Retour à la croissance à confirmer pour les banques européennes

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par Laura Noonan LONDRES, 12 septembre (Reuters) - Les grandes banques européennes ont renoué avec la croissance au premier semestre en augmentant leurs actifs de 530 millions d'euros, témoignant peut-être de leur renouveau après plusieurs années passées en état de crise. En revanche, leur rentabilité reste inférieure aux objectifs, les pertes sur créances restent une charge appréciable et beaucoup d'entreprises européennes continuent d'avoir bien du mal à emprunter. Les 30 premières banques cotées européennes, éreintées par la crise et le tour de vis réglementaire qui a suivi, ont réduit leur bilan de 10% de 2008 à 2014 et cédé pour 2.000 milliards d'euros d'actifs. Cela s'est traduit par une raréfaction du crédit fort mal tombée pour des économies européennes en état de crise, poussant la Banque centrale européenne à multiplier les initiatives - tels les rachats d'actifs annoncés au début du mois - pour soutenir une économie en berne. ID:nL5N0R52VD "Ca va mieux, on est en phase de convalescence en Europe mais il y a convalescence et convalescence", dit Vincent Montemaggiore (Fidelity). "D'une manière générale, dans le nord de l'Europe, on commence à voir les premiers signes d'une croissance des actifs et des prêts; dans le sud, il y a encore une contraction des actifs mais à un rythme moins soutenu". Montemaggiore ne croit pas que les actifs bancaires augmenteront sensiblement, que ce soit dans le nord ou dans le sud de l'Europe, dans les deux années à venir. Parmi les 30 banques prises en compte et dont les actifs atteignaient 23.100 milliards d'euros au 30 juin, c'est la Société Générale SOGN.PA qui est allée la plus vite dans la croissance de ses actifs, les augmentant de 108 millions d'euros, suivie de BNP Paribas BNPP.PA (+96 millions) et de l'espagnole Santander SAN.MC (+54 millions). LES PERTES SUR CRÉANCES RESTENT UN POINT NOIR Les milieux politiques et les autorités de tutelle pressent les banques de prêter plus mais l'absence de croissance forte - la Commission européenne prévoit 2% de croissance cette année dans l'Union européenne - et un risque prononcé de déflation n'encouragent ni les entreprises ni les ménages à emprunter. Les banques elles-mêmes, soumises à des normes prudentielles devenues beaucoup plus strictes, doivent reconstituer leurs fonds propres et, d'un point de vue comptable, augmenter le poste des crédits au bilan ne les y aiderait pas du tout. "La croissance des actifs restera sans doute molle tant que les économies ne connaîtront pas une reprise durable (provoquant une hausse de la demande de crédit) et tant que les règles de fonds propres ne seront pas clarifiées", observe Justin Bisseker (Schroders). "Il est évident que nous ne sommes pas dans une 'phase de croissance normale'". Guy de Blonay (Jupiter) souligne l'importance qu'il y a pour les banques à considérer leur expansion à l'aune de leur rentabilité. "Elles ont toutes un point en commun: améliorer le ROE (rendement des fonds propres)", note-t-il, faisant référence à l'une des mesures de la rentabilité bancaire. "Que ce soit en rachetant plus de sociétés ou en faisant des acquisitions ciblées, ou encore en se débarrassant d'actifs sous ou pas du tout performants (c'est là leur but)". Pour les 25 banques qui ont publié leur ROE, celui-ci ressort en moyenne à 7,1% au premier semestre, selon des données de Reuters, bien loin des deux chiffres qu'elles visaient. En bas de la liste, on trouve l'autrichienne Erste Bank ERST.VI , avec un ROE de -16,8%, conséquence de pertes exceptionnellement lourdes en Europe de l'est. "Il faut s'attendre à des ROE inférieurs à la normale à ce stade du cycle des taux d'intérêt et du cycle des provisions", dit Montemaggiore, expliquant que les taux ultra-bas de la BCE ne facilitent pas la vie des banques pour ce qui est de faire de l'argent en prêtant. Mais il ajoute que les bénéfices devraient s'améliorer mécaniquement grâce à une réduction des créances douteuses ou irrécouvrables et à une meilleure maîtrise des coûts. Au premier semestre, le coefficient d'exploitation des 30 banques, s'est un peu amélioré, à 58,6% contre 59,3%. Les pertes sur créances restent un point noir: elles ont retranché 27,7 milliards d'euros au résultat et 10,5% au revenu. Mais au premier semestre 2013, elles en étaient à 40,2 milliards d'euros et à 15% respectivement. Bissinger fait remarquer que certaines banques pourraient réintégrer dans leurs actifs des provisions qui n'auraient pas été mobilisées pour couvrir des pertes. Il observe également que si les frais de justice restent un passif lourd, d'autres passifs exceptionnels devraient s'alléger cette année. "On tolère mieux des ROE bas car les taux, hors risques, n'ont jamais été aussi bas", dit-il. "Néanmoins, il faudra bien que les banques en viennent à générer des rendements dépassant le coût du capital pour justifier leur croissance". (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)


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