Rétablir le service militaire obligatoire : une mesure trop coûteuse ?

le , mis à jour à 16:10
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La France a-t-elle réellement les moyens de rétablir le service militaire obligatoire ? Un rapport publié en août 2016 par la Fondation Ifrap estime qu'"un service obligatoire et universel" de 6 mois, coûterait "entre 4 et 5 milliards d'euros par an" sur un budget total de la Défense fixé à plus de 32 milliards d'euros en 2017.

Des volontaires au service militaire, en avril 2016 à Montigny-lès-Metz (Moselle). ( AFP / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN )
Des volontaires au service militaire, en avril 2016 à Montigny-lès-Metz (Moselle). ( AFP / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN )

L'idée d'un retour du service militaire obligatoire et universel, suspendu en France métropolitaine par Jacques Chirac en 1997, fait son chemin à droite comme à gauche. Face au défi "lourd et durable" du terrorisme, le Premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Jean-Christophe Cambadélis a annoncé mardi que la mesure serait inscrite dans le programme du parti en vue des élections de 2017.

"Alors que la France se trouve confrontée à un défi lourd et durable, les conditions requises par la loi pour rétablir la conscription semblent pour la première fois depuis 20 ans réunies", a déclaré Jean-Christophe Cambadélis. "En effet, les moyens disponibles pour assurer la protection optimale des citoyens s’avèrent notablement insuffisants, tandis que les armées peinent à dégager des effectifs pour participer aux missions de sécurité intérieure. Nous proposons donc une véritable garde nationale par le rétablissement de la conscription", a-t-il poursuivi.

Plusieurs personnalités politiques françaises, comme Arnaud Montebourg, Jean-Pierre Chevènement, Xavier Bertrand, François Baroin ou Jean-Frédéric Poisson ont déjà exprimé leur volonté de réinstaurer un service militaire obligatoire de trois, six ou dix mois vantant ses effets positifs sur la cohésion nationale. En Europe, une petite dizaine de pays, comme l'Autriche, la Suisse, la Finlande ou la Norvège, ont maintenu un service obligatoire qui peut prendre des formes diverses. L'Allemagne l'a, elle, supprimé en 2011.

Juste avant sa suspension, le service militaire de 10 mois coûtait 1,6 milliard d'euros par an au budget de la Défense, soit près de 7.900 euros par appelé (soldes, alimentation, hébergement, transport,...). Son coût avait fortement baissé au cours des années, le nombre d'exemptés étant devenu très élevé. En 1996, l'Armée comptait ainsi 201.500 conscrits sur un effectif total de 573.000 hommes. Selon l'Ifrap, la population mobilisable attendrait aujourd'hui près de 380.000 filles et garçons, sur un total de 750.000 personnes pour la classe d'âge concernée.

DE DEUX DIFFICULTÉS MAJEURES

Dans un contexte de réduction des dépenses publique, l'idée fait grincer des dents. Ses détracteurs n'hésitent d'ailleurs pas à la qualifier d'irréaliste. Les Jeunes socialistes - majoritairement soutiens du député PS Benoît Hamon - ont eux raillé la "curieuse" propension de "vieux messieurs" à expliquer aux jeunes comment "s'engager au service du pays". "Le rétablissement du service national obligatoire se traduirait par un coût humain, administratif et financier très lourd qui ne pourrait pas être supporté par l'État en période de réduction du déficit budgétaire", écrit l'Ifrap qui se présente comme un think tank indépendant analysant la performance de l'État, des administrations et des politiques publiques afin de proposer des réformes concrètes.

Outre le coût de la mesure, le rétablissement du service militaire pose deux problèmes importants à court terme. La Défense a d'abord vendu une partie de son patrimoine immobilier pour abonder son budget. Il n'y aurait ainsi plus assez de casernes pour accueillir les appelés. Une dizaine de bases aériennes ont notamment été fermées ces dernières années. Il faudrait également prévoir un coût supplémentaire pour mettre en place des hébergements séparés entre filles et garçons, ce qui n'était pas le cas en 1996. "Pour loger 200. 000 à 300. 000 jeunes, il faudrait compter au moins 2 milliards d’euros rien que pour remettre en état les infrastructures nécessaires", estimait en 2015 l'amiral à la retraite Alain Béreau dans l'hebdomadaire La Vie.

Autre coût : l'armée devrait recruter des milliers de sous-officiers pour encadrer et former les nouveaux conscrits. "La France n'a plus les capacités d'encadrement et d'hébergement qu'elle pouvait avoir en 1996", assure l'ancien ministre Luc Ferry. L'ancien ministre de la Défense, Hervé Morin, avait lui estimé qu'un retour en arrière était matériellement impossible. Selon les estimations, contenu de ses capacités matérielles actuelles, l'Armée ne serait en mesure de former que 30.000 jeunes chaque année.

Des bénéfices existent cependant. L'armée a externalisé certaines tâches après la suspension du service militaire, comme la maintenance de certains véhicules ou la surveillance de certains bâtiments. Jusqu'à présent, François Hollande ne s'est jamais prononcé pour un retour du service militaire obligatoire. Le chef de l'État s'est contenté de vanter le service militaire volontaire et le service civique, appelant également les Français à rejoindre les réservistes de la "garde nationale".

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  • gl060670 hier

    mais cela laisse parfois de mauvis souvenirs......... lol

  • M7097610 hier

    Le Costa Rica vit très bien sans armée depuis 1958 et leur impôt sur le revenu y est limité au taux unique de 15 %. Si rien ne change en France, j'y pars !

  • M7097610 hier

    j'y ai appris comment faire semblant de bosser pour être tranquille... Très mauvais exemple

  • canddide hier

    j'avais un copain de lycée qui disait que la conscription était un gage de démocratie, je pense qu'il n'avait pas tord même si c'est peut-être inadapté aujourd'hui !

  • jackie hier

    je voudrais bien savoir les économies que nous avons fait depuis que nous arrêté l'armée, ce que l'état en a fait!!!!!! avec ce trou abyssal ....

  • fquiroga hier

    et pour quoi pas revenir aux trains a vapeur???????

  • gl060670 hier

    supprimer la force de dissuasion nucléaire !! et pourquoi pas l’aviation. faut rester un peu lucide.

  • gert12 hier

    un service militaire ou national c'est comme une deuxième école. Surtout pour les petits c...des cités, qu'on n'a pas réussi à éduquer correctement.. Cela fera aussi un 2ème brassage de la jeunesse, après celui de l'école.

  • bernm hier

    Meme en Suisse, ils parlent de le supprimer.Reste que ca permet d'avoir une photographie de la population et de remettre ne üplace certains...

  • cresus57 hier

    "Face au défi "lourd et durable" du terrorisme" ? Quel rapport ? Le service national servirait à transformer les citoyens en redoutables machines anti-terroristes ?! Ridicule. Commençons par supprimer la force de dissuasion nucléaire et après on verra si avec une partie de l'argent on met en place un service national civil et surtout pas militaire.