée et les échanges sont plus fréquents avec les donneurs d'ordres", se félicite Laurent Vandenbor, délégué général du syndicat professionnel.

La profession regrette cependant de ne pas partager avec les marques une vision de moyen terme qui lui donnerait une meilleure visibilité et permettrait de faire les investissements nécessaires.

C'est là que réside, selon elle, l'enjeu de compétitivité.

Un meilleur partage de l'information permettrait aussi de pouvoir mieux s'organiser face aux incessantes ruptures d'approvisionnement en matières premières.

Car les fabricants s'inquiètent des ruptures de livraisons de tissus qui pèsent de plus en plus sur la fabrication. Comme dans la maroquinerie, où l'explosion de la demande mondiale provoque des pénuries dans l'offre de cuirs de grande qualité, les délais erratiques de livraison sont très lourds à gérer par les PME du secteur.

"Les marques ont de plus en plus de difficultés à s'approvisionner, surtout en provenance d'Italie où les délais ont considérablement rallongé", souligne Tony Herblot.

Le prix de la confection représente entre 5% et 10% du prix de vente d'un vêtement de luxe. Avec le tissu, on atteint selon les professionnels un maximum de 20%.

La rentabilité nette du secteur se situe quant à elle en moyenne à 5% du chiffre d'affaires.

Signe du retour sur secteur à meilleure fortune : dans le Grand Ouest, 400 personnes devraient être embauchées cette année dans les ateliers.

Edité par Dominique Rodriguez

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